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Échanges Post-Budget
Dhaneshwar Damry : «La pension ne doit plus être un outil électoral»
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Échanges Post-Budget
Dhaneshwar Damry : «La pension ne doit plus être un outil électoral»
On ne peut pas échapper à la pension. Elle nous rattrape, quoi qu’on fasse, même quand on veut à tout prix dépassionner le débat. Hier matin, au Labourdonnais Waterfront Hotel, elle était sur le bout des lèvres de presque tous les invités du «Post-Budget Breakfast Show», organisé par le groupe Defimedia et présenté par Nawaz Noorbux, Deputy CEO du groupe. Face au junior minister aux Finances, Dhaneshwar Damry, qui a répondu à la majorité des questions, la salle réunissait presse, société civile et secteur privé – le CEO de Business Mauritius, Kevin Ramkaloan, le syndicaliste Deepak Benydin, le secrétaire général de l’ACIM, Jayen Chellum, Sen Ramsamy de Tourism Business Intelligence. Le président de la STC, Takesh Luckho, a aussi pris part aux échanges, notamment sur le carburant et le pouvoir d’achat des ménages. Mais comme tous les chemins mènent à Rome, presque toutes les questions ont fini par y revenir – State Age Pension, means test, seuil des Rs 14 000… la réforme des pensions va encore longtemps dominer la saison post-budgétaire.
⚫ Pension et finances publiques
La réforme de la pension inquiète. Concrètement, qui est affecté et qu’est-ce qui change par rapport à l’année dernière ?
Il faut comprendre les chiffres réels. 75 % des personnes éligibles à la pension touchent moins de Rs 14 000 par mois. 90 % touchent moins de Rs 50 000. La grande majorité ne sera donc pas affectée par le nouveau seuil, ils continueront à percevoir la pension complète.
Le gouvernement a-t-il abandonné la réforme annoncée l’année dernière ?
Pas du tout. Nous allons améliorer la réforme, pas l’abandonner. La réforme de l’année dernière imposait une montée progressive vers 65 ans. Désormais, chacun choisit son âge de départ entre 60 et 70 ans.
Une personne qui gagne Rs 50 000 par mois perd-elle sa pension ?
Non. La pension existe toujours, mais elle est ciblée. Au-delà de Rs 50 000 de revenus mensuels imposables, la pension tombe à zéro. Entre Rs 14 000 et Rs 50 000, elle est réduite progressivement.
Les syndicats dénoncent un manque de consultation. Qu’est-ce que vous répondez ?
Nous avons confié cette question à une Commission d’experts indépendants. L’objectif est précisément de dépolitiser le débat. Les pensions sont trop importantes pour être traitées comme un outil électoral.
L’année dernière, le ministre de la Sécurité sociale avait été surpris par des annonces. Cette fois-ci, y a-t-il eu coordination ?
Il y a un rapport de la Commission d’experts qui a guidé nos décisions. La politique finale reste la prérogative du ministre des Finances, mais le travail a été fait en amont.
Quel est l’état réel des finances publiques dont vous avez hérité ?
Le déficit budgétaire réel était à 9,3 % du PIB. C’est la réalité des chiffres que nous avons trouvés en arrivant. Ce Budget ramène ce déficit à 3,7 %.
Le FMI a revu la croissance à 2,8 %. Comment expliquer une hausse des recettes dans ce contexte ?
Ce n’est pas un nouveau type de taxe. C’est une mobilisation des recettes existantes rendue plus efficace. L’économie numérique ouvre aussi de nouvelles sources, taxes sur les services numériques, mécanismes de reverse charge sur les fournisseurs étrangers. Ce sont des revenus que nous n’exploitions pas suffisamment.
⚫ Croissance, économie et emploi
D’où viendra la prochaine vague de croissance ?
Ce Budget repose sur trois missions. La première est collective. Créer les conditions pour que la richesse profite à tous. La deuxième est structurelle : digitaliser l’État et l’économie dans son ensemble. La troisième, et la plus importante pour moi, c’est l’implémentation. Nous avons une mauvaise réputation sur la vitesse d’exécution. Ce n’est pas ce gouvernement qui a créé ce problème, c’est le système. Mais c’est nous qui allons le corriger. Chaque année, le budget capital n’est pas entièrement exécuté. Ce que nous proposons, c’est une approche d’implémentation express : chaque ministre devient personnellement responsable de l’exécution de ses projets, avec des objectifs clairs et un suivi direct.
50 % des Mauriciens gagnent moins de Rs 25 000 par mois. Comment ce Budget y répond-il ?
C’est une réalité. Près de 96 % de la population active gagne moins de Rs 50 000, et 97 % moins de Rs 100 000. Nous avons un vrai problème de classe moyenne. La seule façon durable de la renforcer, c’est de créer de la richesse, de nouvelles opportunités dans de nouveaux secteurs, pour qu’un jeune qui gagne Rs 25 000 aujourd’hui puisse demain travailler dans le numérique ou la finance et gagner Rs 50 000.
Ce Budget crée des incitations pour les start-ups, mais les PME existantes se sentent oubliées. Qui profite vraiment de ces mesures ?
Les jeunes ont besoin d’incitations fiscales pour démarrer, mais ils ont aussi besoin d’investisseurs. Un jeune qui a une bonne idée peut monter un dossier, attirer des investisseurs et créer son entreprise. Silicon Valley a commencé comme ça. Maintenant, pour les PME existantes, c’est une vraie question. Nous devons réfléchir à comment encourager le capital mauricien à investir dans l’industrie locale. Ce n’est pas dans ce Budget, mais c’est une réflexion que nous devons avoir.
Avec un congé maternité de 12 mois, les employeurs ne vontils pas discriminer les femmes à l’embauche ?
Certains employeurs peuvent avoir cette réaction, c’est une réalité. Mais le monde du travail est en train de changer profondément. Beaucoup de gens travaillent de chez eux, sur laptop, sur mobile. Ce n’est plus le monde du travail traditionnel.
⚫ Numérique, infrastructures et secteur financier
Quelle est la vision numérique de ce Budget ?
Trois objectifs précis. D’abord, créer un data centre GPU d’environ 15 mégawatts, financé par le secteur privé. Ensuite, renforcer la connectivité numérique de Maurice avec l’Afrique et l’Asie. Et troisièmement, investir dans la technologie d’intelligence artificielle. Maurice a une position unique pour servir de pont entre les marchés africains et les investisseurs internationaux. L’Afrique, c’est 1,4 milliard d’habitants et des fonds de pension de 4 000 milliards USD non encore investis sur le continent.
Qui finance le terminal portuaire et les grandes infrastructures ?
Ce n’est pas le gouvernement seul. L’État crée l’environnement, notamment via le terminal à conteneurs estimé à 1 milliard USD, et c’est le secteur privé qui investit. Mais le gouvernement doit montrer son engagement. Sans cela, le secteur privé ne viendra pas. C’est une question de force géopolitique et géoéconomique.
⚫ Vie quotidienne, environnement et secteurs productifs
Le prix du carburant a beaucoup augmenté. Le STC va-t-il répercuter cette hausse ?
Le dernier bateau de carburant reçu le 16 avril coûtait 58 millions USD, contre 23 millions avant la crise. Malgré cela, le STC n’a pas augmenté les prix. La réglementation prévoit qu’en dessous d’un certain seuil de variation, les prix restent stables. Nous faisons tout pour ne pas alourdir le fardeau sur la population.
La taxe de 5 % sur les primes d’assurance va s’ajouter à une hausse déjà de 20 à 30 % cette année. N’est-ce pas trop pour les consommateurs ?
Le secteur de l’assurance a beaucoup bénéficié ces dernières années. Une partie de la hausse des coûts est déjà absorbée par les compagnies. C’est une question d’équilibre entre ce que paie le consommateur et ce que collecte l’État.
Le Budget identifie le tourisme comme secteur de croissance, mais sans mesures fortes. Un touriste dépense en moyenne 120 euros par jour à Maurice, contre 350 aux Maldives. Comment combler cet écart ?
Le mot-clé dans ce Budget, c’est wellness. En Indonésie, le tourisme de bien-être génère 42 milliards USD par an. C’est une voie que nous devons explorer. Mais l’enjeu, c’est surtout les compétences. Nous travaillons avec le FMI pour former 50 000 Mauriciens dans les secteurs à haute valeur ajoutée, y compris le tourisme.
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