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Étude

Des captures de poissons 25 fois supérieures aux statistiques officielles

17 juillet 2026, 20:00

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Des captures de poissons 25 fois supérieures aux statistiques officielles

La pression exercée sur les ressources marines de l’archipel des Chagos aurait été largement sousestimée pendant des décennies. C’est la conclusion d’une étude publiée le 29 juin dans le Journal of the Indian Ocean Region, réalisée par Dirk Zeller, de l’université d’Australie-Occidentale, et la chercheuse mauricienne Roshni Mangar, affiliée au programme international Sea Around Us.

Les auteurs estiment que les captures domestiques – pêche de subsistance, récréative et commerciale mauricienne – sont jusqu’à 25 fois supérieures aux chiffres officiellement rapportés par le Royaume-Uni. Selon les chercheurs, les statistiques britanniques ne tenaient compte que d’une partie des captures, principalement celles officiellement déclarées depuis les années 2000. Elles excluaient notamment la pêche de subsistance pratiquée par les habitants des plantations de cocotiers avant leur expulsion dans les années 1970, ainsi que certaines activités de pêche commerciale mauricienne.

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont reconstitué l’historique des captures entre 1950 et 2022. Ils se sont appuyés sur des archives officielles, des documents historiques, des données de consommation alimentaire et même des documents de la CIA afin d’estimer les volumes de poissons prélevés au fil des décennies. Leurs estimations montrent que la pêche de subsistance et la pêche récréative représentaient chacune près de 100 tonnes par an en moyenne.

Avant les années 1970, les travailleurs des plantations complétaient leur alimentation grâce à la pêche de subsistance, capturant principalement crevettes, crustacés, mollusques et autres invertébrés. Après l’installation de la base militaire américaine à Diego Garcia, cette activité a progressivement laissé place à une pêche récréative pratiquée par les militaires et les contractuels civils, ciblant davantage les thons, bonites et maquereaux. Les captures ont atteint un pic au début des années 2000, dans le contexte du renforcement de la présence militaire américaine après les attentats du 11 septembre 2001.

La pêche étrangère inquiète

L’étude intègre également les captures réalisées par les navires mauriciens opérant dans les Chagos. Les chercheurs rappellent que le Royaume-Uni avait reconnu, dès 1965, les droits de pêche traditionnels de Maurice dans l’archipel. Selon leurs estimations, les navires mauriciens capturaient entre 180 et 200 tonnes de poissons par an à la fin des années 1970. Les prises ont culminé à environ 350 tonnes annuelles au milieu des années 1990 avant de chuter fortement après la création de l’aire marine protégée en 2010, pour atteindre entre 10 et 40 tonnes par an. Les principales espèces ciblées étaient les vivaneaux, les empereurs et les poissons de récif.

Les chercheurs soulignent toutefois que la pêche domestique reste modeste comparée aux activités des flottes industrielles étrangères. Selon leur reconstitution, ces navires capturaient moins de 100 tonnes par an dans les années 1950, avant de voir leurs prélèvements exploser pour atteindre jusqu’à 17 000 tonnes par an à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Après la création de l’aire marine protégée, ces captures ont fortement diminué, mais restent estimées à environ 600 tonnes par an aujourd’hui.

L’étude indique qu’avant 2010, les flottes japonaises, sud-coréennes, taïwanaises et soviétiques dominaient cette pêche industrielle. Depuis l’interdiction des activités commerciales dans l’aire marine protégée, les chercheurs estiment que seuls des navires taïwanais et sri-lankais continuent d’y opérer illégalement. Selon Roshni Mangar, ces activités restent limitées, mais représentent un risque réel pour la biodiversité, notamment requins et concombres de mer, deux espèces particulièrement vulnérables à la surexploitation. Les auteurs recommandent de renforcer la surveillance grâce à des systèmes de suivi des navires, des contrôles portuaires, des sanctions réglementaires et une meilleure coopération entre États lorsque le transfert de souveraineté des Chagos sera finalisé.

L’étude rappelle enfin que l’archipel des Chagos abrite le plus grand atoll corallien au monde et près de la moitié des récifs coralliens encore en bon état dans l’océan Indien. Les chercheurs estiment que ces nouvelles données devraient être prises en compte dans les futures décisions concernant la gestion de cette aire marine protégée, alors que Maurice prévoit la création de la Chagos Archipelago Marine Protected Area après le transfert de souveraineté.

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