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Main-d’œuvre étrangère

Maurice rouvre la porte aux Bangladais, les discussions s’accélèrent

12 juin 2026, 12:00

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Maurice rouvre la porte aux Bangladais, les discussions s’accélèrent

Le ministre du Travail bangladais Ariful Haque Chowdhury, et son homologue mauricien, Reza Uteem, lors de leur rencontre bilatérale en marge de la 114ᵉ Conférence internationale du travail à Genève en déut de semaine.

Une nouvelle étape pourrait être franchie dans les relations bilatérales entre Maurice et le Bangladesh. En marge de la 114ᵉ Conférence internationale du travail à Genève, les ministres du Travail des deux pays ont convenu d’accélérer les discussions en vue d’une réouverture du marché du travail mauricien aux travailleurs bangladais. Une perspective qui relance le débat sur la gestion de la main-d’œuvre étrangère, alors que le pays compte déjà plus de 64 000 travailleurs étrangers et plusieurs milliers en situation irrégulière.

La rencontre, tenue le 8 juin entre le ministre bangladais du Travail, Ariful Haque Chowdhury, et son homologue mauricien Reza Uteem, marque une avancée notable dans un dossier suivi de près par les secteurs économiques confrontés à une pénurie persistante de main-d’œuvre. Les deux parties ont convenu de finaliser rapidement un protocole d’accord encadrant l’exportation de travailleurs vers Maurice.

Le Bangladesh a réaffirmé sa volonté de renforcer sa coopération avec Maurice, mettant en avant la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée dans plusieurs secteurs, notamment la santé, l’ingénierie et la comptabilité. Une invitation officielle a également été adressée à Reza Uteem pour une visite à Dacca. Du côté mauricien, l’ouverture semble également de mise, au regard des besoins exprimés dans plusieurs secteurs économiques, dont le textile, la construction et l’agriculture.

«Le manque de maind’œuvre est une contrainte»

Sur le terrain, le gouvernement reconnaît l’ampleur du défi. En visite hier à Zardin La Laura Ltd, le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, a rappelé la réalité des besoins : «Le manque de main d’œuvre est une contrainte. Dans les champs, pour la culture de la canne ou vivrière, ce besoin est bien réel. Il y a une réglementation à revoir, mais pour le reste, c’est acquis. Les planteurs n’ont pas à passer par des intermédiaires : ils doivent être certifiés par la Mauritius Cane Industry Authority et pourront importer des travailleurs sans problème. L’autre enjeu, c’est le logement. Nous devons nous conformer aux normes de l’International Labour Organization.»

Entre relance économique et tensions sociales

Le secteur textile figure parmi les plus touchés par la pénurie de main-d’œuvre. Plusieurs entreprises peinent à recruter localement malgré leurs besoins croissants. Les discussions entre Maurice et le Bangladesh portent également sur d’éventuels investissements croisés et sur le renforcement de la coopération économique. Mais cette perspective ne fait pas l’unanimité. Certains acteurs sociaux s’interrogent sur l’impact d’une reprise du recrutement étranger sur l’emploi local. Pour le syndicaliste Fayzal Ally Beegun, ces travailleurs occupent des postes délaissés par les Mauriciens : machinistes, ouvriers agricoles ou employés de l’hôtellerie. Il estime qu’ils sont essentiels au fonctionnement de plusieurs secteurs clés, tout en insistant sur la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle. «Les travailleurs doivent être protégés : respect des contrats, des salaires et des conditions de travail dignes», souligne-t-il.

Cette question de la dignité des travailleurs migrants est également au cœur des préoccupations de la Pastorale des migrants et des réfugiés du diocèse de Port-Louis. Dans un communiqué publié mardi, l’organisme a exprimé son inquiétude face à la multiplication de discours stigmatisants visant les travailleurs étrangers, notamment sur les réseaux sociaux. La Pastorale dénonce les appels à dénoncer publiquement des migrants en situation irrégulière ainsi que les propos jugés humiliants à l’encontre de certaines communautés. Elle rappelle que derrière chaque migrant se trouvent une histoire personnelle, une famille et l’espoir d’un avenir meilleur.

L’organisme invite également les Mauriciens à se souvenir que l’histoire du pays s’est construite à travers plusieurs vagues migratoires. S’inspirant de l’appel du pape François à «accueillir, protéger, promouvoir et intégrer» les migrants, il plaide pour davantage de respect, de solidarité et d’humanité.

64 165 travailleurs étrangers à Maurice

Cette relance des discussions intervient dans un contexte où la question de la main-d’œuvre étrangère demeure au cœur de l’actualité. Répondant à une question parlementaire, en mars dernier, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a indiqué qu’au 27 mars, Maurice comptait 64 165 travailleurs étrangers. Parmi eux, 50 234 sont titulaires d’un permis de travail délivré en vertu de la Non-Citizens (Employment Restriction) Act, tandis que 13 931 détiennent un Occupation Permit délivré en vertu de l’Immigration Act. Ces travailleurs sont principalement employés dans les secteurs de la manufacture, de la construction, de l’agriculture, du tourisme et des petites et moyennes entreprises. Le chef du gouvernement a également précisé que 6 926 travailleurs étrangers sont actuellement en situation irrégulière dans le pays. Par ailleurs, Maurice accueille 6 656 étudiants étrangers qui détiennent un permis de résidence valide.

Si aucun calendrier officiel n’a encore été annoncé, la rencontre de Genève envoie un signal fort. Entre les besoins économiques, la coopération internationale et l’impératif de protection des droits humains, la réouverture du marché du travail aux travailleurs bangladais pourrait marquer un tournant dans les relations entre Port-Louis et Dacca.


Des éclaircissements réclamés

La reprise des discussions suscite déjà des réactions. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Navin Unnoop, représentant de Voice of Hindu, demande des explications au gouvernement sur la présence de travailleurs étrangers en situation irrégulière. Il s’interroge également sur les procédures de contrôle en amont de l’arrivée de travailleurs étrangers et appelle les autorités à renforcer ces vérifications. L’association s’oppose par ailleurs à la reprise du recrutement de travailleurs bangladais et envisage un «sit-in» à l’aéroport en cas d’arrivée de nouveaux travailleurs. Elle dit toutefois défendre la coexistence harmonieuse entre les communautés, tout en maintenant ses réserves sur ce dossier.

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