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Rencontre avec Brinda Perianen
Alphabétisation : quand les mots deviennent une seconde chance
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Rencontre avec Brinda Perianen
Alphabétisation : quand les mots deviennent une seconde chance
■ Animatrice bénévole en alphabétisation, Brinda Perianen accompagne chaque semaine des adultes qui n’ont jamais eu accès à l’école.
À l’heure où les écrans, les applications et l’intelligence artificielle façonnent le quotidien, ceux qui ne savent ni lire ni écrire peuvent se sentir encore plus démunis. Derrière les avancées technologiques se cache pourtant une réalité souvent méconnue : celle d’hommes et de femmes qui n’ont jamais eu la chance de fréquenter l’école. Pour eux, chaque lettre déchiffrée représente une victoire. Et derrière chacune de ces victoires se trouvent des bénévoles comme Brinda Perianen.
Employée au département des réservations chez Horizon Holidays Ltd entre autres, elle consacre aujourd’hui une partie de son temps libre à transmettre un savoir fondamental : apprendre à lire et à écrire. Une mission qu’elle accomplit avec passion au siège de l’entreprise, à Bambous, où elle anime des cours d’alphabétisation pour des adultes.
Son engagement a commencé grâce à Caritas Maurice, qui mène depuis plusieurs années des programmes d’alphabétisation à travers l’île. «On nous a préparés à toutes les situations possibles», explique-t-elle. L’idée a germé au sein d’Horizon Holidays. Un groupe de travail s’est intéressé à la scolarité des employés et a découvert qu’une dizaine d’entre eux n’avaient jamais été à l’école. Désireux de leur offrir une chance d’apprendre, les membres du comité se sont tournés vers Caritas Maurice. «Je me suis investie dans ce projet depuis 2024 et j’ai suivi la formation en 2025. Grâce à Caritas, nous avons pu mettre en place ces cours», raconte Brinda Perianen.
Sa première expérience l’a conduite du côté de Chrysalide, à Bambous. Pendant six mois, elle y a accompagné plusieurs apprenants. Cette année, une nouvelle aventure a commencé au sein même d’Horizon Holidays. «Le bureau est très impliqué et me donne toutes les facilités pour assurer ces cours. J’ai actuellement un groupe de six dames que je retrouve les lundis et mardis, de 15 heures à 17 heures. Une autre collègue s’occupe de deux hommes. Je suis prête à accueillir tout le monde, hommes comme femmes», confie-t-elle avec enthousiasme.
Mais enseigner à des personnes qui n’ont jamais appris à lire demande beaucoup de créativité et de patience. Ici, pas de programme scolaire classique ni de manuel imposé. «À l’école, il y a un syllabus. Dans nos cours, nous partons du concret. Je peux montrer l’image d’une banane et leur apprendre à lire et à écrire ce mot, même si elles ne connaissent pas encore l’alphabet. Parfois, il faut même prendre leur main pour leur montrer comment tracer les lettres. Petit à petit, elles découvrent les syllabes, puis les mots, et nous arrivons à communiquer.»
Redonner le pouvoir des mots
Une méthode qui permet également aux apprenants de commencer par écrire leur propre nom et leur prénom, avant de progresser vers des phrases plus complexes. Pour Brinda Perianen, les heures consacrées à ces cours ne représentent aucun sacrifice. Au contraire. «Ce que je reçois en retour est bien plus grand. C’est extraordinaire de voir ces personnes évoluer», dit-elle avec émotion.
Certaines rencontres l’ont profondément marquée. C’est notamment le cas durant son passage à Chrysalide. «Je n’étais pas préparée à rencontrer ces femmes qui avaient été tellement éprouvées par la vie. Après la première semaine, j’avais même envisagé de tout abandonner. Mais grâce au soutien de mon époux, j’ai continué.»
Puis, un jour, une jeune femme lui a fait une demande inattendue. «Au bout d’un mois, elle m’a demandé de ne parler qu’en français pendant les cours. Elle m’a expliqué qu’elle voulait récupérer ses enfants, qui sont actuellement sous la responsabilité de la Child Development Unit. Elle m’a dit : “Je vais me battre pour récupérer mes enfants.” Et elle m’a confié cela dans un excellent français.»
Aujourd’hui, dans une société dominée par la technologie, ses apprenants n’ont jamais cessé de vouloir apprendre. Même en dehors des cours, ils poursuivent leurs efforts. «Nous communiquons souvent à travers des messages vocaux et cela fonctionne très bien. Ils prennent le temps d’apprendre, d’écrire et de progresser.»
Cette aventure a également changé la bénévole elle-même. «J’ai appris à être plus patiente et plus à l’écoute. C’est un sentiment extraordinaire. Quand une personne vous dit que le mot “mardi” commence comme son prénom, Marlène, et qu’elle a compris le lien, cela vous touche profondément. Aujourd’hui, certaines arrivent même à lire un calendrier.»
Des progrès qui peuvent sembler simples pour beaucoup, mais qui représentent, pour ces apprenants, une conquête immense : celle de leur autonomie, de leur dignité et, parfois, d’une seconde chance dans la vie.
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