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Port-Louis rejette toute remise en question de sa souveraineté

9 juin 2026, 16:00

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Port-Louis rejette toute remise en question de sa souveraineté

■ Alors que le dossier chagossien reste au cœur des tensions diplomatiques, Port-Louis dément toute négociation autour de Diego Garcia et réaffirme sa position sur la souveraineté de l’archipel.

La position de Maurice demeure inchangée : sa souveraineté sur les Chagos n’est pas négociable. C’est le message ferme envoyé par Port-Louis après la publication d’un article du quotidien britannique The Telegraph affirmant que l’administration de Donald Trump envisagerait un plan visant à «acheter» l’archipel des Chagos afin de prendre le contrôle de Diego Garcia, la base militaire stratégique utilisée conjointement par les États-Unis et le Royaume-Uni.

Du côté mauricien, le gouvernement affirme n’avoir reçu aucune indication officielle allant dans ce sens. Selon le bureau de l’Attorney General, Maurice «a pris connaissance des informations relayées par The Telegraph», mais précise qu’à ce jour, «aucune proposition officielle» n’a été transmise à PortLouis. Le gouvernement ajoute qu’il n’a été approché «ni directement ni indirectement» par l’administration américaine au sujet d’un éventuel accord séparé portant sur Diego Garcia ou sur l’archipel des Chagos.

Cette mise au point intervient alors que le dossier chagossien continue d’alimenter de nombreux débats politiques au Royaume-Uni, notamment autour de l’accord conclu entre Londres et Port-Louis pour la reconnaissance de la souveraineté mauricienne sur l’archipel, tout en maintenant les opérations militaires américaines et britanniques sur Diego Garcia.

Dans son article, The Telegraph affirme que des responsables américains auraient préparé différentes options au plan du Premier ministre britannique, sir Keir Starmer. Parmi elles figurerait l’idée d’un accord direct permettant aux États-Unis de prendre le contrôle de Diego Garcia. Le journal précise toutefois que cette option ne serait pas la solution privilégiée actuellement par Washington.

Le quotidien britannique avance que les tensions internationales, notamment au Moyen-Orient, ainsi que la montée en puissance militaire de la Chine, auraient relancé les discussions autour de l’importance stratégique des bases militaires américaines dans le monde.

Sollicité sur ces informations, Vijay Makhan, ancien secrétaire aux Affaires étrangères, appelle toutefois à la prudence. Selon lui, plusieurs éléments doivent être pris en considération avant de tirer des conclusions. «Il faut être prudent avec ce que rapporte The Telegraph. Le journal a demandé un commentaire à Downing Street, qui n’a pas répondu. Par la suite, The Guardian a repris l’information et a sollicité la Maison Blanche, qui n’a également pas donné de réponse. Ce qui est étonnant, c’est que ces journaux n’aient pas demandé la version de Maurice», fait-il ressortir.

L’ancien diplomate rappelle également que The Telegraph est un média proche des milieux conservateurs britanniques, dont plusieurs représentants s’opposent ouvertement à l’accord entre Maurice et le Royaume-Uni concernant les Chagos. «Je ne serais pas surpris de voir The Telegraph mener une campagne contre cet accord», affirme Vijay Makhan.

Il n’écarte cependant pas totalement la possibilité que cette option ait pu être évoquée dans certains cercles américains. «Je n’exclus pas que cette idée soit sur la table à la Maison Blanche, surtout dans le contexte actuel du conflit au Moyen-Orient et compte tenu de l’importance stratégique de la base de Diego Garcia», dit-il. Selon Vijay Makhan, si une telle hypothèse devait se confirmer, elle pourrait être interprétée de plusieurs manières. «Premièrement, si Donald Trump envisage réellement d’acheter les Chagos, cela pourrait aussi être un message adressé à Keir Starmer en raison de certaines positions prises par le gouvernement britannique concernant l’utilisation de la base militaire de Diego Garcia», analyse-t-il.

Mais pour lui, un autre élément est encore plus important : «Si le contenu de l’article est vrai, cela signifie que les États-Unis reconnaissent indirectement la souveraineté de Maurice sur les Chagos. Si Donald Trump dit vouloir discuter avec Maurice pour les Chagos, cela revient à reconnaître que l’archipel appartient à Maurice.»

Vijay Makhan rappelle également que les relations internationales ont évolué et que la notion d’achat de territoires appartient à une autre époque. «Dans la diplomatie moderne, on ne parle plus d’acheter des territoires ou de la souveraineté d’autres États. Ça c’était une pratique d’une autre époque, comme avec l’Alaska ou les îles Vierges. Le monde a évolué. On ne peut pas revenir à une diplomatie purement transactionnelle», souligne-t-il.

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«Mauritius, an ally of China and Iran» : Une controverse médiatique

Dans son article, The Telegraph présente Maurice comme un «allié» de la Chine et de l’Iran, une qualification vivement rejetée par Port-Louis. Le quotidien britannique, connu pour sa ligne éditoriale proche des milieux conservateurs, a publié ces affirmations dans un contexte marqué par de nombreuses critiques émanant de l’opposition conservatrice britannique. Plusieurs de ses représentants ont exprimé leurs réserves concernant le transfert de souveraineté de l’archipel des Chagos à Maurice.

Pour les autorités mauriciennes, qualifier Maurice d’«allié» de la Chine ou de l’Iran est une présentation erronée de la politique étrangère du pays. Port-Louis rappelle que Maurice entretient des relations diplomatiques et stratégiques avec plusieurs États, sans pour autant appartenir à un bloc d’alliance.

Vijay Makhan, diplomate de carrière, rejette également cette affirmation. «C’est totalement faux. Maurice n’est l’allié de personne. Maurice a des partenaires privilégiés, stratégiques et de développement, mais pas des alliés. Pourquoi The Telegraph ne parle-t-il pas de l’Inde comme un allié ?» s’interroge l’ancien secrétaire aux Affaires étrangères. Le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful, a lui aussi critiqué la position adoptée par le quotidien britannique. Selon lui, The Telegraph mène depuis plusieurs mois une campagne visant à remettre en question l’accord conclu entre Londres et Port-Louis. «The Telegraph est un journal conservateur qui a un agenda visant à faire en sorte que cet accord ne soit pas un succès. Plusieurs articles publiés ces derniers mois cherchent à remettre en cause l’accord entre Maurice et le Royaume-Uni», affirme-t-il.

The Telegraph

Le chef de la diplomatie mauricienne estime que certaines publications tentent de présenter Maurice sous un angle défavorable auprès de Washington. «Ils ont publié des informations laissant croire que Maurice est alliée avec des pays avec lesquels les Américains ont des tensions. Lors de ma dernière visite aux États-Unis, j’ai eu l’occasion d’échanger avec les autorités américaines, notamment au département d’État, avec le Deputy Secretary of State ainsi qu’avec des sénateurs. Je leur ai expliqué la situation et ils étaient déjà au courant de cette campagne menée par certains responsables politiques de la droite britannique contre le Chagos Deal», soutient Ritish Ramful. Il affirme également que les autorités engagées dans les discussions avec Maurice connaissent «l’agenda» derrière certaines critiques visant l’accord.

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Le «Private Bill» Britannique ne remettrait pas en cause l’accord

Le «British Sovereignty Protection (Chagos Islands) Bill», présenté par lord Weir of Ballyholme, a franchi l’étape de la première lecture à la Chambre des Lords le vendredi 5 juin. Toutefois, une source proche du dossier estime que cette initiative relève avant tout d’une démarche politique. Elle rappelle qu’un précédent texte, le «British Indian Ocean Territory (Sovereignty and Constitutional Arrangements) Bill», présenté par la conservatrice Priti Patel le 11 juin 2025, n’a toujours pas franchi l’étape de la deuxième lecture à la Chambre des communes. Selon cette même source, l’accord sur les Chagos n’est pas remis en cause par ces initiatives parlementaires. Elle souligne que le «Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill» figure toujours à l’agenda parlementaire britannique et se trouve actuellement au stade de «Consideration of Commons amendments and/or reasons». «The bill is not lost, contrairement à ce que certains anciens ministres et opposants à l’accord veulent faire croire», indique cette source, qui estime que le processus parlementaire suit toujours son cours.

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