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«Afrobarometer Flagship Report»

Le paradoxe mauricien : pour l’ouverture commerciale, contre la main-d’œuvre étrangère

12 août 2026, 22:00

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Le paradoxe mauricien : pour l’ouverture commerciale, contre la main-d’œuvre étrangère

L’«Afrobarometer Flagship Report 2026» a été présenté le 10 août par Amédée Darga, «Managing Director» de StraConsult. Photos: Dev Ramkhelawon.

Les Mauriciens sont favorables à l’ouverture commerciale et souhaitent que le pays développe davantage ses échanges avec le reste du monde. Mais, dans le même temps, une proportion importante de la population envisage de quitter le pays. C’est ce qui ressort de l’Afrobarometer Flagship Report 2026, présenté le 10 août par Amédée Darga, Managing Director de StraConsult. Le rapport, basé sur des données recueillies en 2024 et 2025 dans 38pays africains, porte notamment sur le commerce, les migrations, l’influence des grandes puissances et le changement climatique.

Sur le volet commercial, les résultats montrent une préférence des Mauriciens pour l’ouverture des échanges. 56% des personnes interrogées privilégient la promotion du commerce transfrontalier, contre 35% qui souhaitent davantage protéger les producteurs locaux. Le pays se situe derrière l’Ouganda, avec 78 %, et le Kenya, avec 73 %. Aux Comores et en Tanzanie, la proportion est de 59 %, tandis qu’aux Seychelles, les avis sont plus partagés : 47 % sont favorables à la promotion du commerce et 39 % à la protection des producteurs locaux.Madagascar fait figure d’exception, avec 70% des répondants favorables à la protection des producteurs locaux. Sur les 38 pays étudiés, 62 % des personnes interrogées se prononcent en faveur de la promotion du commerce transfrontalier, contre 34 % pour la protection des producteurs locaux.

La tentation de l'exil

Les Mauriciens souhaitent aussi que les échanges dépassent largement le cadre africain. Sept personnes sur dix souhaitent que Maurice développe ses relations commerciales avec des partenaires à travers le monde. Seuls 15% privilégient des échanges avec l’ensemble des pays africains et 2 % souhaitent se limiter à la sous-région. Maurice se situe au même niveau que les Comores, derrière Madagascar, à 75%, et les Seychelles, à 72%.

Cette ouverture contraste avec une forte envie de partir. À Maurice, 52 % des personnes interrogées disent avoir déjà envisagé de s’installer dans un autre pays. Le taux atteint 60% aux Comores, mais 42% en Ouganda, 34% au Kenya et seulement 16 % aux Seychelles. Madagascar et la Tanzanie ferment la marche avec respectivement 13 % et 10 %.

Chez les jeunes Mauriciens, l’envie de partir est encore plus marquée. Entre 2016 et 2024, la proportion des 18-25 ans ayant quelque peu ou beaucoup envisagé de quitter le pays est passée de 26% à 68%. Chez les 26-35 ans, elle est passée de 21% à 50%. En 2024, 76% des 18-25 ans interrogés disent ainsi avoir envisagé de partir, contre 68% chez les 26-35 ans et 59 % chez les 36-45 ans. Le taux descend à 53 % chez les 46-55 ans et à 24% chez les plus de 55 ans.

Le niveau d’éducation semble également jouer un rôle. L’intention de partir concerne 69 % des personnes ayant atteint le niveau post-secondaire ou supérieur, contre 49 % de celles ayant un niveau secondaire et 18% de celles ayant uniquement une éducation primaire ou aucune instruction.

La situation économique intervient également. Parmi les personnes faisant état d’une pauvreté vécue modérée à élevée, 66% ont envisagé de partir. La proportion est de 54% en cas de pauvreté faible et de 47% chez celles ne déclarant aucune pauvreté vécue. Les différences entre hommes et femmes sont, en revanche, faibles : 53% des hommes et 52% des femmes disent avoir envisagé de quitter Maurice. L’écart est plus important selon le lieu de résidence, avec 60% en zone urbaine contre 47% en zone rurale.

Sur l’ensemble de la population, l’évolution depuis2016 est marquée. La proportion de Mauriciens ayant envisagé de quitter le pays a doublé, passant de 26% à 52% en huit ans. Ceux qui disent y avoir «beaucoup» pensé sont passés de 7 % à 17 %, tandis que ceux qui y ont «quelque peu» pensé sont passés de 6% à 20%. La recherche d’un emploi reste la principale raison avancée par les jeunes qui envisagent de partir, mais son importance diminue.

Chez les 18-25 ans, elle est passée de 84% en 2016 à 59 % en 2024. À l’inverse, les difficultés économiques sont passées de 1 % à 11 % et la poursuite des études de 4 % à 12 %. En 2024, 7% citent également la pauvreté.

Chez les 26-35 ans, la recherche d’un emploi passe de 61% à 51%. Les difficultés économiques progressent de 6% à 10%, la pauvreté de 4% à 8%, tandis que les meilleures perspectives d’affaires passent de 2% à 6%.

Ces chiffres donnent une image différente de celle généralement observée en Afrique. Afrobarometer relève en effet que la volonté d’émigrer est souvent plus forte dans les pays les plus pauvres. Maurice, malgré un niveau de PIB par habitant supérieur à celui de la plupart des pays africains, affiche pourtant une forte intention de départ, particulièrement chez les jeunes.

Le rejet de l’étranger

Mais si de nombreux Mauriciens cherche à avoir une meilleure situation à l’étranger, l’accueil réservé aux travailleurs étrangers présents à Maurice est nettement plus réservé. La moitié des personnes interrogées estiment que leur impact économique est négatif. Cette perception varie peu selon le genre ou le lieu de résidence, mais elle est beaucoup plus marquée chez les personnes confrontées à la pauvreté. Maurice est pourtant elle-même un pays d’accueil pour les travailleurs étrangers, notamment dans des secteurs tournés vers l’exportation comme le textile et l’habillement. Malgré cela, seuls 28 % des Mauriciens interrogés considèrent favorablement leur impact économique, contre une moyenne de 45 % dans les 38 pays étudiés. Près de la moitié des répondants, soit 48 %, estiment que Maurice devrait limiter le nombre de travailleurs migrants.

Le rapport s’intéresse également à l’influence des grandes puissances en Afrique. La Chine conserve une place importante sur le continent, mais Maurice se distingue avec les Seychelles: ce sont les deux seuls pays africains où l’Inde arrive en tête lorsqu’il s’agit d’évaluer positivement son influence économique et politique. Les liens historiques, culturels et économiques entre l’Inde et les deux pays de l’océan Indien contribuent à expliquer cette perception.

Sur le changement climatique, Maurice se retrouve également dans une situation particulière parmi les petits États insulaires. Pour 37% des personnes interrogées, les pays riches ou développés devraient assumer la principale responsabilité dans la lutte contre le changement climatique. Le gouvernement arrive juste derrière, avec 32 %, devant les entreprises et l’industrie, à 16%, et les citoyens ordinaires, à 12%.

Aux Seychelles, la responsabilité des pays riches ou développés est encore davantage mise en avant, avec 64% des réponses, contre 57% au Cap-Vert. À l’inverse, les gouvernements arrivent en tête à São Tomé-et-Principe, avec 40%, et aux Comores, avec 39%.

«Le point qui ressort en général, c’est que les Mauriciens estiment qu’il faut faire du commerce avec le monde entier, alors qu’une minorité considère qu’il faut protéger notre propre marché. Mais ce qui est très contradictoire et choquant, c’est le fait que les Mauriciens sont très négatifs par rapport aux travailleurs étrangers qui sont à Maurice et aux nouveaux travailleurs qui pourraient venir. Cela contredit, d’un autre côté, l’augmentation du nombre de Mauriciens qui veulent quitter le pays», indique Amédée Darga.

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