Publicité
Symposium annuel de la NHRC
Les droits humains ne s’arrêtent pas aux portes de l’entreprise
Par
Partager cet article
Symposium annuel de la NHRC
Les droits humains ne s’arrêtent pas aux portes de l’entreprise
La NHRC a réuni différents acteurs pour réfléchir sur le rôle des entreprises dans la protection des droits humains et les défis liés à la justice réparatrice. © Dev Ramkhelawon
La protection des droits humains ne peut plus être dissociée des enjeux économiques ni des blessures héritées de l’histoire. Cette réflexion a animé, hier, le symposium annuel de la National Human Rights Commission (NHRC), organisé conjointement avec Middlesex University Mauritius sur le thème Reconciliation, Business and Human Rights, réunissant représentants institutionnels, universitaires, syndicaux et étudiants.
Parmi les intervenants figuraient Mᵉ Satyajit Boolell, Senior Counsel (SC) et président de la NHRC, Mᵉ Gavin Glover, SC, et Attorney General, Rajen Narsinghen, junior minister aux Affaires étrangères, Cynthia Radert, Chief de la National Institutions and Regional Mechanism Unit au haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, et Mari Jansen Van Rensburg, directrice de Middlesex University Mauritius.
Mari Jansen Van Rensburg a rappelé le rôle des institutions académiques dans la promotion d’une culture fondée sur la dignité, la justice et l’inclusion, soulignant l’importance de l’enseignement, de la recherche et des collaborations avec les différents acteurs de la société pour faire progresser la réflexion sur les droits humains.
Cynthia Radert a relié la responsabilité des entreprises en matière de droits humains aux démarches de justice réparatrice liées à l’esclavage, la traite négrière et le colonialisme, insistant sur le devoir de vigilance des entreprises face aux inégalités, au changement climatique et aux transformations technologiques dans leurs activités.
Les réparations historiques, a-t-elle expliqué, ne peuvent relever uniquement de l’État et nécessitent l’engagement de plusieurs acteurs, dont les entreprises, à travers reconnaissance, mémoire et mesures correctives. Elle a salué plusieurs initiatives mauriciennes – musée intercontinental de l’esclavage, Land Research and Monitoring Unit, division foncière de la Cour suprême, centre Nelson Mandela pour la culture africaine – tout en notant que certaines recommandations de la Commission Vérité et Justice, notamment foncières, restent à concrétiser.
Pour Mᵉ Satyajit Boolell, développement économique et respect des droits fondamentaux doivent aller de pair. «Le développement économique durable ne peut pas être uniquement une question de recherche de profits», a-t-il déclaré. Il a rappelé les trois piliers des principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits humains : obligation de l’État de protéger, responsabilité des entreprises de respecter, et mécanismes de réparation pour les victimes. Ces principes doivent se traduire par des actions concrètes, à travers des conditions de travail équitables, des environnements professionnels sûrs et une meilleure protection des travailleurs contre les abus.
Il a désigné la traite des êtres humains comme l’une des violations les plus graves des droits fondamentaux, ap- pelant au renforcement des garanties pour les travailleurs étrangers et à la ratification de la Convention internationale sur les droits des travailleurs migrants. Sur la réconciliation nationale, il a souligné qu’aucune société ne peut avancer sans reconnaître les blessures de son passé, l’héritage de l’esclavage et de l’engagisme devant être abordé par la mémoire, l’éducation et des réformes préventives.
Mᵉ Gavin Glover s’est appesanti sur les réparations historiques et les réformes de la NHRC, citant la décolonisation des Chagos comme exemple majeur de réparation, rappelant que les droits et la dignité des Chagossiens doivent rester au centre de la démarche. Le projet de NHRC Bill 2026 a été finalisé et remplacera le cadre de 1998 pour renforcer l’indépendance et l’efficacité de la Commission, conformément aux Principes de Paris.
Le texte prévoit une nomination indépendante des commissaires, une meilleure protection de leur mandat, le re- crutement progressif d’enquêteurs civils et l’élargissement du champ d’action de la NHRC aux droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux – indispensable, selon lui, pour que Maurice conserve le statut A de la Commission auprès de la Global Alliance of National Human Rights Institutions (GANHRI) lors de la prochaine évaluation complète en 2027.
En clôture, l’Attorney General a appelé les étudiants, futurs dirigeants, entrepreneurs et citoyens à intégrer le respect des droits humains dans leurs choix quotidiens, la réconciliation passant par la reconnaissance des injustices du passé et la défense des droits fondamentaux constituant une garantie contre une économie où le profit primerait sur la dignité humaine.
Publicité
Publicité
Les plus récents