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Débats budgétaires

De «Que deviendra-t-il de toi ?» à «Ce que Dieu voudra»

22 juin 2026, 19:25

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De «Que deviendra-t-il de toi ?» à «Ce que Dieu voudra»

C'est un martèlement de pupitres qui a ouvert le début des débats budgétaires à l’Assemblée nationale. Long, nourri, ironique, celui du gouvernement qui accueille l'annonce du Premier ministre sur le gel du volet means-test de la réforme des pensions, pendant que le leader de l'opposition tente de commencer son intervention dans un temps imparti qu'il trouve déjà trop court. L'ambiance du matin est celle qu'on attendait : sarcastique, taquine, électrique. Mais c'est l'après-midi qui est plus intéressante car le duel Lesjongard-Ramgoolam est souvent passé à la loupe. Voyons ce que les autres ont à dire.

En dehors de l’hémicycle, c’est la grisaille. Une brise hivernale inhabituelle souffle sur la capitale. C’est le genre de temps qui s'installe sans prévenir et qui, en ce lundi 22 juin, fait écho à quelque chose. Depuis quelques jours, la classe moyenne tente de comprendre cette réforme des pensions, annoncée de manière technique, froide, et qui fait mal pour ceux qui ont échafaudé des décisions de vie autour de cette pension. On comprend ou on ne comprend pas, mais on ressent.

La cloche appelant les parlementaires à entrer dans l’hémicycle sonne à 14 h 33. La salle se recompose après le déjeuner, les conversations s'éteignent, et c'est Reza Uteem, ministre du Travail et des relations industrielles, qui prend la parole. Lui dont le portefeuille concerne aussi la pension. Il débute avec une pointe d'ironie à peine voilée : quel dommage que le leader de l'opposition ne soit pas là pour entendre sa réplique. «Courageux et responsable», dit-il du Budget 2026-2027, scandant ces deux mots comme on plante un drapeau. Et là, comme dans un film où le héros arrive exactement au bon moment, Joe Lesjongard fait son entrée dans l'hémicycle. Les parlementaires du gouvernement lâchent un «ahhhh» collectif, moqueur, ravi, presque théâtral.

Parce que c'est bien de théâtre qu'il s'agit, et les deux camps l'ont eux-mêmes dit, à leur manière. Le leader de l’opposition avait terminé son intervention du matin en citant Sholay, le classique bollywoodien, pour interpeller le gouvernement sur son propre avenir face à la colère populaire : «Que deviendra-t-il de toi ?»: une question qui résonne au-delà de la salle, dans les foyers où on calcule encore ce que cette réforme va changer. Reza Uteem, lui, a répondu en citant Allama Iqbal : «Ce qui adviendra, c'est ce que Dieu décide.» Élégant, imperturbable, et révélateur. Entre Sholay et Iqbal, tout est dit : un gouvernement qui assume une réforme qui divise, et un peuple qui attend de comprendre.

Ce qui retient le regard au cours de cette deuxième partie, c'est la longue conversation qu'entretiennent Navin Ramgoolam et le numéro 3 du gouvernement, Shakeel Mohamed, la Deputy Prime Minister Arianne Navarre-Marie assise entre eux, y participant par intermittence. Un tableau en soi.

Plus tôt, des rumeurs faisaient état du mécontentement de Shakeel Mohamed face à des réformes dont il n'aurait pas été informé, certains évoquant même une possible démission. Le voilà pourtant en grande discussion avec le Premier ministre, il est apparemment rentré à nouveau dans les rangs.

Ce premier lundi de débats budgétaires aura donc été à l'image du ciel au-dessus de Port-Louis : gris, inhabituellement froid, chargé. Et la question empruntée à Sholay plane encore dans l’hémicycle: «que deviendra-t-il de toi ?» Pour l'instant, le gouvernement préfère laisser cette question entre les mains de Dieu.

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