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«Décryptage»
Ajay Gunness : «Lesjongard et Duval font bien leur travail contrairement à d’autres»
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«Décryptage»
Ajay Gunness : «Lesjongard et Duval font bien leur travail contrairement à d’autres»
Ajay Gunness, ministre des Infrastructures nationales.
Le ministre des Infrastructures nationales revient sur les grandes lignes du Budget 2026-2027. Il défend la réforme de la pension, décidée après consultation du comité central du MMM puis du Premier ministre Navin Ramgoolam, qui a mené à l’abolition du means test. Il détaille aussi le projet routier M4, chiffré à Rs 10,3 milliards, qu’il assure conforme aux études de faisabilité et d’impact environnemental. Interrogé sur les tensions avec les anciens du MMM passés dans l’opposition, dont Paul Bérenger et Joanna Bérenger, il évoque un «règlement de compte» qui l’attriste, tout en écartant toute pression sur le Premier ministre au sujet d’un éventuel remaniement.
⚫ Êtes-vous satisfait du budget alloué cette année à votre ministère ?
Honnêtement, difficile d’être satisfait quand on gère un ministère. Mon ministère s’occupe du développement dans le pays. Nous avons eu Rs 2 milliards supplémentaires pour démarrer le projet M4, qui date de 2012.
⚫ Et la mesure de la pension qui a encore une fois provoqué la colère de la population…
C’est dommage, car la mesure de la pension a éclipsé bien d’autres mesures tout aussi importantes dans ce budget. Le carer’s allowance, qui passe à Rs 4 250, en est une parmi tant d’autres. Je dirais que ce n’est pas étonnant que ces mesures soient éclipsées, mais il y a beaucoup de mesures socialistes et progressistes dans le Budget.
Pour la pension, le lendemain du budget, nous nous sommes vus avec le comité central du MMM. Nous en avons parlé, et avec les autres partenaires de l’alliance, nous avons rencontré le Premier ministre, ce qui a mené au freeze puis à l’abolition du means test. Certains diront que le gouvernement a fait marche arrière, mais n’oubliez pas que même le MSM sait depuis 2005 que la pension était insoutenable. Tous les rapports le montrent. De ce fait, la réforme était importante. Sa bom pansion la, nou pe sarye depi 20 an.
⚫ Donc si le gouvernement avait eu plus d’argent, il aurait quand même financé la réforme de la pension malgré la sonnette d’alarme tirée depuis 2005 ?
Si nous avions eu l’argent qu’il fallait dans la situation où nous sommes… Nous avons hérité d’une mauvaise situation du MSM, que nous devons payer. Avec une base aussi fragile, nous devions la refaire pour la rendre plus solide pour l’avenir. Un gouvernement socialiste crée de la richesse pour le pays et son peuple.
⚫ Le projet M4 représente un investissement de plus de Rs 10 milliards. La députée Joanna Bérenger conteste cet investissement.
Il y a toutes sortes de députés. Il y a des députés Facebook, des députés qui se plaignent sans agir. C’est à croire qu’il y a une obsession pour la M4. Faut-il arrêter tout développement à cause de la réforme de la pension ? Une personne raisonnable comprendra que dans un pays, il faut générer une économie et de l’investissement. Cela va créer de l’emploi. La M4, c’est un projet où nous allons investir Rs 10,3 milliards. Elle va passer dans les régions rurales, qui auront ainsi un coup de pouce.
Quand je regarde le tracé, je peux vous dire qu’il y aura du développement tout le long, dont cinq ou six malls qui seront construits, créant de l’emploi au passage. Mercredi prochain, nous ferons une visite de site avec l’EXIM Bank, qui fera toute l’évaluation en Inde. Ce chantier va donc créer de l’emploi. Certains demandent ensuite s’il y a eu une étude de faisabilité. Oui, il y a eu une feasibility study en juillet 2026. La dernière remontait à 2012. La démagogie a une limite, je pense.
La députée Joanna Bérenger parle d’un manque de feasibility study et d’EIA pour ce projet. Or, le 20 octobre 2020, la Road Development Authority (RDA) a enregistré que la M4 avait été déclarée exempt undertaking, donc sans besoin d’étude d’impact environnemental (EIA). Malgré cela, quand je suis devenu ministre, j’ai dit que tous les chemins devaient passer par une EIA. L’EXIM Bank nous remettra un Detailed Project Report qui s’alignera avec l’EIA, suivi d’une consultation publique. Nous n’y sommes pas obligés, mais nous le faisons quand même. Tou seki bizin fer, nou pou fer. Rappelez-vous qu’à l’époque, pour plusieurs autres projets comme l’aéroport, il y a eu des palabres.
⚫ Ces cinq à six malls sont à qui ?
Ce sont des hommes d’affaires privés. Je ne pourrais pas divulguer les noms, ce ne serait pas éthique…
⚫ Vous ne craignez pas des critiques comme quoi vous favoriseriez la M4 justement pour la construction de ces malls, qui appartiendraient à des proches du pouvoir, dont vous ?
C’est faux. Si banla ti mo fami, mo pa ti pou inn bizin travay dan kann ouswa vann sorbe. La démagogie a atteint un niveau incroyable. L’autre jour, j’ai lu sur Facebook que quelqu’un disait que j’avais acheté une villa à la Balise Marina. Je ne sais même pas où cela se trouve (rire). Certains écrivent n’importe quoi pour salir les gens, simplement parce que nous sommes adversaires. N’oublions pas que nous aussi, nous avons une famille. Hier, quand nous étions dans le même parti, tout allait bien ? Enfin, je rappelle que la route M4 est dans l’intérêt du pays.
⚫ Le calendrier de la M4 sera comment ?
Mercredi prochain, il y aura donc une visite de site avec l’EXIM Bank. Cela se fera en deux phases. L’évaluation technique d’abord, et heureusement que cela se fait en Inde, sinon à Maurice nous allions entendre toutes sortes de choses. La deuxième partie concerne l’évaluation financière, qui se fera à Maurice par la RDA. Nous essayons de faire le lancement vers la fin de 2026, et c’est faisable. Donc le démarrage des travaux en fin décembre 2026.
⚫ Qu’en est-il de la phase 2 du Ring Road ?
Cela ne va pas démarrer tout de suite. Il y a des consultations. Sur la M4, nous avons déjà des consultants locaux. Pour le Ring Road phase 2, nous allons engager un consultant qui fera des rapports. Rs 5,8 milliards sont réservés pour ce projet. Après la phase 2, il y aura aussi la phase 3, pour ceux qui vont vers le Nord. En 2012, le rapport avait prédit qu’il y aurait davantage de véhicules, donc davantage d’infrastructure. Il y aura aussi un chemin qui sortira de l’hôtel Maradiva pour rejoindre Tamarina, afin de désengorger Flic-en-Flac, ainsi que le chemin Melrose-Dubreuil. Il faut faire en sorte que Flic-en-Flac ne soit plus un cul-de-sac.
⚫ Pour mettre en place ces nouveaux projets, y a-t-il eu des consultations avec les habitants des régions concernées ?
Oui, et ils sont contents, notamment à Dubreuil. Ils expliquent qu’ils se sentaient enclavés. Les habitants seront contents d’avoir ce nouveau chemin, j’en suis sûr. Comme pour tout projet, il y aura bien sûr des inconvénients. Néanmoins, les Mauriciens comprennent et seront contents en voyant le projet terminé. Certaines personnes ont l’obsession d’arrêter tous les développements parce qu’elles ne sont plus au gouvernement.
⚫ Qu’en est-il des anciens chemins en mauvais état ?
Avec mon ministère, je m’occupe des classified roads, dont les routes M1, M2 et M3. Sur les routes classifiées, je dois dire qu’il n’y a pas vraiment de potholes. Nous travaillons sur un projet appelé le Road Asset Management System. Nous allons travailler avec Singapour. Cela coûte cher, mais nous allons le faire. Il y a un véhicule équipé d’une caméra en dessous qui roule et fournit des données en temps réel pour repérer les nids-de-poule. La maintenance des routes deviendra une chose routinière, et nous aidons les municipalités avec la RDA et la National Development Unit (NDU), même si nous avons des contraintes budgétaires. Nous allons vers la signature d’un memorandum of understanding (MOU) entre la RDA et la Central Water Authority pour réparer des routes après les travaux de ces derniers.
⚫ Parlons politique. Aujourd’hui, vous avez une opposition composée d’anciens du MMM en face de vous. Souvent le débat est animé et tourne presque au règlement de compte. Comment vivez-vous cela ?
Cela ne me fait pas plaisir, car je suis dans le MMM depuis longtemps et j’y ai fait du chemin. J’ai travaillé dès l’âge de 16 ans pour la campagne. Cela fait presque un demi-siècle. Ce qui s’est passé, notamment le départ de Paul Bérenger et de ses proches du MMM, ne m’a pas fait plaisir. Depuis la première crise, en novembre 2025, j’avais compris que Paul Bérenger allait quitter le gouvernement. Je le connais. Je n’étais pas d’accord à l’époque, car ce ne pouvait pas être le même scénario à chaque fois. Navin Ramgoolam a été très fairplay avec Paul Bérenger. Lui seul sait s’il a un agenda qui lui est propre et s’il subit une certaine pression.

Jamais je n’aurais cru voir une Joanna Bérenger, tout juste sortie du gouvernement, poser des questions sur la pension, alors que son père était pourtant favorable à la réforme. Dès qu’elle est passée dans l’opposition, elle s’est mise à interroger sur la pension. Je n’y aurais pas cru. Elle ne pose des questions qu’aux membres du MMM, et cela devient personnel dans certains cas. C’est un règlement de compte très malheureux. Paul Bérenger nous a toujours dit qu’il ne serait jamais contre le fait que le fils ou la fille d’un député ou d’un ministre obtienne quelque chose, car c’est au mérite.
Aujourd’hui, les règles du jeu ont changé. C’est triste, d’autant plus triste que c’est la vie facile dans l’opposition. Ils arrivent à 11 h 30 et partent à 13 h. Accepter et subir des critiques, devenir un shock absorber parce qu’on prend des mesures difficiles, c’est une tout autre paire de manches. Néanmoins, nous avons une relation très cordiale avec le Premier ministre.
⚫ La vie facile dans l’opposition, c’est un peu fort. Récemment, Adrien Duval a dit le contraire.
N’oublions pas qu’il a aussi dit qu’aujourd’hui il fait mieux son travail, car avant il était victime de harcèlement. Certains font bien leur travail dans l’opposition, et d’autres se contentent de se plaindre sans agir. Le leader de l’opposition Joe Lesjongard ainsi qu’Adrien Duval font bien leur travail. Il y a des députés, dans l’opposition, qui se plaignent sans agir. Ena dimounn pe fer zot travay bien dan lopozision ek ena pe bat bate. Be kan ou bat bate lerla mem ou trouv tou zafer pe bat bate. Certains, même au Parlement, publient déjà tout sur Facebook.
⚫ Être au gouvernement et voir une manifestation contre ce même gouvernement, au sujet de la pension, cela vous fait quoi ?
Je le prends de deux façons. D’abord, le commissaire de police n’a pas bloqué la manifestation, car nous respectons la démocratie, pas comme avant. La manifestation est une arme des syndicalistes, et il ne faut pas croire que nous y sommes insensibles. Nous avons pris bonne note de leurs revendications et en avons parlé en interne. Dans la manifestation, il n’y avait pas de slogan hostile comme autrefois…
⚫ Il y a quand même eu le retour du fameux BLD…
Il n’y en avait pas beaucoup. C’est difficile de tout contrôler dans une manifestation. Il peut y avoir quelqu’un qui s’y infiltre et fait déraper la chose. Les organisateurs ont bien fait leur travail, et il n’y a pas eu de dérapage.
⚫ Le remaniement, ce sera pour quand ?
C’est une prérogative du Premier ministre Navin Ramgoolam, et nous en avions parlé à l’époque où nous avions proposé le nom d’Arianne Navarre-Marie comme Deputy Prime Minister. Nous n’allons pas voir le Premier ministre le couteau entre les dents pour faire pression. C’était le MMM d’avant. Nous ne faisons pas cela. Nous laissons le temps au Premier ministre de faire son travail sans pression.
⚫ *Le leadership du MMM reste en format collégial. Comment cela se passe-t-il ?
Cela se passe très bien, même s’il y a des postes vacants comme celui de vice-président et de trésorier. Cela continuera jusqu’aux élections dans nos instances. Au moment opportun, nous renouvellerons nos instances, dont le Bureau politique et même le poste de leader.
⚫ En tant que Deputy leader actuel, la logique voudrait que vous soyez le prochain leader ?
Non (rire). J’ai toujours gravi les échelons dans la vie politique sans jamais rien demander. Paul Bérenger peut le confirmer. Si demain le MMM me demande d’occuper un poste, je le ferai en donnant mon maximum. Ce n’est pas une ambition. Je suis satisfait de mon parti. Dans les semaines à venir, ceux de l’autre côté reviendront vers nous.
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