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Human story
Jean Marie Chatour : Il répare les chaussures des autres, mais attend toujours sa maison
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Jean Marie Chatour : Il répare les chaussures des autres, mais attend toujours sa maison
■ Dans sa modeste «clinique pour chaussures» située sur la route menant à Pamplemousses, Jean Marie Chatour exerce depuis 30 ans un métier noble, malgré les difficultés physiques qu’il impose.
Sur le bord de la route menant à Pamplemousses, une petite construction faite de planches de bois attire le regard. Une enseigne y annonce une «clinique pour chaussures». À l’intérieur, assis sur un banc de fortune, Jean Marie Chatour s’affaire à redonner vie à des baskets usées et à des souliers fatigués. Depuis 30 ans, cet artisan cordonnier exerce un métier qu’il qualifie de noble. Pourtant, derrière son sourire accueillant se cache une réalité beaucoup plus douloureuse : celle d’un père de famille qui attend, depuis deux décennies, d’obtenir enfin une maison de la National Housing Development Company Ltd (NHDC).
À bientôt 50 ans, Jean Marie Chatour ne demande pourtant pas la lune. Père de deux enfants âgés de 13 et 7 ans, il aspire simplement à offrir à sa famille un foyer stable et sécurisant. Mais malgré de nombreuses démarches et plusieurs entretiens, la clé tant espérée n’est toujours pas entre ses mains. «En 2024, on m’a fait comprendre que j’aurais une maison à Pointe-aux-Piments. Deux ans plus tard, je suis toujours dans l’attente», confie-t-il avec calme, sans amertume apparente.
Locataire depuis 20 ans, cet habitant de Pamplemousses doit chaque mois trouver les Rs 6 000 nécessaires pour payer son loyer, tout en faisant face à la hausse du coût de la vie. Une charge supplémentaire qui pèse lourdement sur le budget familial.
Pourtant, selon lui, il remplit toutes les conditions requises pour bénéficier d’un logement social. Il raconte avoir ouvert depuis longtemps un compte du Plan Épargne Logement (PEL), condition nécessaire pour l’obtention d’une maison de la NHDC. «Le compte existe toujours et il y a de l’argent dessus. Oui, il m’est arrivé d’utiliser une partie de ces économies pour faire face à certaines nécessités, mais je n’ai jamais abandonné mon projet.»
Au fil des années, Jean Marie Chatour affirme avoir été convoqué à trois ou quatre reprises pour des entretiens. À chaque fois, il s’est acquitté des frais administratifs et a reçu les documents attestant du dépôt de son dossier. «On me dit que tout est complet, qu’il faut juste patienter. Mais cela fait vingt ans que j’attends.» L’endroit où il vivra importe finalement peu. Pamplemousses, Pointe-aux-Piments ou ailleurs, l’essentiel, dit-il, est de disposer d’un toit qu’il pourra appeler le sien. «Tant que Dieu me donne la force et le courage de travailler, je continue. Je n’ai pas de préférence particulière. Je veux simplement une maison pour ma famille.»
«Quand je rentre chez moi le soir, la douleur est partout»
Car derrière cette attente se cache aussi la fatigue d’un homme qui se bat chaque jour pour gagner sa vie. Depuis trois décennies, il exerce le métier de cordonnier, un travail exigeant physiquement et souvent méconnu. «C’est un métier noble, mais très difficile. J’ai travaillé dans le waterproofing et comme maçon ‘roche’, mais être cordonnier est encore plus éprouvant. Quand je rentre le soir, j’ai l’impression que mes épaules vont se détacher tant la douleur est forte. Et puis il y a les mains… Elles portent les marques du métier.»
Malgré tout, Jean Marie Chatour ne se plaint pas. Au contraire, il rend grâce pour ce travail qui lui permet de nourrir son épouse et ses enfants. «Grâce à ce métier, j’arrive à faire vivre ma famille et j’en remercie Dieu. Mais mon combat reste toujours le même.» Son histoire a touché plusieurs personnes, notamment les membres du groupe Renaissance du Nord, qui tentent eux aussi de faire entendre sa voix.
Aujourd’hui, une question revient sans cesse dans l’esprit de cet homme qui approche de la cinquantaine. «Quand aurai-je enfin une maison ? Quand je ne pourrai plus marcher ou travailler, comment vais-je faire pour payer un loyer ?» Il sait qu’il n’est pas un cas isolé. D’autres Mauriciens vivent la même attente interminable, avec le même espoir de voir un jour leur situation évoluer.
Pour Jean Marie Chatour, l’obtention d’une maison représenterait bien plus que quatre murs et un toit. Ce serait la fin de vingt années d’incertitude. Ce serait la possibilité d’offrir à ses enfants une stabilité qu’il s’efforce de construire chaque jour à force de courage et de sacrifices.
Et surtout, ce serait enfin la récompense d’une vie de labeur pour cet artisan discret qui, depuis trente ans, répare les chaussures des autres… tout en attendant toujours de pouvoir poser définitivement les siennes chez lui.
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