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Dossier Chagos

Maurice voit une manœuvre politique derrière le nouveau projet de loi britannique

7 juin 2026, 12:00

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Maurice voit une manœuvre politique derrière le nouveau projet de loi britannique

Le dossier des Chagos connaît un nouveau rebondissement sur la scène politique britannique. Le British Sovereignty Protection (Chagos Islands) Bill, présenté par Lord Weir of Ballyholme, a franchi l’étape initiale à la Chambre des Lords, le vendredi 5 juin, en première lecture.

Du côté mauricien, l’évolution est suivie de près, mais le gouvernement relativise la portée de cette initiative. Selon le bureau de l’Attorney General, il s’agit avant tout d’un Private Member’s Bill, soit un projet de loi présenté par un parlementaire et non par le gouvernement britannique. Le texte, introduit par Lord Weir of Ballyholme, membre du Democratic Unionist Party (DUP), est arrivé à l’ordre du jour de la Chambre des Lords par tirage au sort, en dixième position.

Les autorités mauriciennes rappellent que le chemin législatif reste particulièrement long. Le projet de loi doit franchir cinq étapes à la Chambre des Lords : la première lecture, la deuxième lecture, l’examen en commission, l’étape du rapport et enfin la troisième lecture. Il devra ensuite être transmis à la Chambre des communes, où le même processus devra être répété.

En cas d’amendements par les Communes, le texte devra faire des allers-retours entre les deux chambres, un processus connu comme le ping-pong parlementaire, jusqu’à ce qu’une version identique soit approuvée. Ce n’est qu’après cette étape qu’il pourra obtenir le Royal Assent du monarque britannique pour devenir une loi. Selon le bureau de l’Attorney General, les chances que le texte aboutisse restent faibles. «C’est avant tout une manœuvre politique des opposants à l’accord sur les Chagos, destinée à embarrasser le gouvernement de Keir Starmer», explique-t-on du côté mauricien.

Le gouvernement souligne également que la configuration politique actuelle au RoyaumeUni ne favorise pas l’adoption d’un tel projet de loi. À la Chambre des communes, les travaillistes disposent d’une large majorité. Le gouvernement britannique contrôle aussi le calendrier parlementaire et peut décider de ne pas accorder suffisamment de temps au débat ou de faire rejeter le texte lors d’un vote.

Cette position s’explique également par le fait que le gouvernement de Keir Starmer a déjà signé le traité reconnaissant la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos. Une adoption du texte de Lord Weir viendrait directement remettre en question cette démarche diplomatique.

Le British Sovereignty Protection (Chagos Islands) Bill vise notamment à réaffirmer la souveraineté britannique sur le British Indian Ocean Territory (BIOT). Il prévoit que tout transfert de souveraineté ou accord concernant l’archipel devrait obtenir l’approbation du Parlement britannique, le consentement des Chagossiens concernés à travers un référendum, ainsi que l’accord d’un éventuel gouvernement élu du BIOT. Le projet de loi affirme aussi que, malgré toute décision d’une instance internationale ou tout traité, le Royaume-Uni devrait conserver sa souveraineté sur Diego Garcia, qui abrite une base militaire stratégique utilisée conjointement par Londres et Washington.

Le texte comprend également des dispositions concernant les Chagossiens, notamment la possibilité pour certains citoyens britanniques originaires du BIOT de visiter ou résider sur certaines îles de l’archipel, comme l’île du Coin et l’île Boddam. Il demande aussi l’ouverture de discussions avec les représentants chagossiens concernant une éventuelle réinstallation, la création d’un gouvernement local représentatif et l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Sur le plan financier, le projet souhaite imposer davantage de contrôle parlementaire sur tout engagement financier britannique envers Maurice lié au transfert de souveraineté.

Concernant les prochaines étapes du côté mauricien, le report du 18ᵉ US–Africa Business Summit, qui devait avoir lieu à Maurice du 26 au 29 juillet 2026, pourrait repousser certaines décisions. Le gouvernement mauricien a demandé ce report en raison de l’épidémie d’Ebola touchant notamment la République démocratique du Congo, l’Ouganda et le Soudan du Sud. Le Premier ministre avait indiqué en avril que Maurice allait réévaluer la situation et déterminer la marche à suivre après ce sommet. Ce report repousse donc également cette échéance.

Un autre élément clé demeure la ratification complète de l’accord. Du point de vue britannique, celle-ci reste liée à la modification de l’accord de 1966 entre le Royaume-Uni et les États-Unis concernant Diego Garcia. Cet accord doit être adapté afin de prendre en compte le transfert de souveraineté à Maurice. Toutefois, ces discussions restent complexes dans le contexte des relations entre le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président américain Donald Trump. Quant à une éventuelle visite officielle sur l’archipel des Chagos, le gouvernement mauricien maintient son intention d’y conduire une délégation après la ratification de l’accord afin d’y hisser officiellement le drapeau mauricien.

Les autorités soutiennent également la demande du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) concernant l’organisation d’une heritage visit. Plusieurs Chagossiens nés sur l’archipel et aujourd’hui âgés souhaitent pouvoir revoir leur île natale et se recueillir sur les tombes de leurs ancêtres. Maurice attend désormais le retour d’Olivier Bancoult, actuellement au Royaume-Uni, où il rencontre des parlementaires et diverses personnalités afin de défendre la finalisation de l’accord.

«Défaut de communication»

De son côté, Vijay Makhan, ancien secrétaire aux Affaires étrangères, qualifie le projet de loi britannique de «coup fourré» porté par des personnalités attachées, selon lui, à une vision dépassée de l’ancien Empire britannique. «Ce sont des personnes qui vivent encore dans un passé très lointain, celui du British Empire. Maurice doit rester vigilant et suivre de très près toutes les étapes de ce projet de loi», affirmet-il. Selon lui, cette initiative portée par Lord Weir of Ballyholme relève davantage d’un agenda politique, à l’image des positions défendues par d’autres figures britanniques telles que Nigel Farage ou Priti Patel. «Ces personnes n’ont pas le sens de l’histoire», estime l’ancien diplomate.

Vijay Makhan rappelle que la Cour internationale de Justice a déjà donné un avis favorable à Maurice sur les Chagos et que la souveraineté mauricienne sur l’archipel a été reconnue sur la scène internationale. Toutefois, il estime que Maurice doit tirer des leçons de la manière dont le dossier a été géré sur le plan de la communication. Selon lui, le pays n’a pas suffisamment répondu aux informations erronées diffusées dans certains médias internationaux. «Notre ligne de communication n’a pas été assez forte. Il y a eu beaucoup de fausses informations publiées dans des médias internationaux importants et nous n’avons pas suffisamment répondu. Il faut répliquer, expliquer, organiser des forums pédagogiques si nécessaire», soutient-il.

L’ancien secrétaire aux Affaires étrangères estime que Maurice doit développer une stratégie plus offensive afin de valoriser les Chagos et mieux expliquer sa position à l’international. Il salue néanmoins les démarches entreprises par Olivier Bancoult et le GRC au RoyaumeUni avec le soutien du gouvernement mauricien. Selon lui, ces rencontres avec les parlementaires britanniques sont essentielles pour défendre la position mauricienne et démontrer que la revendication de souveraineté repose sur une base historique et juridique solide.

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