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Farhad Aumeer : «La formation des futurs spécialistes est trop importante pour échapper à un examen rigoureux»

21 juillet 2026, 15:00

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Farhad Aumeer : «La formation des futurs spécialistes est trop importante pour échapper à un examen rigoureux»

Farhad Aumeer, médecin et député.

Le député et médecin praticien travailliste a déposé une question au ministre de l’Enseignement supérieur, des sciences et de la recherche, Kaviraj Sukon, pour la séance du Parlement d’aujourd’hui sur la formation médicale postdoctorale. Cette question reflétant des préoccupations explorées dans l’éditorial de l’express publié hier, nous avons sollicité le Dr Aumeer, qui a accepté de nous partager ses réflexions avant même la séance d’aujourd’hui.

Vous avez déposé cette question parlementaire à un moment précis. Qu’est-ce qui vous y a conduit et quelles préoccupations vous ont convaincu que ce dossier exigeait un examen du Parlement ?

Cette question parlementaire répond au besoin croissant de garantir que la formation médicale spécialisée de troisième cycle à Maurice réponde aux plus hauts standards internationaux. En tant que médecin fort de décennies d’expérience dans la pratique spécialisée et l’enseignement médical, je suis convaincu que la formation des futurs spécialistes est trop importante pour échapper à un examen rigoureux. Toute institution à qui l’on confie une formation spécialisée de troisième cycle doit détenir non seulement l’infrastructure et l’exposition clinique nécessaires, mais aussi l’expertise académique, la gouvernance, les mécanismes d’assurance qualité et la crédibilité internationale requis pour former des spécialistes compétents.

En tant que médecin du privé, quelles informations avez-vous personnellement recueillies sur les institutions qui offrent, ou envisagent d’offrir, une formation médicale spécialisée de troisième cycle à Maurice – auprès de praticiens, d’universitaires, d’internes ou d’instances de régulation ?

Si une institution a été autorisée ou est envisagée pour une telle responsabilité, le public et la profession médicale sont en droit de connaître les fondements de cette prise de décision. Ma question vise donc la transparence des critères retenus pour évaluer la compétence et l’état de préparation de l’institution ; et si sa capacité académique et clinique a fait l’objet d’une évaluation internationale indépendante avant toute autorisation. Il ne s’agit pas de remettre en cause les ambitions d’une quelconque institution ; mais de préserver les standards, de protéger les patients et de sauvegarder la réputation de la profession médicale mauricienne. La qualité de la formation spécialisée de troisième cycle a un impact direct sur la sécurité des patients, les résultats sanitaires et la reconnaissance internationale de nos qualifications médicales.

Le Parlement a le devoir de veiller à ce que toute réforme ou toute nouvelle initiative dans la formation médicale spécialisée repose sur le mérite, sur une évaluation objective et sur des référentiels internationalement admis. C’est dans cet esprit de responsabilité, de transparence et d’excellence que j’ai jugé nécessaire de soulever ce dossier à l’Assemblée nationale. Ce dossier a été porté à mon attention par des confrères chevronnés, soucieux de voir la formation spécialisée nivelée sur des référentiels reconnus et acceptables, plutôt qu’une licence accordée sans due diligence.

Votre question évoque l’évaluation de la «compétence et de l’état de préparation» d’une institution. Quels sont, selon vous, les standards académiques, cliniques et de gouvernance minimaux qu’elle devrait remplir avant d’être autorisée à former de futurs spécialistes ?

Cela recoupe en partie mes réponses précédentes, mais la question centrale porte surtout sur les formateurs et le niveau que nous voulons atteindre. La collaboration française pour former des médecins en anesthésiologie via le PARMU, ainsi que des médecins urgentistes, a montré que nous disposons aujourd’hui de spécialistes issus de ces dispositifs qui exercent au niveau attendu. J’espère personnellement que, quelle que soit l’institution autorisée à offrir une formation de troisième cycle en médecine, nous ne rencontrerons pas les mêmes difficultés que par le passé avec DY Patil, où il avait finalement fallu faire appel à des consultants médicaux étrangers pour évaluer les niveaux et accorder l’accréditation.

Si nous voulons nous engager dans une telle formation ici, l’institution doit disposer d’une accréditation internationale délivrée par une Post-Graduate Academy issue d’établissements réputés ; de formateurs hautement qualifiés présents sur place et non à distance ; d’une formation au lit du malade ; et d’un prospectus détaillé s’étendant sur plusieurs années – et non d’un programme expéditif destiné seulement à décerner un titre de spécialiste sans réelle formation.

Une connaissance académique approfondie du domaine d’études concerné doit être une condition sine qua non exigée de chaque interne. S’y ajoutent des examinateurs externes issus d’institutions internationales de troisième cycle hautement réputées. Dans la formation chirurgicale, une connaissance approfondie et rigoureuse de l’anatomie et une formation d’au moins un an s’imposent. L’institution doit, par ailleurs, conclure un accord avec des hôpitaux universitaires de référence reconnus à l’étranger, pour au moins un an de formation finale, les internes étant soumis à une évaluation avant de se présenter aux examens finaux.

Une évaluation externe est essentielle car elle offre une appréciation objective et indépendante du respect, par l’institution, des standards internationalement admis pour la formation spécialisée de troisième cycle. Elle examine des aspects cruciaux : la qualité du cursus, la compétence du corps enseignant, l’adéquation de l’exposition clinique, les opportunités de recherche, la gouvernance, les méthodes d’évaluation et la sécurité des patients.

Vous demandez aussi si une évaluation internationale indépendante a précédé toute autorisation. Est-elle essentielle et quels seraient les risques si cette formation était instaurée sans accréditation, ni examen par des pairs reconnus à l’international ?

Maurice a assurément le potentiel de devenir un centre d’excellence pour la formation médicale spécialisée de troisième cycle, mais cette ambition doit être menée avec une planification rigoureuse et des standards de qualité sans compromis. L’objectif premier de cette formation n’est pas simplement d’augmenter le nombre de spécialistes, mais de former des cliniciens hautement compétents, éthiques et respectés à l’international, capables de dispenser des soins sûrs et fondés sur des données probantes.

Plus largement, quelles réformes jugez-vous nécessaires pour développer la formation spécialisée tout en protégeant la sécurité des patients et qu’attendez-vous de l’échange parlementaire d’aujourd’hui ?

Nous devrions être guidés par trois principes. D’abord, un cadre national d’accréditation pleinement aligné sur des référentiels internationalement reconnus et soumis à un examen externe par les pairs. Ensuite, le développement de la formation de troisième cycle en partenariat avec des universités internationales, des Royal Colleges et des instances médicales spécialisées. Enfin, des standards clairs sur les qualifications des formateurs, les volumes minimaux de cas et l’accès aux structures de recherche, l’unité de formation proposée devant être soumise à un audit régulier et à une évaluation des résultats.

En ma qualité de fellow de deux Royal Colleges britanniques – le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists et le Royal College of Physicians – et de participant à des examens et à des modules de formation, je bénéficie d’un regard privilégié sur la manière dont l’avenir des étudiants en médecine et des médecins de troisième cycle devrait être orienté : la sécurité des patients doit rester le principe central, avec un accent formel sur la pratique fondée sur des données probantes.

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