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Violences domestiques

Ce que dix ans de données révèlent

15 juillet 2026, 20:00

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Ce que dix ans de données révèlent

Photo d'illustration.

La séquence se répète, d’un tableau statistique à l’autre. Une femme. Une porte fermée. En dix ans, la violence a changé d’adresse : elle est passée de la rue à la maison. En 2015, la victime type d’une agression était un homme, frappé dans l’espace public par un inconnu. En 2025, c’est une femme, agressée chez elle, par quelqu’un qu’elle connaît : six victimes sur dix sont liées à leur agresseur. Pour mesurer ce basculement, l’express a comparé, indicateur par indicateur, les statistiques de Crime, Justice and Security de 2015 à 2025, publiées le 30 juin dernier par Statistics Mauritius. Sur la décennie, les agressions physiques reculent. En revanche, les violences sexuelles progressent. (voir tableaux ci-contre).

Le taux d’infractions sexuelles rapporté est passé de 54 à 62,6 pour 100 000 habitants en dix ans. La tendance était à la hausse depuis 2005 déjà. Le profil des victimes, lui, n’a presque pas bougé : neuf sur dix sont des femmes, près des deux tiers ont moins de 16 ans et vont encore à l’école. Dix ans après, la victime type d’une infraction sexuelle reste une adolescente. Un indicateur a bougé, en revanche. Le taux de victimes ayant un lien familial avec leur agresseur est passée de 22% à 36,7%.

image * Bases légèrement différentes selon les années (victimes hors avortement vs infractions ; 21 victimes pour 29 infractions en 2015).

Les agressions, elles, ont pris le chemin inverse : leur nombre a reculé de 964 à 806,7 pour 100 000 habitants sur la décennie. Plus frappant encore : en 2015, la majorité étaient des hommes, agressés pour moitié hors du domicile ; en 2025, la majorité bascule côté femmes. Six victimes sur dix connaissent leur agresseur, et près des deux tiers des agressions ont lieu en foyer privé. Un autre chiffre va dans le même sens. Les cas déposés en cour sous la Protection from Domestic Violence Act ont augmenté de 13,4 % sur la seule année 2025, pour atteindre un nombre de 1 709. Cette catégorie n’existait pas dans le rapport de 2015 : il y a dix ans, ces cas n’étaient pas même comptés.

Femmes tuées, filles abusées

Le taux d’homicide intentionnel a augmenté sur la décennie. Les hommes demeurent majoritaires parmi les victimes, mais leur part se réduit : la proportion de femmes tuées est passée d’environ 29 % à près de 39 %. Sur de petits effectifs, entre 21 et 35 victimes par an, la prudence s’impose. La tendance, elle, est là.

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Les victimes juvéniles de violences sexuelles ont augmenté sur la décennie et la répartition par sexe reste écrasante : près de neuf filles sur dix victimes. Dans les deux rapports, la même catégorie tire à la hausse : celle de l’exploitation sexuelle d’enfants (causing child to be sexually abused; accessing to a brothel; and engaging in prostitution). Le nombre a plus que doublé en dix ans. Pour les agressions sur mineurs, le schéma s’inverse comme chez les adultes : les garçons restent majoritaires parmi les victimes.

Changement de définitions

Toute comparaison directe exige des précautions, car l’appareil statistique a évolué. Le rapport 2015 s’appuyait sur des classifications onusiennes génériques, avec une catégorie unique de sexual offences. L’édition 2025 applique la classification internationale des infractions à des fins statistiques (ICCS, UNODC), qui distingue sexual violence et sexual exploitation. Des infractions comptées comme sexuelles en 2015 relèvent d’autres rubriques aujourd’hui. Les totaux de condamnations ne recouvrent pas le même périmètre.

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La définition de l’homicide a changé aussi. Le glossaire de 2015 incluait l’infanticide et l’avortement dans l’homicide intentionnel. Le rapport 2025 exclut l’avortement et l’incendie mortel. L’écart réel entre les deux taux pourrait différer de la comparaison brute. Les seuils juridiques qui définissent les contraventions ont doublé ou triplé, en durée d’emprisonnement comme en montant d’amende. La frontière entre catégories d’infractions s’est déplacée. Les violences contre les personnes, elles, en sont peu affectées.

Reste la mise en garde que formulent les deux rapports : les statistiques policières mesurent la propension à signaler autant que la prévalence réelle. La hausse des violences sexuelles rapportée peut refléter une libération de la parole, un meilleur accueil des plaintes ou une augmentation des faits. Les données ne permettent pas de trancher. Les campagnes de sensibilisation et l’entrée en vigueur de la Children’s Act en 2022 ont pu influer sur les signalements concernant les mineurs.

Les hommes, angle mort des statistiques

Un chiffre passe inaperçu dans le rapport 2025 : celui des hommes. Ils sont 100 à avoir rapporté des violences sexuelles cette année-là, contre 47 en 2024. Le nombre a plus que doublé en un an. Concernant les agressions, ils restent des milliers, 5 135 victimes en 2025, également frappés de plus en plus souvent dans un cadre privé. Ces chiffres disent une partie de la réalité. La littérature internationale le documente : les hommes victimes de violences, sexuelles en particulier, le signalent moins que les femmes. La honte, la peur de ne pas être cru, l’absence de structures d’accueil pensées pour eux forment autant d’obstacles au dépôt d’une plainte. Le doublement enregistré en 2025 pourrait ainsi refléter une parole qui se libère plutôt qu’une explosion des faits. Aucune donnée mauricienne ne permet, pour l’heure, de mesurer l’ampleur de ce sous-signalement. Il s’agit peut-être la dernière inconnue de ces statistiques. Elles sont d’ailleurs appelées à bouger encore.

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Le Domestic Abuse Bill 2026, voté la semaine dernière à l’Assemblée nationale, remplace la Protection from Domestic Violence Act et élargit la définition des violences aux abus psychologiques, économiques et numériques, tandis qu’un amendement au Code pénal, présenté le jour même de la publication de ces statistiques, fera du viol conjugal une infraction. Des violences jusqu’ici invisibles dans les tableaux de Statistics Mauritius entreront alors dans le décompte.

Si les prochains rapports affichent une hausse, elle dira d’abord cela : non pas que la violence explose, mais qu’on commence à la compter.

Sources : Statistics Mauritius, Crime, Justice and Security Statistics, éditions 2015, 2023, 2024 et 2025.

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La loi reconnaît les couples de même sexe

Express.mu (620 x 330) (68)Najeeb Ahmad Fokeerbux et Dhanalakshmi Goundan, respectivement président et vice-présidente de la Young Queer Alliance.

En 2015, la Young Queer Alliance (YQA) déposait une plainte auprès de l’Equal Opportunities Commission, dénonçant une discrimination fondée sur l’orientation sexuelle en matière de mariage. L’année suivante, la définition du mot spouse dans la Protection from Domestic Violence Act était restreinte aux couples de sexe opposé. Depuis, les rapports se sont accumulés, les recommandations onusiennes aussi, sans qu’aucun gouvernement ne bouge sur ce point précis.

Vendredi dernier, ce verrou a sauté. En adoptant le Domestic Abuse Bill, les députés ont introduit dans la loi une notion qui, jusque-là, n’existait nulle part dans les textes : celle d’adult interdependent relationship, une définition qui inclut désormais les couples de même sexe. Une ligne de texte, en apparence discrète, mais lourde de sens pour les organisations LGBTQIA+, qui se battent depuis plus d’une décennie pour que la loi cesse de les rendre invisibles face aux violences domestiques.

Concrètement, ce changement met fin à un vide juridique que dénonce depuis longtemps la YQA. «Sous la précédente Protection from Domestic Violence Act, une personne homosexuelle aurait pu être protégée contre la violence domestique au titre de another person living under the same roof; l’application de la loi pour protéger les personnes LGBTQIA+ était ainsi laissée au bon vouloir des autorités. La définition de spouse se limitait aux personnes mariées à une personne du sexe opposé», explique Najeeb Ahmad Fokeerbux, président et fondateur de l’organisation. «La nouvelle loi sur l’abus domestique reconnaît explicitement l’existence de relations entre adultes du même sexe. Elle définit aussi l’abus émotionnel ou psychologique comme la divulgation de l’orientation sexuelle d’une personne lésée à ses amis et à sa famille, contre son vœu», ajoute-t-il.

Najeeb Ahmad Fokeerbux replace ce gain dans un combat entamé, il y a une décennie. «Depuis 2016, la YQA milite pour faire modifier la définition de spouse dans la Protection from Domestic Violence Act, car elle est discriminatoire. Ainsi, nous avons contacté les autorités et les instances onusiennes et leur avons transmis des recommandations en ce sens», rappelle-t-il. En décembre 2017, le Comité des droits de l’homme des Nations unies avait demandé à l’État mauricien de prendre les mesures nécessaires pour éradiquer les discriminations à l’égard des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trans en matière de mariage. «Nous avons le devoir d’honorer nos engagements en matière de droits humains et de renforcer notre démocratie», conclut-il.

Mais pour la YQA, cette avancée ne marque qu’une étape. «La suppression proposée de cette référence discriminatoire constitue une avancée importante, mais elle ne saurait, à elle seule, garantir une égalité réelle», tempère Dhanalakshmi Goundan, vice-présidente de la YQA. Plusieurs revendications fondamentales restent en suspens, à commencer par la reconnaissance juridique des couples de même sexe et l’accès au mariage civil, avec l’ensemble des droits qui en découlent en matière de famille, de succession et de protection du conjoint.

Il reste également essentiel, selon elle, de renforcer la protection contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre, d’assurer une reconnaissance juridique effective des personnes trans, et de mieux prévenir et sanctionner les violences et discours de haine visant les personnes LGBTQIA+. «Notre objectif reste clair : construire un cadre juridique où chacun bénéficie des mêmes droits et de la même dignité, et où l’amour entre deux adultes consentants puisse être vécu, protégé et reconnu sur un pied d’égalité», conclut Dhanalakshmi Goundan.

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