Publicité

Liberté de la presse

Jean-Luc Mootoosamy : «C’est un rappel que la tête d’une hydre anti-presse repousse et qu’il faut être vigilant»

2 août 2026, 16:30

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Jean-Luc Mootoosamy : «C’est un rappel que la tête d’une hydre anti-presse repousse et qu’il faut être vigilant»

Jean-Luc Mootoosamy, journaliste et directeur de Media Expertise.

Pour Jean-Luc Mootoosamy, ce qui s’est produit devant la FCC est inacceptable dans une démocratie. Il estime que ce type d’incident n’avait plus été observé depuis les dernières élections législatives. Selon lui, cela révèle l’état d’esprit de certains qui considèrent que la presse devrait relayer leur message sans les questionner et faire leur campagne. À cela s’ajoute, dit-il, «un comportement de brute». Il ne parle toutefois pas d’un nouveau cap dans les pressions exercées sur les journalistes, mais plutôt d’«un rappel que la tête d’une hydre antipresse repousse et qu’il faut être vigilant». Il rappelle également que Pravind Jugnauth avait désigné la presse comme son adversaire en 2024 et estime que ses partisans traduisent aujourd’hui ces propos en actes concrets, sans condamnation de leur leader.

Jean-Luc Mootoosamy considère que la protection des journalistes lors de la couverture d’événements sensibles reste largement sous-estimée, y compris dans les rédactions. S’il estime que la police devrait assurer cette protection, il affirme ne pas avoir vu «grand-chose» en ce sens. Selon lui, les journalistes devraient aussi bénéficier, avant chaque reportage à risque, d’un briefing de leur rédaction sur les comportements personnels et professionnels à adopter. Ils devraient notamment connaître les limites à ne pas franchir pour garantir leur sécurité et maîtriser les techniques de couverture journalistique en situation de tension. Il n’est pas certain, dit-il, que cette question soit aujourd’hui une préoccupation centrale des rédactions.

Pour le directeur de Media Expertise, ces menaces piétinent clairement la liberté des journalistes qui souhaitent exercer leur métier de manière impartiale. Il tient toutefois à distinguer les journalistes des producteurs de contenus qui, selon lui, se présentent comme tels sans respecter les règles d’éthique. Il estime que certains individus entraînent ainsi les véritables journalistes dans des situations délicates. Tout en comprenant leur volonté d’exercer cette profession, il considère qu’ils devraient se conformer aux règles du métier plutôt qu’à celles qu’ils se sont eux-mêmes fixé.

Concernant le rôle des responsables politiques, Jean-Luc Mootoosamy estime que les auteurs de ces menaces n’écoutent que deux choses : «de manière presque religieuse, ce que le leader dit» ; et, sous la contrainte, ce que leur disent la police et la justice lorsqu’ils sont arrêtés. Il juge qu’il appartient aux responsables politiques d’appeler leurs partisans «au sang chaud» à laisser les journalistes faire leur travail et à accepter leur rôle.

Selon lui, tous les partis politiques devraient sensibiliser leurs militants, même s’il doute que cela se produise avec les hommes et les femmes politiques qui occupent actuellement l’espace public. Pour mieux protéger les journalistes sur le terrain, il préconise davantage d’échanges entre reporters et responsables de rédaction, ainsi qu’avec les journalistes expérimentés ayant couvert des situations de crise, notamment les émeutes de 1999.

Il insiste également sur l’importance d’une bonne maîtrise du contexte, de connaître ses propres limites sur le terrain et de réfléchir avant de donner la parole à n’importe qui. Il estime enfin que des discussions devraient être engagées avec le commissaire de police afin de déterminer dans quelle mesure les journalistes pourraient être assistés lors de situations difficiles.

Au-delà de cet incident, Jean-Luc Mootoosamy estime que la presse mauricienne a toujours su relever les nombreux défis auxquels elle a été confrontée. Selon lui, la presse de 2026 ne doit ni se laisser intimider ni se laisser séduire par les différents pouvoirs, mais poursuivre son chemin en faisant de l’impartialité sa boussole. Il appelle à davantage de solidarité lorsqu’un journaliste est menacé et invite la profession à faire son autocritique, sans complaisance. Il estime qu’il ne s’agit pas d’exclure ceux qui souhaitent exercer ce métier, mais de remettre chacun à sa place. Selon lui, certains journalistes respectent les règles de la profession tandis que d’autres sont des «agents politiques embusqués» qui prétendent exercer ce métier. Il reconnaît leur droit à s’exprimer, mais souligne qu’ils n’exercent pas la même profession et qu’il est important de les tenir à distance, estimant que les excès de ces «pseudo-reporters» brouillent aujourd’hui le rôle de la presse aux yeux du public.

Publicité