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Liberté de la presse

Nad Sivaramen : «La liberté de la presse est avant tout une garantie pour les citoyens»

2 août 2026, 17:00

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Nad Sivaramen : «La liberté de la presse est avant tout une garantie pour les citoyens»

Nad Sivaramen, journaliste et directeur des publications de La Sentinelle.

Estimez-vous que cet incident marque un nouveau cap dans les pressions exercées sur les journalistes à Maurice ?

Je me méfie toujours des conclusions hâtives. Un incident, aussi grave soitil, ne suffit pas à établir une tendance. En revanche, il doit nous alerter. Depuis plusieurs années, les journalistes mauriciens évoluent dans un climat où les pressions prennent des formes multiples : intimidations, campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux, convocations policières, procédures judiciaires, tentatives d’accès aux sources ou encore stigmatisation publique. L’essentiel est que chaque incident fasse l’objet d’une enquête sérieuse. Dans un État de droit, personne ne devrait considérer qu’intimider un journaliste est une méthode acceptable pour répondre à une information qui dérange.

Les journalistes sontils suffisamment protégés lorsqu’ils couvrent des événements sensibles ?

Le risque fait partie du métier. Il en a toujours été ainsi. Mais il appartient aux institutions de faire en sorte que ce risque ne devienne pas une menace permanente. La meilleure protection d’un journaliste ne réside pas uniquement dans un dispositif policier. Elle réside aussi dans le respect des institutions, dans une culture démocratique qui reconnaît que la presse exerce une mission d’intérêt public. Les journalistes ont, de leur côté, des devoirs : vérifier, recouper, respecter la présomption d’innocence, distinguer les faits des commentaires. Cette exigence de rigueur est aussi une forme de protection.

Ces menaces constituent-elles, selon vous, une atteinte à la liberté de la presse ?

Toute intimidation visant un journaliste en raison de son travail constitue une atteinte potentielle à la liberté de la presse. Mais cette liberté ne se mesure pas uniquement à l’absence de violences physiques. Elle dépend aussi de la capacité des journalistes à poser des questions sans craindre des représailles, à protéger leurs sources et à enquêter sur des sujets sensibles sans pressions indues. La liberté de la presse n’est jamais un privilège accordé aux journalistes ; c’est une garantie offerte aux citoyens de pouvoir accéder à une information indépendante.

Quel rôle les responsables politiques et les leaders d’opinion devraient-ils jouer pour apaiser les tensions ?

Les responsables politiques ont une responsabilité particulière parce que leur parole produit des effets. Ils doivent condamner clairement toute forme d’intimidation, y compris lorsque les journalistes publient des informations qui leur sont défavorables. Dans une démocratie mature, on répond à un article par des faits, des arguments ou un droit de réponse, jamais par la menace ou la stigmatisation. Les leaders d’opinion ont également le devoir de contribuer à un débat public plus apaisé. Critiquer le travail des médias est parfaitement légitime. Désigner les journalistes comme des ennemis ne l’est pas.

Quelles mesures devraient être prises pour mieux protéger les journalistes sur le terrain ?

Il faut d’abord appliquer les lois existantes avec impartialité. Les agressions de journalistes doivent être traitées avec la même diligence que toute autre agression. Ensuite, les rédactions doivent investir davantage dans la formation en matière de sécurité physique et numérique. À l’heure où les enquêtes reposent souvent sur des lanceurs d’alerte et des communications électroniques, la protection des sources est devenue un enjeu majeur. Enfin, il importe que les organisations professionnelles continuent de défendre des standards éthiques élevés. Une presse crédible est aussi une presse mieux protégée.

Au-delà de cet incident, quel est aujourd’hui, selon vous, le plus grand défi auquel est confrontée la presse mauricienne ?

Le principal défi est de préserver sa crédibilité dans un environnement saturé de fuites, de désinformation et de récits préfabriqués. Aujourd’hui, les journalistes sont quotidiennement exposés à des informations soigneusement orchestrées par des acteurs qui poursuivent leurs propres objectifs. Les lanceurs d’alerte jouent un rôle essentiel dans une démocratie, mais toutes les fuites ne relèvent pas de l’intérêt public. Certaines sont motivées par des calculs politiques, des rivalités personnelles ou des stratégies de communication. Notre responsabilité est de ne jamais confondre une fuite avec une preuve, ni un récit avec un fait. Le journaliste n’est ni le portevoix du pouvoir, ni celui de ses opposants. Son seul engagement doit rester la recherche de la vérité, au service du public. C’est cette indépendance qui fait la valeur d’une presse libre et c’est elle qu’il faut protéger avant tout.

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