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Plaine-Verte

Le «Bismillah» met la clé sous la porte le 31 juillet

28 juillet 2026, 21:00

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Qui ne connaît pas l’hôtel «Bismillah» à Plaine-Verte ? Depuis plusieurs décennies, cet établissement géré par la famille Jokoo fait partie du paysage de la capitale et du quotidien de plusieurs générations de Mauriciens. Il ouvre à une heure du matin chaque jour et dès les premières heures, des ouvriers, employés et habitués s’y retrouvent pour une tasse de thé et des gâteaux-piments, tikkas, gâteaux bringelles et samoussas. Le «Bismillah» est le témoin d’un patrimoine culinaire et populaire de l’île. Il devra rendre les clés aux propriétaires le 31 juillet, après un long contentieux immobilier.

Sawkatally Jokoo, 58 ans, le gérant, est attristé de devoir fermer l’hôtel Bismillah après 58 ans d’activité. L’établissement de quartier a ouvert ses portes en 1969, un an après l’Indépendance.

photoSawkatally Jokoo, gérant du «Bismillah».

Pour lui, cette fermeture, c’est une page du patrimoine local qui se tourne. Sawkatally Jokoo a passé sa vie entière à servir ses clients sans aucun reproche. Il n’arrive pas à comprendre comment la pharmacie de Plaine-Verte a eu un délai pour continuer à travailler dans le même bâtiment jusqu’à décembre 2026 alors que lui doit fermer boutique dans trois jours. Ce problème date de 2024. Sawkatally Jokoo a bien cherché un autre emplacement à Plaine-Verte mais sans succès.

«Ici, il y a une histoire», résumet-il. Une histoire construite au fil des années grâce au travail de plusieurs générations et à la fidélité d’une clientèle pour ses gâteaux piments, tikkas et autres spécialités. Les samedis et les dimanches, l’affluence est encore plus importante. Sawkatally Jokoo raconte : «J’ai fait des démarches auprès des autorités concernées, par exemple, la municipalité de PortLouis, afin d’obtenir les autorisations. J’ai même eu des réponses positives et, soudainement, une autre personne a eu les clés.» Il ajoute : «C’est une injustice, mais si je dois à tout prix fermer l’hôtel, je le ferai.»

Un délai pour les employés

Le Bismillah fonctionne avec une équipe de cinq à six employés, un effectif jugé suffisant pour assurer le service quotidien. Sawkatally Jokoo demande aux autorités concernées de lui accorder jusqu’à décembre pour que ses employés puissent avoir leurs bonus car autrement, estime-t-il, il les laisse à terre. Selon lui, c’est le propriétaire du bâtiment qui n’accepte pas sa proposition. Il fait aussi ressortir : «Je paie le triple de la location, soit Rs 60 000 au lieu de Rs 20 000, et le propriétaire n’accepte pas ma proposition de lui verser jusqu’à Rs 70 000 de loyer.» La seule requête de Sawkatally Jokoo est d’avoir la permission de continuer à travailler jusqu’à décembre.

Vikesh Malik est l’un des clients fidèles de l’Hôtel Bismillah. «Depuis plus de 35 ans, je mange ici et je suis un bon ami de Bhai Sawkat.» Selon lui, c’est un lieu où l’on peut s’arrêter pour manger à n’importe quelle heure et il y a des clients venant de tous les coins du pays. «Ici, tout le monde se retrouve.»

WhatsApp Image 2026-07-25 at 11.42.04 PMVikesh Malik, client fidèle de l'hôtel.

Pour Vikesh, Malik c’est le service et l’hospitalité de Sawkatally Jokoo qui font que tant de personnes s’y arrêtent et il espère que l’établissement pourra travailler jusqu’à décembre.

Reza, un habitant de PlaineVerte, âgé de 48 ans, connaît cet hôtel depuis sa naissance et vient tous les jours. Pour lui, c’est un lieu qui accueille des habitants de toute l’île et de toutes les religions. Même si quelqu’un n’a pas d’argent, il y trouvera toujours quelque chose à se mettre sous la dent car un esprit de solidarité y règne. Reza est attristé qu’aujourd’hui un tel lieu doive fermer ses portes. Il estime que cette fermeture est une perte pour le pays.

Des propriétaires pris à la gorge

Le propriétaire du bâtiment, Moobeen Dauhoo, donne sa version. «La date limite du 31 juillet est une échéance qui avait été ordonnée par la Cour suprême avec un délai de deux ans pour mettre un terme aux activités de l’Hôtel Bismillah sur place. Cette échéance est l’aboutissement d’une bataille judiciaire qui a duré plus de trois décennies entre les propriétaires de l’immeuble et les Jokoo.»

Selon lui, la propriété avait été louée à l’origine par son défunt grand-père au père de Sawkatally Jokoo. Après le décès de celui-ci, la grand-mère a été contrainte de poursuivre la location. Elle élevait, avec l’aide de son fils aîné à peine majeur, trois autres jeunes enfants. Selon Moobeen Dauhoo, le père de Sawkatally Jokoo a fait des largesses et commis des abus, notamment des ajouts (appropriation illégitime), et en creusant sous la fondation, ce qui a grandement affecté le bâtiment.

Après le décès du père de Moobeen Dauhoo, sa famille s’est retrouvée dans une situation, tout aussi vulnérable et, selon lui, elle a été confrontée à bon nombre de difficultés similaires. Pendant des années, l’accès à la propriété leur a été refusé, le gérant les empêchant d’effectuer des travaux essentiels, notamment le traitement antiparasitaire, l’entretien, les rénovations et les inspections de sécurité incendie.

La famille Dauhoo a finalement été contrainte d’engager des frais juridiques importants pendant des années afin de faire respecter leur droit d’accès. Lorsque cet accès leur a enfin été accordé, ils ont découvert un lieu mal entretenu, insalubre et dégradé qui les a profondément préoccupés.

Trois générations affectées

À l’âge de 54 ans, la mère de Moobeen Dauhoo a appris la menuiserie afin de contribuer au paiement des frais juridiques et des dettes qui ne cessaient de s’accumuler. Moobeen Dauhoo ajoute qu’il «a été contraint d’abandonner mes études au Canada et de rentrer au pays car notre famille n’était plus en mesure de soutenir ce lourd fardeau financier.»

Il parle même d’appauvrissement. Par exemple, un jour d’Eid, leur repas de fête s’est limité à du poisson salé car toutes les ressources dont ils disposaient étaient consacrées au remboursement des dettes qu’ils avaient contractées auprès de leurs proches et de leurs amis au cours de cette longue bataille judiciaire. Celle-ci a affecté trois générations de la famille. Le souhait de Moobeen Dauhoo est que cette affaire prenne fin avec sa génération et ne soit pas transmise à la suivante.

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