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«US-Africa Business Summit»
Maurice accueillera le sommet en décembre
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«US-Africa Business Summit»
Maurice accueillera le sommet en décembre
La présidente et «Chief Executive Officer» du «Corporate Council on Africa», Florizelle Liser, rencontrant le Premier ministre Navin Ramgoolam le 4 décembre 2025.
Six mois de délai supplémentaire. C’est ce que le report du US-Africa Business Summit offre au pays pour affiner sa copie. Initialement prévu du 26 au 29 juillet, l’événement se tiendra finalement du 6 au 9 décembre 2026, une décision prise conjointement par le Corporate Council on Africa (CCA) et le gouvernement mauricien, pour des raisons sanitaires. Mais derrière le communiqué de Cabinet, une information exclusive révèle l’ampleur de ce qui était en jeu : si Maurice n’avait pas confirmé les nouvelles dates, le sommet aurait purement et simplement été délocalisé aux États-Unis.
Dans les rangs du CCA, l’annonce faite à l’issue du Conseil des ministres de vendredi a été accueillie avec un immense soulagement. «Un travail considérable a été accompli en coulisses pour préparer ce sommet. Nous sommes heureux que Maurice n’ait pas laissé passer cette opportunité», confie une source proche de l’organisation. Si le gouvernement n’avait pas confirmé l’organisation de l’événement, celui-ci aurait été délocalisé aux États-Unis. La Côte d’Ivoire, elle, accueillera l’édition suivante en 2027; le calendrier du CCA ne souffre aucun vide.
Ce que Maurice a donc failli perdre mérite qu’on s’y arrête. Fondé il y a 31 ans, le CCA est la principale organisation patronale américaine exclusivement dédiée au développement des relations économiques entre les États-Unis et l’Afrique. Son réseau rassemble des géants comme Google, Coca-Cola, Visa, Chevron, Pfizer, Citi et Standard Bank. Du 6 au 9 décembre, près de 3 000 décideurs convergeront vers l’île – représentants de plus de 40 pays africains, chefs d’État et de gouvernement, dirigeants des plus grandes multinationales américaines. Les précédents donnent la mesure de l’enjeu. L’édition 2025, organisée en Angola, avait réuni 2 800 participants, six présidents, quatre Premiers ministres, et permis la conclusion de plus de quatre milliards de dollars d’accords commerciaux. L’ambition affichée pour Maurice est de dépasser ce seuil symbolique. Avec ses 46 conventions de non-double imposition, un secteur financier parmi les plus sophistiqués de l’hémisphère Sud et une économie bleue en pleine expansion, l’île entend transformer ce rendez-vous en véritable accélérateur stratégique.
Marc Hein Senior Counsel, fondateur de Juristconsult Chambers et figure du centre financier international mauricien, ne mâche pas ses mots. La première chose qu’il tient à établir, c’est la nature même de l’événement. «Ce n’est pas un rendez-vous de politique. C’est un rendez-vous de business. Les politiciens viennent là pour chapeauter l’événement, et pour promouvoir leur propre juridiction. Le reste appartient aux businessmen», dit-il.
Mais avant de parler de décembre, il faut parler du passé. Et le passé mauricien vis-à-vis du US-Africa Business Summit est peu glorieux. «Maurice n’a jamais participé à ce sommet. Il y a eu trois sociétés mauriciennes qui ont participé l’année dernière à Luanda. Pendant des années, le gouvernement mauricien a été invité, mais personne n’y allait.» … citant le cas de l’ancien gouvernement qui n’avait même pas daigné répondre. C’est finalement Jean-Raymond Boulle, vice-président du CCA qui a orienté l’événement vers l’île. «Sinon, ça ne serait jamais venu vers Maurice», dit-il sans détour. Ce retard accumulé rend l’enjeu de décembre d’autant plus lourd. Car ce que le sommet de Luanda a produit: environ un milliard de dollars de contrats discutés, des projets d’infrastructure majeurs comme la ligne de chemin de fer du Lobito en Angola, donne la mesure de ce que Maurice a manqué, et de ce qu’elle peut encore capter.
La plaque tournante vers l’Afrique
Sur le positionnement de Maurice comme «gateway to Africa», Marc Hein hausse le ton. Ce n’est pas, dit-il, un discours de ministre. C’est une réalité construite, pierre par pierre, par le secteur privé. «Ce Gateway vers l’Afrique, c’est le secteur privé, les avocats, les comptables, les professionnels qui voyagent en Afrique pour expliquer ce qu’on est.»
Le mécanisme est concret. Une multinationale américaine souhaitant investir en Zambie crée une société à Maurice. L’argent sort des États-Unis, transite par les banques mauriciennes, et rejoint le pays africain cible. Par exemple : «Google va investir en Zambie. Elle crée une société à Maurice qui, elle, va intervenir en Zambie. Beaucoup de personnes pensent que c’est un rêve. Ce n’est pas un rêve du tout. It’s happening.» Il précise qu’une grosse proportion des nouvelles sociétés enregistrées à Maurice aujourd’hui le sont pour opérer en Afrique: comme c’était le cas pour l’Inde il y a 25 ans.
Ce centre financier international, pourtant, reste largement invisible aux yeux du grand public. Marc Hein s’en désole. «C’est pas comme l’hôtellerie où on voit les touristes. Le global business est moins visible. Tout cet argent qui va vers l’Afrique traverse par les banques mauriciennes.»
Sur la concurrence, Marc Hein recadre le débat. Casablanca, dit-il, est surtout orientée vers les investissements français en Afrique francophone. Johannesburg n’est pas le rival à surveiller. Le vrai concurrent de Maurice, c’est Dubaï. «Là-bas, c’est zéro régulation. C’est une classe financière de cow-boys.» Mais la situation géopolitique dans la région du Golfe pourrait, selon lui, pousser certains investisseurs à reconsidérer Maurice: un retournement de situation que l’île aurait tort de ne pas saisir. Six mois pour se préparer, et ne pas rater le coche
Sur le report, Marc Hein choisit de voir le verre à moitié plein. «C’est un silver lining». Dans un contexte mondial tendu, il évoque notamment les répercussions de la guerre en Iran sur les déplacements internationaux, qui ont découragé bien des voyageurs ces derniers mois –, le délai supplémentaire donne à Maurice le temps de mieux se préparer. Mais ce temps, insiste-t-il, doit être utilisé. Il appelle à une coordination renforcée entre le gouvernement, l’EDB et le secteur privé, en élargissant ce dernier bien au-delà des grands groupes habituels. «… C’est tout le secteur des services – les avocats, les comptables, les auditeurs.» Il plaide pour que chaque professionnel mauricien, via ses réseaux africains et internationaux, fasse connaître l’événement. Il cite en exemple le DLA Piper Africa Group, dont fait partie son cabinet, Juristconsult. Ernst & Young Maurice, qui pourrait mobiliser son réseau continental. Les PME ne doivent pas être laissées pour compte non plus : il appelle à ce que l’Association of Mauritian Manufacturers participe pleinement, et que le «Made in Maurice» soit mis en avant pendant les quatre jours du sommet.
Enfin, Marc Hein ouvre des pistes concrètes sur ce que Maurice peut offrir aux investisseurs américains en décembre. Au-delà du textile – un des seuls vrai produit d’exportation de biens, selon lui – il voit des opportunités dans l’économie bleue, les services professionnels spécialisés sur l’Afrique, entre autres. «Les Américains peuvent avoir besoin de nos services spécialisés pour l’Afrique. On est meilleur marché.» Une carte que Maurice, dit-il, n’a pas encore pleinement jouée.
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