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Reza Uteem : «Le recrutement des étrangers ne se fera jamais au détriment des Mauriciens»

25 juin 2026, 08:00

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Reza Uteem : «Le recrutement des étrangers ne se fera jamais au détriment des Mauriciens»

La main-d’œuvre étrangère était au centre de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Joe Lesjongard, hier à l’Assemblée nationale. Au ministre du Travail, Reza Uteem, il a réclamé des précisions sur la mise en place du nouveau système accéléré et simplifié d’octroi des permis de travail, le nombre de travailleurs étrangers présents à Maurice, les cas de travailleurs en situation irrégulière ainsi que les permis accordés aux agences de recrutement.

D’emblée, Reza Uteem a soutenu que le vieillissement de la population n’a pas seulement des conséquences sur la pension et les finances publiques, mais également sur la disponibilité de la main-d’œuvre. Selon lui, Maurice fait face à une diminution du nombre de personnes intégrant le marché du travail, ce qui entraîne une pénurie dans plusieurs secteurs économiques.

Le ministre Uteem a rappelé que le Budget 2025-2026 prévoyait l’introduction d’un fast track and simplified rules based work permit system afin de faciliter le recrutement de travailleurs étrangers. Toutefois, ce nouveau système n’est pas encore opérationnel. «Le premier exercice d’appel d’offres lancé par l’Economic Development Board n’a pas abouti. De nouvelles procédures ont été enclenchées et les offres ont été relancées le 12 juin 2026», a-t-il expliqué.

Répondant à une question sur l’absence d’étude d’impact avant l’introduction de cette réforme, Reza Uteem a confirmé qu’aucune évaluation spécifique n’a encore été réalisée par son ministère concernant la pénurie de main-d’œuvre dans les différents secteurs. Il a toutefois rappelé qu’un comité interministériel sur les permis de travail a été mis sur pied en janvier 2025 afin de consulter les différents acteurs économiques, les syndicats et les ONG.

Selon le ministre, l’une des principales recommandations de ce comité est qu’un employeur doit d’abord prouver sa capacité à recruter localement avant de pouvoir embaucher un travailleur étranger. Il devra notamment démontrer avoir publié une offre d’emploi et consulté les bases de données locales, dont la Mauritius Job Platform. Un certificat délivré par l’Employment Information Centre sera nécessaire avant toute demande de recrutement étranger.

Reza Uteem a aussi indiqué avoir sollicité l’appui technique de l’Organisation internationale du Travail (OIT) afin de mener une étude sur l’impact socio-économique des travailleurs étrangers à Maurice. Concernant l’hébergement des travailleurs étrangers, le ministre a annoncé que le gouvernement a approuvé les Occupational Safety and Health (Centralised Lodging Accommodation) Regulations 2026. Ce nouveau cadre permettra d’accorder des permis à des bâtiments répondant aux normes internationales pour accueillir des centaines de travailleurs étrangers, évitant ainsi la transformation de maisons résidentielles en dortoirs.

Sur le nombre de travailleurs étrangers présents dans le pays, Reza Uteem a indiqué qu’au 31 mai 2026, Maurice comptait 51 945 travailleurs étrangers disposant d’un permis de travail valide ou d’un certificat d’exemption délivré par son ministère, soit 46 312 hommes et 5 633 femmes. Les ressortissants indiens représentent le plus important contingent avec 15 840 travailleurs, suivis des Népalais (14 821), des Bangladais (8 975), des Malgaches (999) et des Sri-Lankais (850). D’autres nationalités sont également présentes, notamment des Kényans (447), des Français (219), des Indonésiens (116) et des Chinois (115).

Le secteur manufacturier reste le principal employeur de main-d’œuvre étrangère avec 23 249 travailleurs, devant la construction (15 542) et l’hébergement et la restauration (4 092). D’autres secteurs y ont également recours, notamment l’agriculture (2 148), les activités administratives et de soutien (1 224), le commerce et la réparation de véhicules (973) ainsi que les services aux ménages (913).

Sur les travailleurs en situation irrégulière, le ministre a révélé qu’au 15 juin 2026, le Passport and Immigration Office recensait 6 921 migrants irréguliers à Maurice. Parmi eux, 2886 ont été signalés comme disparus tandis que 4035 doivent quitter le territoire après l’expiration de leur permis de travail et de résidence. Depuis janvier 2026, aucune expulsion n’a été effectuée sous le Deportation Act. Toutefois, 49 opérations policières ont été menées, avec l’arrestation de 428étrangers en situation irrégulière, dont 400 ont déjà été rapatriés.

Reza Uteem a cependant reconnu qu’aucun employeur n’a été poursuivi depuis janvier 2026 pour avoir employé illégalement des étrangers. Selon lui, la loi actuelle ne permet pas au ministère d’imposer des sanctions administratives aux employeurs concernés. «Il faudra amender la loi pour donner ce pouvoir au ministère.» Il a également indiqué qu’une nouvelle politique est désormais appliquée : aucune nouvelle demande ou demande de renouvellement de permis de travail ne sera considérée si l’employeur n’a pas régularisé au moins 90% des travailleurs dont les permis ont expiré.

Concernant les agences privées de recrutement, Reza Uteem a précisé que 20 permis ont été délivrées depuis l’entrée en vigueur des nouvelles réglementations en octobre 2025. Dix agences sont autorisées à recruter des citoyens mauriciens pour travailler à Maurice, quatre pour recruter des Mauriciens destinés à travailler à l’étranger et six pour recruter des travailleurs étrangers pour Maurice. Parmi les agences autorisées à recruter des travailleurs étrangers, figurent Adequate Consulting Ltd, Zenith Consultancy Ltd, MSK Global Services Co Ltd, SM Overseas Ltd, BluAve Ltd et Reva Enterprise Co Ltd. leur licence est valide jusqu’en 2029.

Lors des questions supplémentaires, Joe Lesjongard a demandé si le gouvernement disposait d’un plan stratégique à long terme pour répondre au déséquilibre du marché du travail ou si ce système rapide visait uniquement à protéger les intérêts des employeurs. Reza Uteem a rejeté cette affirmation, soutenant que le recrutement étranger ne se fera «jamais au détriment des travailleurs mauriciens».

Le leader de l’opposition l’a également interrogé sur MSK Global Services Co Ltd, société incorporée en octobre 2025 et détentrice d’une licence. Il a demandé comment une entreprise récente avait pu répondre aux critères financiers demandés. Reza Uteem a expliqué que pour les nouvelles sociétés, l’évaluation se fait notamment à travers un business plan, la capitalisation de l’entreprise et une garantie obligatoire d’un million de roupies. Interrogé sur le fait que le directeur unique de cette compagnie aurait 21 ans, le ministre a répondu ne pas connaître les actionnaires ou directeurs des sociétés candidates, affirmant que les demandes sont évaluées par un département indépendant de son ministère.

La séance a ensuite été marquée par des échanges tendus autour de Lexus Recruitment Agency. Joe Lesjongard a évoqué les liens des actionnaires de cette agence avec des proches collaborateurs du ministre, évoquant un possible conflit d’intérêts. Reza Uteem a rejeté cette accusation, affirmant que toute demande est évaluée selon les mêmes critères.

Dans la foulée, le ministre a évoqué d’autres demandes de licences provenant de personnes proches de différentes formations politiques, citant notamment une agence qu’il a présentée comme proche de l’ancien Premier ministre adjoint Paul Bérenger. Joanna Bérenger lui a alors demandé de «substantiate» ses propos. Reza Uteem a alors cité un certain «Brabant». Selon nos informations, la demande de licence de cette compagnie a été rejetée faute de documents requis, notamment les états financiers des trois dernières années, le business plan, la preuve d’expérience dans le recrutement ainsi que la nomination d’un représentant légal.

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