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Journée mondiale de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées

Nos aînés vivent plus longtemps mais avec la peur au ventre

16 juin 2026, 16:00

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Nos aînés vivent plus longtemps mais avec la peur au ventre

De nombreux seniors disent se sentir de plus en plus vulnérables face à l’insécurité, à l’isolement et au manque de considération.

En mai, Maurice comptait 271 896 personnes âgées de 60 ans et plus. Parmi elles figurent 5 250 bénéficiaires de la pension de vieillesse, âgés de 90 ans et plus, dont 5 023 personnes ont entre 90 et 99 ans et 227 sont centenaires. Neuf de ces derniers vivent à Rodrigues.

Si la majorité des bénéficiaires de la pension de vieillesse appartiennent à la tranche des 60 à 89 ans, le nombre croissant de nonagénaires et de centenaires retient l’attention des spécialistes des politiques sociales. Les personnes âgées de 90 à 99 ans perçoivent une pension mensuelle de Rs 23 550 tandis que les centenaires touchent Rs 28 735, soit près du double du montant versé aux retraités âgés de 60 à 89 ans.

Cette longévité témoigne des progrès réalisés en matière de santé publique et de qualité de vie. Mais derrière ces chiffres encourageants se cache une autre réalité : celle du sentiment d’insécurité grandissant qui affecte de nombreuses personnes âgées.

Ces dernières semaines, plusieurs faits divers ont illustré cette inquiétude à travers l’île. À Rivière-des-Anguilles, un retraité alité de 67 ans a été ligoté et menacé au couteau à son domicile avant d’être dépouillé de son téléphone portable. À Pointe-aux-Sables, un couple d’octogénaires a été violemment agressé à l’aide de tuyaux et d’un taser, après avoir demandé à des individus de mettre fin à des nuisances sonores nocturnes.

L’insécurité mais aussi la peur de sortir

À Khoyratty, une retraitée de 76 ans a vécu un véritable traumatisme lorsque trois hommes l’ont ligotée et bâillonnée en pleine nuit afin de s’emparer de ses économies. Plus récemment, à RocheBois, une grand-mère de 67 ans a été victime d’une violente agression, provoquant un climat d’inquiétude dans le quartier. Des cas qui montrent qu’aucune région n’est épargnée. Christian (*), aujourd’hui retraité, se souvient avec nostalgie d’une époque où il se déplaçait librement. «Autrefois, le monde m’appartenait. Je prenais ma bicyclette ou le bus, j’allais au marché central, je discutais avec les commerçants. Aujourd’hui, ma propre porte d’entrée est devenue une frontière infranchissable», confie-t-il.

Depuis une mauvaise chute dans l’escalier, il y a quelques mois, il redoute chaque déplacement. «Mes jambes sont devenues incertaines. J’ai constamment peur de trébucher, de ne pas pouvoir me relever ou d’avoir un malaise. J’ai l’impression que l’espace public n’est plus adapté à ma lenteur», explique-t-il.

Pour Sheila (*), c’est surtout la crainte des agressions qui limite ses sorties. «Avec le nombre de toxicomanes et de jeunes délinquants qui nous entourent, je préfère restreindre mes déplacements. J’attends d’être avec mes enfants ou mes petitsenfants pour le faire. Sinon, je profite des activités de mon club de Senior Citizens», dit-elle.

Le président du Senior Citizens Council, Vijay Naraidoo, estime que ce sentiment d’insécurité est bien réel. «Certes, on ne peut pas généraliser. Mais un seul cas est déjà un cas de trop et nous en entendons parler tous les jours», affirme-t-il.

Selon lui, au-delà des problèmes liés à la drogue et à la délinquance, de nombreux seniors sont victimes d’une autre forme de violence : l’âgisme. «Certains jeunes ont développé une attitude négative vis-àvis des personnes âgées. Ils ne reconnaissent ni leur intelligence, ni leur expérience, ni leur contribution à la société. On blesse les personnes âgées dans leur dignité et on leur fait parfois des remarques désobligeantes devant d’autres membres de la famille», déplore-t-il. Cette stigmatisation laisse des séquelles profondes. «La personne perd son estime de soi, se sent diminuée et blessée. Sans oublier les cas de maltraitance physique ou émotionnelle. Certains seniors sont privés de leurs médicaments ou même de leurs repas alors que leur pension permet souvent au foyer de joindre les deux bouts», souligne-t-il.

Face à cette situation, Vijay Naraidoo lance un appel aux associations de personnes âgées afin qu’elles renforcent leur soutien envers ceux qui vivent seuls. «Leur rôle ne doit pas se limiter à organiser une sortie mensuelle. Il faut aller vers ces personnes isolées, les sortir de leur solitude et les réintégrer dans la société», insiste-t-il.

Il évoque également les initiatives mises en place dans certains pays, où des jeunes rendent régulièrement visite aux personnes âgées afin de leur tenir compagnie, les accompagner dans leurs déplacements et leur redonner le moral. «Il faudrait encourager les jeunes Mauriciens à s’engager dans un tel projet. Ce serait une belle démonstration de solidarité et d’action intergénérationnelle», conclut-il.

(*) prénoms d’emprunt.

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