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«Innovation Challenge» de la Turbine

L’IA gagne du terrain dans les entreprises

11 août 2026, 21:00

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L’IA gagne du terrain dans les entreprises

Chez la Mauritius Commercial Bank (MCB), une première analyse de dossier de crédit, qui prenait auparavant une à deux heures, peut désormais être bouclée en quelques minutes grâce à Copilot. Chez ER, des capteurs intelligents suivent déjà, en temps réel, la consommation d’eau et d’électricité des habitants de Moka City et pourraient bientôt aider à détecter les fuites sur le réseau national. C’est ce qui ressort de la table ronde tenue le mardi 4 août à la Turbine, aux Kocottes, à Saint-Pierre, sur l’usage de l’intelligence artificielle (IA) dans les entreprises mauriciennes.

L’Innovation Challenge 2026 ferme ses candidatures dans trois semaines. Organisée dans le cadre du programme, cette table ronde réunissait Harry Coolen, Manager SME Banking à la MCB, Anielle Carver, Sustainability Manager chez ER Property, Caroline Rault, Chief Sustainability Officer d’Eclosia, et Kam Li Fap Kien, Senior Business Strategy Manager chez Blue Azurite. Les échanges, animés par Marc Israel, expert en IA et mentor à la Turbine, portaient sur le thème IA et innovation durable : accélérer la transformation de Maurice grâce aux nouvelles technologies.

Les panélistes ont d’abord dressé un état des lieux : l’IA sert déjà à analyser des données, à générer des idées et à traiter des dossiers. Chez Eclosia, ChatGPT sert notamment à traiter de grandes quantités de données extra-financières. Chez ER, Copilot et Claude accélèrent le traitement des données et certains processus internes.

À la MCB, l’usage est plus structuré. «Nous ne pensons pas que l’IA remplacera l’humain. Elle permettra plutôt à l’analyste d’être plus efficient et de consacrer davantage de temps à l’analyse», a soutenu Harry Coolen, qui utilise aussi l’outil pour les recherches de marché et le traitement de documents juridiques. Kam Li Fap Kien a, de son côté, cité le processus Know Your Customer, la vérification des données et l’analyse de ratios financiers.

Le premier terrain d’application, côté développement durable, concerne la gestion des ressources. «La première étape est de connaître sa consommation. Lorsqu’on la connaît, on est davantage en mesure de la réduire», a expliqué Anielle Carver, en référence aux capteurs intelligents déployés dans les territoires gérés par ER Property. Harry Coolen a, pour sa part, évoqué le potentiel de l’IA pour identifier des itinéraires maritimes alternatifs et réduire la durée des trajets, les coûts et les émissions, dans un contexte de chaînes d’approvisionnement perturbées.

L’empreinte environnementale

La discussion a cependant buté sur une contradiction : l’empreinte environnementale des infrastructures d’IA elles-mêmes. Marc Israel a interrogé la pertinence d’attirer des centres de données à Maurice, un pays qui dépend encore d’une électricité fortement carbonée et qui peine déjà à gérer ses ressources en eau. «La question est de savoir si la valeur créée par l’IA dépasse les ressources qu’elle consomme. Dans un contexte insulaire, il faut avancer avec prudence», a averti Caroline Rault, rappelant que l’IA et le développement durable partagent, en principe, un même objectif : faire mieux avec moins.

Pour les panélistes, tout commence par la formation. «L’IA est utilisée différemment selon les activités. Il faut comprendre comment l’adopter et comment la mettre en pratique. La formation est essentielle», a insisté Harry Coolen, qui pense que l’outil peut aider les entreprises mauriciennes, confrontées à la rareté des devises, à trouver de nouveaux marchés.

Caroline Rault a été plus directe encore sur la nécessité d’un encadrement : «Il faut absolument s’assurer que l’IA est utilisée correctement et au service du bien commun. Sans un cadre de gouvernance solide, nous allons droit dans le mur.» La protection des données a également été abordée, Harry Coolen précisant que les plateformes utilisées par la MCB étaient sécurisées, tout en appelant à davantage de collaboration entre entreprises, banques, régulateurs et institutions publiques. Le public présent a, de son côté, interrogé les panélistes sur les réponses erronées produites par certains modèles et sur le risque de perte de compétences.

La discussion s’est achevée sur les opportunités entrepreneuriales pour l’Innovation Challenge 2026. Caroline Rault a mis en avant le potentiel de la zone économique exclusive de Maurice. L’IA, couplée aux données satellitaires et aux drones, pourrait servir à surveiller la pêche illégale et à cartographier les mangroves et les herbiers marins. Le blanchiment des coraux pourrait aussi être suivi de cette façon.

Anielle Carver a cité la biodiversité terrestre, la mobilité durable et la valorisation des déchets. Pour elle, l’enjeu n’est pas de construire de nouvelles infrastructures, mais d’intégrer l’IA aux plans d’action déjà en place. Elle a notamment évoqué les pertes d’eau sur le réseau national, où l’IA pourrait aider à détecter les fuites et à orienter les techniciens vers les interventions prioritaires. Harry Coolen a souligné le potentiel de l’outil pour aider les entrepreneurs mauriciens à analyser les tendances régionales et à consolider leur business plan avant d’engager des investissements.

Au-delà du financement, les quatre panélistes ont insisté sur l’accompagnement stratégique. Eclosia propose, via l’Eclosia Angel Fund, du mécénat de compétences, mettant les entrepreneurs en relation avec des collaborateurs du groupe selon leurs besoins. Blue Azurite accompagne la structuration des entreprises et leurs demandes de financement. ER met à disposition son réseau et ses différentes entités, tandis que la MCB, à travers son partenariat avec la Turbine, propose incubation et mise en relation. «Avoir les fonds ne suffit pas si l’on ne dispose pas d’un marché capable d’absorber sa production», a résumé Harry Coolen.

Cette table ronde s’inscrit dans l’Innovation Challenge 2026, lancé le 15 juillet aux Kocottes en présence du ministre des Technologies de l’information, Avinash Ramtohul. L’édition coïncide avec le dixième anniversaire de la Turbine. Depuis sa création en 2016, l’incubateur a reçu plus de mille projets et accompagné 150 entrepreneurs en préincubation. Trente-cinq start-ups s’y sont établies. «L’IA transforme progressivement notre manière de travailler, de produire, d’innover et de prendre des décisions», souligne Swarna Gujadhur, head of operations à la Turbine, pour qui l’innovation doit rester collective.

À partir de septembre, les candidats retenus suivront un programme intensif de deux mois combinant ateliers, coaching et mise en relation avec des partenaires, avant le Salon de l’Innovation Challenge en octobre et le Pitch Day en novembre. L’édition est soutenue par la MCB, ER Group, Eclosia Angel Fund, Blue Azurite et ER Hospitality, avec Axess, TGH Holdings et le Journal des Archipels comme partenaires média. À trois semaines de la clôture des candidatures, la Turbine enchaîne déjà les étapes : préincubation en septembre, Salon en octobre, Pitch Day en novembre.

? (De g. à dr.) Marc Israel, mentor à la Turbine, Caroline Rault, «Chief Sustainability Officer» d’Eclosia, Harry Coolen, «Manager SME Banking» à la MCB, Anielle Carver, «Sustainability Manager» chez ER Property, et Kam Li Fap Kien, «Senior Business Strategy Manager» chez Blue Azurite.

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