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Fabrice L’Étang : La passion au bout des fourneaux
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Fabrice L’Étang : La passion au bout des fourneaux
Le parcours de Fabrice L’Étang témoigne d’une volonté de faire de la cuisine un véritable métier d’excellence, tout en restant proche de ses valeurs. À travers son travail, notamment dans la préparation des repas à Petit-Camp, au service de nombreuses entreprises et d’une grosse clientèle, Fabrice L’Étang sait que nourrir les autres implique bien davantage que de maîtriser les techniques culinaires ou fabriquer des recettes toutes faites : cela demande de la rigueur, de l’organisation, de la générosité et un sens aigu des responsabilités.
Derrière le chef et le professionnel, se trouve aussi un homme attaché à sa famille, à sa femme Juanita et à ses deux enfants. Trouver l’équilibre entre les longues exigences de la cuisine, les responsabilités professionnelles et le temps consacré aux siens n’est jamais simple. Fabrice L’Étang semble pourtant avoir compris que la réussite ne se mesure pas uniquement derrière les fourneaux. Elle se construit aussi dans la capacité à préserver une vie familiale, des moments de partage et des repères essentiels.
Fabrice et Juanita L’Étang avec leurs deux enfants, Marc et Marine.
C’est cette rencontre entre la passion de la cuisine, l’engagement professionnel et l’importance accordée à la famille qui donne à son parcours une dimension profondément humaine avec la musique comme toile de fond. Et fait de lui un chef d’exception.
Fabrice L’Étang naît le 16 mars 1976 à Quatre-Bornes, l’année qui marque l’essor de la Nouvelle Cuisine en France avec des chefs comme Michel Guérard, Paul Bocuse, Alain Chapel et les frères Jean et Pierre Troisgros, qui popularisent une cuisine plus légère, mettant en valeur les produits frais et les cuissons courtes. Le livre La Grande Cuisine Minceur de Michel Guérard paraît cette année-là et devient une référence.
C’est peut-être un signe des temps, une indication de ce que sera le métier, la vocation et la passion de Fabrice L’Étang. Ses parents Wilson (comptable chez Shell à l’époque) et Alix (responsable des achats) l’envoient au couvent de Lorette de Vacoas et il garde encore en mémoire les fêtes de fin d’année au sein de cet établissement. Comme il se souvient de ses profs : Florise Rampton, Rexlande Mouthia, Annie Koenig, Monique Poussin, entre autres.
Fabrice L’Étang, stagiaire en cuisine.
C’est au collège St-Mary’s qu’il va faire ses études secondaires dans la filière Comptabilité et Littérature. Il se souvient de José Carmagnole, Gervais Bikim, Gérard Lafitte, Jacques Pereira comme professeurs ; et ses camarades de classe sont Stéphane Boucherat, Vinay Patel, Yannick Koo Seen Lin, Vincent Carmagnole, Gilbert Richard. Il a gardé contact avec quelques-uns. Jacques Pereira allait faire d’ailleurs une brillante carrière en 2004 comme directeur du collège Père Laval et au collège Bhujoharry où il s’est distingué par son engagement en faveur des élèves en difficulté ou en échec scolaire. Fabrice a aussi une sœur Sandrine qui, elle, est dans la pâtisserie avec son entreprise SA Treats.
Pour ses études tertiaires, Fabrice L’Étang choisit l’école hôtelière des Casernes à Curepipe ; il y reste pendant une année avant de rallier l’école hôtelière Gaëtan Duval à Réduit-Ebène avec comme profs Marie Christine Forget, Nizam Peeroo, Bernard Gouerec. Jean-Patrice Luchessi suit aussi les mêmes cours. Il n’est pas étonnant qu’après ses études, Fabrice débute sa carrière, comme stagiaire, au Labourdonnais Waterfront avec Nizam Peeroo. Il connaîtra par la suite les cuisines de La Pirogue et Le Victoria. «Je vis à fond ce métier, qui est ma passion», dit-il. Il réalise ainsi que ce sera une profession sans repos. Mais aussi qu’il est grand temps de se mettre à son propre compte.
En très peu de temps, il se taille une bonne réputation. Les commandes ne cessent d’affluer; le feu brûle sous les fourneaux en permanence : «Créer ma propre entreprise est arrivé tout à fait par hasard lorsqu'une famille m'a demandé d’assurer un service traiteur pour un anniversaire ; à partir de là, j’ai commencé à avoir des commandes et arrivé à un moment vu la quantité de commandes, il fallait prendre une décision, soit continuer dans l’hôtellerie ou me mettre à mon compte. Suivant les conseils de mes proches et amis, je décide de me jeter à l’eau».
Fabrice L’Étang avec Finlay Salesse à Petit-Camp.
Toutefois, il n’a pas les moyens de faire de gros investissements. Nous sommes en 2007. «Au départ, je n’ai pas fait de gros investissements; mes parents (papa/maman) m’ont beaucoup aidé, je me suis procuré surtout les équipements nécessaires pour la cuisine et pour le reste je prenais en location. Après deux ans quand l’entreprise a continué à grandir ; il fallait prendre une décision : investir davantage dans les équipements pour rendre le travail plus facile. Donc, l’entreprise elle-même, mes parents et aussi mon parrain (Allen Renotte) m’ont aidé financièrement pour continuer à grandir.» Et son entreprise s’appellera Sweet and Salted Delicacies. Tout simplement.
Camper à Petit-Camp
Parfois le hasard fait bien les choses pour «booster» les activités de Fabrice. Arrive sa rencontre avec le responsable de Petit-Camp. Situé à Phoenix, Petit-Camp, est un lieu bien connu à Maurice, notamment pour ses infrastructures sportives et son environnement dynamique. Le site accueille différentes activités et rassemble régulièrement des passionnés de sport et de loisirs. Ses courts de tennis constituent une véritable attraction. Au fil des années, Petit-Camp est devenu un espace important de la vie sportive et communautaire de la région. «Petit-Camp arrive en 2010, où l’occasion se présente pour un nouveau défi. En allant négocier pour un catering d’un tournoi international d’une semaine, voilà que le président d’alors me propose de reprendre la gérance du Food and Beverages du club et je décide de me jeter à l’eau. Et depuis Petit-Camp est devenu mon lieu de travail», dit Fabrice.
Les parents de Fabrice (à dr. avec Juanita) – Alix et Wilson L’Étang – et sa sœur Sandrine (à g. avec son époux).
Les activités s’amplifient. Fabrice emploie sept personnes à plein temps et aussi à temps partiel dépendant du volume de travail. Il a aussi recours à la main d’œuvre étrangère. Pendant toute la période du Covid, comme tout le monde, il se débrouille : «Moments difficiles pour l’entreprise. J’espère ne pas revivre ça. Mais heureusement qu’on existe toujours». Heureusement, sa réputation lui permet de fidéliser sa clientèle devenue de plus en plus nombreuse. Car tous savent que derrière la préparation des repas servis à Petit-Camp, il y a un homme de métier, passionné par la cuisine et attentif à la qualité.
Responsable de la préparation des repas, il veille au quotidien à l’organisation des cuisines et à la réalisation des plats destinés à ceux qu’il accueille. Son rôle exige à la fois rigueur, savoir-faire et sens de l’organisation.
Gabriel et Lilette Morvan, les parents de Juanita L'Étang.
Dans une cuisine où chaque détail compte, Fabrice L’Étang s’attache à faire de la préparation des repas un véritable travail d’équipe, avec le souci de proposer une cuisine à la fois soignée, généreuse et adaptée aux besoins de ses convives. À travers son engagement et son expérience, il contribue ainsi à faire de la cuisine de Petit-Camp un lieu où le plaisir de bien manger occupe une place essentielle.
De plus le parfum de ses plats titille les narines d’autres sphères. Il prépare des déjeuners pour des entreprises; prend des commandes pour des anniversaires, fiançailles, mariages, baptêmes et autres événements. Avec des menus variés qu’il suggère aussi aux clients. Il n’y a pas de spécialité au label L’Étang : «Nous faisons toutes les cuisines, chinoise, européenne et créole… pas de préférence. Toujours à la demande du client. Oui j’ai une liste de toutes les prestations, que je mets à la disposition des clients, afin qu’ils puissent faire leur choix. Je conseille aussi par moment».
Leurs enfants – Joelle Morvan, Jannick Langevin, Juanita L’Étang et Julien Morvan.
Il va sans dire que le rythme de ce travail est infernal. Presque pas de répit… du 24/7 XXL. Il faut jongler avec le temps pour trouver des plages pour la détente et la famille. Juanita, son épouse, résume bien la situation : «Il y a des journées où c’est épuisant, mais j’essaie de m’organiser avec mes disciples. Quand je suis au bureau, je suis pleinement au bureau. Mon époux le sait et nous respectons cet équilibre : sauf en cas d’urgence, nous évitons de nous interrompre pendant nos heures de travail. Une fois la journée terminée, le premier coup de fil que je passe est pour mon époux, afin de lui demander : “Où es-tu et les enfants ?” C’est notre façon de nous retrouver et de nous organiser pour la suiteen famille. C’est cet équilibre qui me permet d’avancer».
Est-ce que Mme L’Étang prépare à manger ? «Bien sûr quand il le faut. Le plus souvent, c’est Fabrice; mais quand il travaille c’est moi et mon fils Marc qui aime aussi la cuisine ; donc il a aussi ses petits plats qu’il aime faire pour nous.» Fabrice confirme :«Marc s’intéresse beaucoup à la cuisine. Il passe beaucoup de son temps libre en cuisine avec moi». Bon sang ne saurait mentir : la relève est peut-être assurée !
L’ami Gilbert Richard.
Toutefois, Fabrice estime que le seul moyen de décrocher ou de se ressourcer demeure le voyage que la famille entreprend chaque année pour se retrouver ou pour découvrir autre chose. «Rester ici pour se reposer est pratiquement impossible ; je suis tellement sollicité.» L’on se demande d’ailleurs comment il a pu trouver le temps de tomber amoureux, se marier et faire des enfants. Aussi étonnant que cela puisse paraître, lors d’une fête de famille, il rencontre l’âme sœur, Juanita Morvan. Un nom d’une région de Pointe-aux-Sables. Fille de Gabriel Morvan et de Lilette Donald et petite-fille de Thierry Morvan et Mary Ann (née Brebner), Juanita fréquente l’école Philippe Rivalland RCA où Mme Suzette Damoo a l’art de fabriquer des boursiers.
Ses camarades de classe sont : Jelica Sanysi, Jenna Louis, Clena Dubois, Julio Fernand, Olivier Malherbe avec lesquels elle a gardé contact. Après ses études secondaires, Juanita obtient son diplôme en Business Management. C’est en l’église St-Jean que Juanita et Fabrice se marient le 21 avril 2006. De cette union naissent deux enfants: Marc (16 août 2016, 11 ans plus tard) et Marine (mars 2021) qui vont à l’école du Centre. Juanita n’est pas femme au foyer pour autant. Elle travaille chez Straight Line Ltd – Delior Group (4 ans), E.A.L Man Hin & Sons Ltd (18 ans) et Clardy Ltd (actuellement).
Une descendante de Charles Brebner
Juanita Morvan vient d’une famille autrement célèbre ; les Brebner que peu de Mauriciens connaissent malgré les chroniques d’Alain Jeannot passionné d’histoire. Si Fabrice et Juanita s’étaient mariés à l’église de Notre-Damede-Lourdes à Rose-Hill, ils auraient vu deux majestueux vitraux d’une exceptionnelle beauté qui ornent les bras du transept de l’édifice. L’un représente un ange-gardien posant un regard bienveillant sur deux enfants et l’autre évoque Sainte Anne.
Le capitaine Brebner.
C’est un cadeau de Charles Brebner, un matelot de 12 ans, qui à l’âge de 34 ans, après avoir sillonné les mers dont l’océan Indien, devient le capitaine du navire Sir Lancelot et jette l’ancre de manière définitive à Maurice. Il épouse, en 1894 à 42 ans, Marie Ezilda Perrier (20 ans) qui lui donne deux enfants, mais qui meurent de manière précoce avant qu’elle ne décède elle-même en 1904 à l’âge de 30 ans. Homme de grande foi, il trouve refuge et consolation dans la prière et offre ainsi ces deux vitraux à l’église Notre-Dame-de-Lourdes.
Par la suite, il épouse Grace Oxenham qui lui donnera sept enfants qui vont lui assurer une belle descendance. D’ailleurs, sa petite-fille Grace Brebner (22 ans) épousera le grand tribun Renganaden Seeneevassen, le 18 mars 1950 lors d’un mariage civil à Port-Louis. Une union, dont le principal témoin est sir Seewoosagur Ramgooolam, qui donnera naissance à trois enfants (Rajen, Sarojini – haute-commissaire de Maurice en Australie – et Kriesen). Or, le nom de Brebner va être associé à celui de Morvan quand Mary Ann Brebner (née en 1914) épouse Pierre Thomy Morvan, les grands parents de Juanita. Sa grand-mère Mary Ann Morvan est la fille de Charles William Brebner et de Grace Oxenham. Il faut préciser que Alain Jeannot guide régulièrement les visiteurs de l’église de Notre-Dame-deLourdes pour les faire découvrir ces vitraux.
La grand-mère Mary Ann Morvan, la fille du Capitaine Brebner, décédée à l’âge de 100 ans en 2011.
En 2014, Thomy Morvan (toujours de Pointe-aux-Sables), l'oncle et le parrain de Juanita, écrit une lettre à la mairie de Beau-Bassin – Rose-Hill pour mettre en garde toute tentative de la Ville de changer le nom de la rueCharles Brebner à Roches-Brunes dans les environs de la chapelle. Une véritable levée de boucliers qui provoque l’abandon de cette initiative municipale ignorante de notre Histoire.
Des amitiés qui perdurent
Il faut dire aussi que Fabrice L’Étang a une autre passion : la musique. Il affectionne la musique des années 80 et même fait du DJing quand il était jeune ; maintenant il est fana de jazz. Ses amis de l’époque s’en souviennent.Témoignage de Gilbert Richard (aujourd’hui Managing Director dans l’immobilier) : «J’ai connu Fabrice à l’école, où il était plus jeune que moi. Très sympathique, il aimait le sport : pendant que je jouais au volley-ball, lui pratiquait le tennis. Plus tard, alors qu’il étudiait à l’école hôtelière, nous nous sommes retrouvés, il s’est ensuite lancé avec succès dans le domaine du catering, et de là nous nous sommes découvert une autre passion commune, la musique. Nous sommes vite devenus de très bons amis et avons partagé notre passion pour la musique et la hi-fi, en passant par des installations de sonorisation dans les voitures et ensuite aux installations d’appareils hi-fi dans nos pièces de musique à la maison. Aujourd’hui encore, nous nous retrouvons régulièrement pour écouter de la musique et partager des moments en famille».
Un autre témoignage qui vient de loin, des années d’adolescence. Celui de Stephane Boucherat (haut cadre à la Mauritius Commercial Bank) : «J’ai fait la connaissance de Fabrice en 1989, alors que nous étions tous deux élèves au collège St-Mary’s, à Rose-Hill. En classe, il se distinguait par sa discrétion. En dehors, c’était tout le contraire : sociable, doté d’une grande aisance relationnelle, il avait cette capacité naturelle à nouer des amitiés et à mettre les gens à l’aise. L’année suivante, en 1990, nous avons eu la chance de participer à un voyage à Rodrigues aux côtés d’élèves d’autres collèges confessionnels. Ce séjour m’a permis de mieux le connaître et de découvrir un jeune homme attachant, débordant d’énergie et toujours prêt à partager de bons moments avec ceux qui l’entouraient.À la fin de son parcours scolaire, il s’imaginait davantage derrière des platines que derrière un bureau. La musique était sa véritable passion, bien avant que la vie ne le conduise à révéler un autre talent… derrière les fourneaux. Nous avons ensuite partagé plusieurs belles années entre amis dans son studio à QuatreBornes avant que la vie et nos responsabilités de parents ne nous entraînent chacun sur des chemins différents. Pourtant, lorsque je repense à Fabrice, c’est toujours l’image de ce jeune homme espiègle, un brin dezorder, insouciant et amoureux de la vie, qui me revient en premier : quelqu’un qui aimait profiter pleinement de chaque instant en compagnie de ses amis».
L’autre ami, Stéphane Boucherat.
L’on peut dire aisément que, pour Fabrice L’Étang, la cuisine ne se résume pas à une série de recettes toutes faites. Son expérience, il la met au service d’une exigence : celle du travail bien fait. Il professe qu’une cuisine de qualité ne se joue pas uniquement dans l’assiette, mais sur tout un ensemble, à savoir, le relationnel, le savoir-faire et surtout la générosité d’esprit et de cœur.
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