Publicité

«Wetlands bill»

Une loi pour sauver ce qui peut encore l’être

4 août 2026, 15:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Une loi pour sauver ce qui peut encore l’être

Trois sites de zones humides, dits Ramsar, sont concernées par le «Wetlands Bill», dont le sanctuaire ornithologique de l’estuaire du ruisseau Terre-Rouge.

Le Wetlands Bill, qui doit être présenté aujourd’hui à l’Assemblée nationale, constitue une avancée majeure pour la gestion et la conservation des zones humides à Maurice.

Les trois sites Ramsar (lire ci-contre) couvrent 401 hectares : le sanctuaire ornithologique de l’estuaire du ruisseau Terre-Rouge, connu pour ses oiseaux migrateurs et ses plantes endémiques ; Pointe-d’Esny, qui abrite un écosystème de mangrove sub-tropicale abritant des plantes menacées et des papillons indigènes ; et le parc marin de Blue-Bay, pour la diversité de sa vie sous-marine.

Ce projet de loi vise à garantir la protection, la conservation et la valorisation de ces écosystèmes essentiels pour la protection contre les inondations, la filtration de l’eau et le stockage du carbone. Les zones humides sont essentielles à la biodiversité, abritant 40 % des espèces végétales et animales, dont beaucoup sont menacées. De plus, plus d’un milliard de personnes dépendent des zones humides pour leurs moyens de subsistance – pêche, aquaculture et tourisme.

Express.mu (620 x 330) (5)

Pour Sébastien Sauvage (photo), Chief Executive Officer (CEO) de l’ONG Eco-Sud, les sites Ramsar de Maurice sont confrontés à des pressions particulières. «Terre-Rouge est exposé aux pollutions urbaines et industrielles, aux déchets, à l’altération des écoulements et à l’artificialisation de son bassin versant. Blue-Bay subit notamment le réchauffement de l’eau, le blanchissement corallien, les activités nautiques, les ancrages, les pollutions et les apports de sédiments provenant de la terre. Pointe-d’Esny est particulièrement vulnérable au remblaiement, à la fragmentation des wetlands, aux développements immobiliers, aux eaux usées et aux constructions réalisées dans les zones tampons.» Il estime que le problème dépasse toutefois ces trois sites : «Les principales menaces pesant sur les zones humides sont aujourd’hui le comblement illégal, leur fragmentation, la modification du drainage naturel, ainsi que l’octroi de permis d'Environmental Impact Assessment pour des développements situés sur les wetlands ou dans leurs zones tampons. Il existe également une incompréhension persistante de la fonction de la buffer zone : il s’agit d’un espace indispensable au fonctionnement hydrologique et écologique des wetlands.»

Le CEO d’Eco-Sud déplore aussi la lenteur des autorités dans les processus législatifs : «Les réflexions sur le Wetlands Bill datent de 2008, l'Environmentally Sensitive Areas (ESA) Study, de 2009, le manifeste pour l’ ESA Bill soutenu par 43 organisations, de 2018, l’engagement gouvernemental a été pris en 2025 en faveur d’une ESA Act, puis l’atelier de validation a eu lieu en mai 2026. Nous réaffirmons donc la nécessité de mener l’ ESA Bill à terme. Le Wetlands Bill doit être présenté au ESA Committee, soumis à une consultation publique transparente et harmonisé avec l’ ESA Bill, chose qui n’a pas encore été faite. À ce stade, nous ne voyons pas suffisamment clairement dans le projet de loi la reconnaissance des wetlands comme des ESA. Sans cette cohérence, nous risquons de créer deux régimes juridiques concurrents, avec des définitions et des niveaux de protection différents.»

***** 

Les dispositions clés du projet de loi

⚫ Le cadre global : Pour la création, la conservation, la protection et la mise en valeur des zones humides, tant sur les terres publiques que privées.

⚫ Objectifs de gestion des services écosystémiques : Pour préserver la biodiversité et les services écosystémiques fournis par ces zones humides.

⚫ Cadre de reconnaissance internationale : Pour inscrire des zones humides à la Convention de Ramsar, alignant ainsi les efforts nationaux sur les normes internationales de conservation.

⚫ Intégration des stratégies climatiques : Intégrer des approches écosystémiques pour la réduction des risques de catastrophe et l’adaptation au changement climatique, garantissant une gestion résiliente des zones humides.

⚫ Prise de décision équitable : Essentiels pour favoriser la transparence et l’équité dans la gestion des zones humides.

⚫ Suivi et rapports : Pour renforcer la responsabilité dans les efforts de conservation.

***** 

Sunil Dowarkasing, consultant environnement : «La loi doit empêcher toute destruction, sans exceptions»

«Nous avons vu passer beaucoup de projets de loi par le passé, mais cela ne signifie pas nécessairement que le ‘Wetlands Bill’ permettra à lui seul de sauver l’ensemble de nos zones humides. Une nouvelle loi ne sera significative que si elle apporte une protection juridique claire, empêche toute destruction des 'wetlands', quelles que soient les circonstances et ne prévoit pas d’exceptions. Elle doit également instaurer un système indépendant de suivi et permettre la mise en place de règles d’application et de sanctions très strictes.»

***** 

Convention de Ramsar

Il s'agit d’un traité intergouvernemental relatif à la conservation et à l’utilisation durable des zones humides. Adoptée en 1971 à Ramsar, en Iran, et en vigueur depuis 1975, c’est le seul traité international relatif aux zones humides en tant qu’écosystème spécifique. Maurice a adhéré à la Convention le 30 septembre 2001, en créant un Comité national Ramsar chargé d’appuyer le ministère de la Pêche dans la mise en œuvre des dispositions de la convention et de le conseiller en matière d’aménagement des zones humides. La Convention vise l’utilisation durable et la conservation des zones humides grâce à une collaboration locale, régionale et internationale. Les États parties s’engagent à promouvoir une utilisation rationnelle des zones humides par le biais de la planification de l’utilisation des terres, des politiques, de la législation et de l’éducation ; inscrire des zones humides sur la Liste de Ramsar et assurer leur gestion ; et favoriser la coopération internationale sur les zones humides transfrontalières, les espèces partagées et les projets de suivi ayant un impact sur les zones humides.

Publicité