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VIH et travailleurs étrangers
Le Dr Jaumdally plaide pour une réforme fondée sur la science et les droits humains
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VIH et travailleurs étrangers
Le Dr Jaumdally plaide pour une réforme fondée sur la science et les droits humains
■ Le Dr Shameem Jaumdally, chercheur à l’Institut pulmonaire de l’Université du Cap et spécialiste des maladies infectieuses et du VIH/sida.
Alors que la question de l’expulsion des travailleurs étrangers vivant avec le VIH suscite de vifs débats à Maurice, le Dr Shameem Jaumdally, chercheur à l’Institut pulmonaire de l’Université du Cap et spécialiste des maladies infectieuses et du VIH/sida, appelle les autorités mauriciennes à revoir en profondeur la législation en vigueur. Dans une lettre adressée au Premier ministre, aux ministres concernés, au directeur du National AIDS Secretariat, au président de la National Human Rights Commission ainsi qu’à l’Attorney General, il plaide pour une approche davantage axée sur les données scientifiques et le respect des droits humains.
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par les récentes révélations autour de l’expulsion d’une travailleuse étrangère vivant avec le VIH, peu après son témoignage lors de l’International AIDS Candlelight Memorial. Une affaire qui a suscité de nombreuses réactions tant à Maurice qu’à l’étranger, et qui a également conduit la National Human Rights Commission à évoquer une possible contradiction entre certaines dispositions de l’Immigration Act et les garanties prévues par la HIV and AIDS Act de 2006.
Pour le Dr Shameem Jaumdally, la politique actuelle d’expulsion automatique des travailleurs étrangers diagnostiqués séropositifs «n’est plus conforme aux connaissances scientifiques actuelles, aux recommandations internationales de santé publique et aux principes fondamentaux des droits humains».
L’expert rappelle que les avancées réalisées au cours des vingt dernières années ont profondément transformé la prise en charge du VIH. Grâce aux traitements antirétroviraux, les personnes vivant avec le virus peuvent aujourd’hui mener une vie longue, saine et productive, avec une espérance de vie comparable à celle de la population générale.
Le VIH, une maladie chronique contrôlable
Le chercheur insiste également sur le principe scientifique désormais largement reconnu de «Indétectable = Intransmissible» (I=I). Selon lui, une personne sous traitement efficace et dont la charge virale est indétectable ne transmet pas le virus par voie sexuelle. Ce constat est soutenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’ONUSIDA ainsi que l’ensemble de la communauté scientifique internationale.
Dans ce contexte, il estime que la présence de travailleurs étrangers vivant avec le VIH ne représente pas une menace pour la santé publique, à condition qu’ils bénéficient d’un suivi médical approprié.
Plutôt que de maintenir une politique d’expulsion systématique, le Dr Shameem Jaumdally préconise l’adoption d’un modèle reposant sur la prévention et le suivi médical. Il recommande en premier lieu la suppression de toute expulsion automatique fondée uniquement sur le statut sérologique. Les travailleurs étrangers concernés devraient, selon lui, pouvoir conserver leur permis de résidence et de travail, à condition de participer à un programme de suivi médical structuré.
Celui-ci comprendrait notamment une évaluation clinique annuelle réalisée par un professionnel de santé qualifié, des examens permettant de mesurer le taux de lymphocytes CD4 et la charge virale, ainsi qu’un contrôle de l’observance du traitement et de la continuité des soins.
Le chercheur insiste également sur la nécessité de garantir à ces personnes un accès continu aux services de prise en charge et aux traitements antirétroviraux. Pour le spécialiste, une telle réforme permettrait à Maurice de se conformer aux recommandations de plusieurs institutions internationales de référence, notamment l’ONUSIDA, l’OMS, l’Organisation internationale du travail et les différents instruments internationaux de protection des droits humains.
Vers une nouvelle approche
Il rappelle que l’ONUSIDA plaide depuis plusieurs années pour la suppression des restrictions liées au VIH en matière de voyage, d’emploi et de résidence, estimant que ces mesures favorisent la stigmatisation et la discrimination sans apporter de bénéfices démontrés pour la santé publique.
Au-delà de la protection des droits fondamentaux, le Dr Shameem Jaumdally estime qu’une révision de la législation présenterait plusieurs avantages pour Maurice. Elle contribuerait notamment à réduire la stigmatisation associée au VIH, à encourager le dépistage et l’accès aux soins parmi les populations migrantes, tout en renforçant la surveillance sanitaire.
Une telle approche permettrait également de préserver une main-d’œuvre productive et qualifiée et de consolider l’image de Maurice en tant que pays attaché aux droits humains et aux politiques fondées sur les preuves scientifiques. Surtout, souligne-t-il, un système basé sur le suivi médical régulier et la suppression virale offrirait une meilleure protection de la santé publique qu’une politique d’expulsion, puisqu’il encouragerait les personnes concernées à rester engagées dans leur traitement plutôt qu’à craindre les conséquences d’un diagnostic.
Estimant que Maurice a longtemps été considéré comme un modèle régional en matière de développement sanitaire et social, le chercheur juge que le moment est venu d’actualiser les politiques migratoires liées au VIH. Il invite ainsi les autorités à réexaminer les dispositions de l’Immigration Act afin de remplacer l’expulsion automatique par un mécanisme de suivi médical structuré, plus en phase avec les réalités scientifiques actuelles et les engagements internationaux du pays.
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