Publicité

Joe Lesjongard tire sa révérence

Bilan de 21 mois d’une opposition combative

8 août 2026, 11:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Bilan de 21 mois d’une opposition combative

Depuis jeudi, Joe Lesjongard n’occupe plus le fauteuil de leader de l’opposition. Repêché grâce au système du Best Loser après la déroute à 60-0 du gouvernement MSM aux élections de novembre 2024, l’ancien ministre des Collectivités locales aura exercé cette fonction constitutionnelle pendant près de 21 mois (du 15 novembre 2024 au 6 août 2026), avec conviction et détermination.

Dans une démocratie parlementaire, l’opposition a pour mission de demander des comptes au gouvernement. Selon des observateurs politiques, Joe Lesjongard a assumé ce rôle avec le sérieux requis, avec une cinquantaine de Private Notice Questions (PNQs). Parmi ses interventions les plus marquantes, l’affaire Véronique Leu-Govind, ce mois-ci. Après la saisie de 155,7 kg de cannabis (estimés à Rs 234 millions) à La Réunion, il a interpellé le Premier ministre Navin Ramgoolam, réclamant toute la lumière sur l’enquête policière et la perquisition menée chez Gulshan Govind, époux de la députée et ex-junior minister. Dans la foulée, il a déposé une Motion of Privilege – certes rejetée parce que soumise trop tardivement –, exigeant la démission de l’élue afin de préserver l’intégrité du Parlement.

En juillet 2026, il s’est illustré lors des débats sur la réforme des pensions et le Finance Bill. Contestant la réduction de certaines pensions pour la tranche d’âge de 60 à 65 ans, il a fustigé un calendrier législatif trop court, dénonçant des mesures d’«austérité» et un «jour triste pour l’État-providence». Le même mois, à la suite du décès par balle de Jonathan Koo Yan Too, il a exigé un bilan national sur les armes illégales.

Chevaux de bataille

Sur le front économique, il a interpellé en mars dernier le ministre du Commerce au sujet de l’impact du conflit au Moyen-Orient sur le pouvoir d’achat des Mauriciens, exigeant une transparence totale sur le Price Stabilisation Account géré par la State Trading Corporation. En mai, face à un endettement des ménages dépassant Rs 202,2 milliards, il a attaqué la hausse du taux directeur de 4,5 % à 4,75 % décidée par la Banque de Maurice, accusant le gouvernement d’asphyxier des familles déjà lourdement endettées.

La sécurité routière fut également l’un de ses chevaux de bataille. Dès février 2025, il a consacré une PNQ à l’explosion des accidents, poussant le ministre du Transport Osman Mahomed à révéler le nombre de radars en panne et réclamant un plan d’action d’urgence. Il a par ailleurs dénoncé les nouvelles taxes routières (Road Motor Vehicle Licence), jugées pénalisantes alors que le problème de fond des infrastructures demeure.

Enfin, lors du débat historique sur l’introduction du Kreol Morisien au Parlement, il a plaidé pour une «nécessité démocratique», réclamant les moyens financiers et logistiques (formation de sténographes et d’interprètes) pour concrétiser l’usage de la langue créole dans l’Hémicycle.

Joe Lesjongard quitte ainsi ses fonctions en laissant l’image d’un chef de l’opposition rigoureux, dont les questions ont éclairé plusieurs dossiers sensibles du gouvernement.


Réactions

Jocelyn Chan Low, historien : «Il a exercé une fonction d’opposition avec dignité et rigueur»

«Je crois qu’il a été un très bon leader de l’opposition. Même s’il n’a pas dévoilé de scandales majeurs, son rôle ne s’est pas limité à des démonstrations rhétoriques. Ses interventions récentes sur la pension ont été plus concrètes et pointues. En interrogeant le comité chargé du dossier et en scrutant les émoluments des membres, il a obligé le gouvernement à justifier certaines décisions et à clarifier les mécanismes de rémunération. Ce faisant, il a aussi mis en lumière des fragilités au sein de l’alliance gouvernementale et de l’équilibre du pouvoir, en révélant des dissensions internes. Son apport réside dans la capacité à poser les bonnes questions, à appeler à la transparence et à maintenir une pression sur le gouvernement, sans pour autant tomber dans la surenchère.»

Lindsay Rivière, observateur politique : «Il a soulevé des questions cruciales et pertinentes, et a été très efficace».

«C’est un peu dommage qu’il doit maintenant ‘step down’. Ses questions étaient de qualité et j’ai été agréablement surpris par son approche. Son ton mesuré et respectueux, avec des questions pointues, a renforcé la pertinence de son intervention. En tant que seul rescapé du MSM, il a fait face à une forte opposition, mais a su garder son calme et rebondir sur les réponses. Il a réussi à éviter de faire passer le point de vue du MSM pour celui du pays, ce qui est un bon point. Il mérite d’être salué pour sa performance.

Publicité