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Dossier

Littoral sous pression : l’île perd pied

5 juin 2026, 12:10

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Littoral sous pression : l’île perd pied

La loi garantit l’accès de tous au littoral, mais dans les faits, la mer semble parfois se dérober. Baux accordés sans consultation, Pas géométriques loués à des groupes hôteliers, projets contestés à Riambel, Balaclava ou Palmar : selon des ONG, seuls 15 % des 322 kilomètres de côtes restent véritablement accessibles. Tandis que le ministre du Logement et des terres assure que toutes les plages demeurent ouvertes, zoom sur un littoral sous forte pression, en cette Journée mondiale de l’environnement.

La mer aperçue depuis la route, turquoise et immobile, qui donne envie de tout laisser tomber. On gare la voiture, on prend les enfants, la glacière, les chaises. Et puis on cherche. On longe une clôture. On tombe sur un panneau. On fait demi-tour. Pourtant, selon la loi, aucune plage à Maurice ne peut être privée. Alors pourquoi ce sentiment, de plus en plus répandu, de ne plus pouvoir y accéder ? Entre le discours officiel, qui affirme que le littoral reste ouvert à tous, et les chiffres avancés par les organisations non gouvernementales (ONG) – seulement 15 % du littoral véritablement accessible –, un fossé s’est creusé. Un débat qui divise, et qui révèle des visions radicalement différentes de ce que signifie le mot «public». Les exemples ne manquent pas. À Riambel, sur un littoral que l’État lui-même a classé prioritaire pour la réhabilitation côtière, un promoteur privé veut construire 20 villas de luxe sur des pas géométriques, au prix de 400 filaos abattus et d’une audience devant l’Environment and Land Use Appeal Tribunal. À Balaclava, plus de 50 habitants ont découvert, lors d’une visite organisée par des ONG, qu’une portion de leur plage publique était sous bail depuis 2009 – 56 mètres de façade maritime, soit près de 40 % de la plage –, attribués à un groupe hôtelier voisin pour 60 ans. Dans les deux cas, le même constat : des décisions prises sans consultation, sans affichage, sans que les usagers en soient informés. Ce ne sont pas des cas isolés.

BALACLAVABalaclava : 56 mètres de plage publique déproclamés en 2008, réduisant l’accès public.

Vocabulaire

• Le Pas géométrique : Le «Pas géométrique» désigne historiquement la bande côtière appartenant à l’État le long du littoral mauricien. Ici, cette bande mesure généralement 81,21 mètres (soit 50 toises françaises) à partir de la ligne des hautes marées. Cette zone relève du domaine public de l’État et a longtemps été pensée comme une protection du littoral et un espace accessible à tous. 

• La proclamation d’une plage publique : Lorsqu’une plage est «proclamée», cela signifie qu’elle est officiellement reconnue comme plage publique via publication à la Government Gazette. Mais certaines portions peuvent ensuite être déproclamées, louées sous bail, entre autres. C’est précisément ce qui suscite les inquiétudes des ONG. 

• La reproclamation : La reproclamation consiste à réintégrer une portion déproclamée dans le domaine public. C’est le cœur de la revendication à Balaclava : retirer le bail et rendre officiellement la plage au public. Plusieurs autres sites inquiètent fortement Eco-Sud. Le premier est celui des Salines de Rivière-Noire, et plus particulièrement le wetland n° 76, mais «c’est toute la péninsule des Salines qui connaît aujourd’hui une artificialisation massive», avec des conséquences déjà visibles sur les herbiers marins et des impacts probables à long terme sur les coraux et la biodiversité côtière. Ces zones humides, rappelle Sébastien Sauvage, d’Eco-Sud, «ne sont pas des espaces vides ou disponibles», elles jouent un rôle écologique majeur, comme zones tampons contre les inondations et interfaces essentielles entre terre et mer.

 MERCarte de Maurice représentant les plages les plus sous pression de l’île selon Eco-Sud

Les chiffres avancés par Sébastien Sauvage (CEO d'Eco-Sud)

19,4 arpents : Terres de l’État à Bel-Ombre, mises en vente par KPMM Mauritius, en zone de transition d’une réserve de biosphère Unesco 238 arpents. 

238 arpents et dix perches : Terres de l’État à Palmar, qui mérite un Strategic Environmental Assessment

266 bungalows sur 34 arpents : Projet touristique à Palmar ayant déjà obtenu son Environmental Impact Assessment licence

Plusieurs sites inquiètent fortement Eco-Sud. Le premier est celui des Salines de Rivière-Noire, et plus particulièrement le wetland n°76, «gravement impacté par un projet hôtelier». L'inquiétude de l'ONG dépasse ce seul wetland : «c'est toute la péninsule des Salines qui connaît aujourd'hui une artificialisation massive», avec des conséquences déjà visibles sur les herbiers marins et des impacts probables à long terme sur les coraux et la biodiversité côtière. Ces zones humides, rappelle Sébastien Sauvage, CEO d'Eco-Sud, «ne sont pas des espaces vides ou disponibles» — elles jouent un rôle écologique majeur, comme zones tampons contre les inondations et interfaces essentielles entre terre et mer.

À Bel-Ombre, des terres de l'État situées sur le pas géométrique sont mises en vente par KPMM Mauritius, dans un espace qui se trouve en zone de transition d'une réserve de biosphère reconnue par l'UNESCO. À Palmar, un projet touristique a obtenu son EIA licence sans Strategic Environmental Assessment — en contradiction, selon le directeur d'Eco-Sud, avec la National Development Strategy 2025, qui souligne «la nécessité de réorienter les futurs développements touristiques vers l'intérieur des terres». D'autres sites préoccupent l'ONG au-delà des chiffres. À Anse-la-Raie, autour du Youth Training Centre, existe «une crainte d'accaparement des terres de l'État». À Calodyne, «la zone semble être défigurée» par l'exploitation de carrières. À Grand-Gaube, les habitants dénoncent «une pression foncière croissante, la privatisation progressive des plages, le détournement d'accès publics et des projets imposés sans consultation réelle

Derrière chaque chantier, c'est un équilibre fragile qui vacille. «Les herbiers marins, les mangroves, les dunes, les wetlands et les récifs coralliens fonctionnent comme un système interdépendant. Lorsqu'on artificialise une partie du littoral, on perturbe l'ensemble de cet équilibre

La question est avant tout politique, selon lui : «Le bien commun n'est pas seulement ce qui appartient à tous. C'est ce dont nous sommes tous responsables. Il ne suffit pas que l'État possède une terre pour qu'elle soit protégée. Il ne suffit pas qu'une plage soit dite publique pour qu'elle soit réellement accessible. Il ne suffit pas qu'une zone soit écologiquement sensible pour qu'elle soit effectivement préservée. Le bien commun existe lorsqu'il est défendu, transmis, protégé et gouverné démocratiquement. Et c'est là notre responsabilité collective.»

Carina Gounden explique les 48 km de littoral annoncés(Membre de l’ONGMRU2025 et de la plateforme citoyenne Aret kokin nu laplaz)

Les 48 kilomètres de plages publiques recensés par la Beach Authority — soit environ 15 % des 322 kilomètres de littoral mauricien — ne correspondent pas uniquement à des plages de sable. Ils comprennent des portions rocheuses, des falaises, des criques, des embouchures, et parfois des secteurs transformés par des ouvrages de protection côtière. «Lorsqu'on revient aux plages sablonneuses proprement dites, celles où le public pran so tant al fer piknik, amenn zanfan naze, le linéaire disponible est nettement inférieur à ces 48 kilomètres», explique-t-elle. Or ce sont précisément ces espaces qui sont les plus recherchés — et les plus sous pression.

Sur le plan juridique, la situation est claire : il n'existe pas de plages privées à Maurice. Le Pas Géométriques Act définit une bande de terrain réservé le long du littoral, inaliénable et imprescriptible, d'au moins 81,21 mètres à partir de la ligne des hautes eaux de vive eau. Mais ces terrains peuvent être loués sous forme de baux. «Même lorsque le terrain demeure juridiquement public, son accessibilité dépend largement des modalités de gestion et des droits d'occupation accordés par l'État», note Carina Gounden. En théorie, le public conserve le droit de circuler sous la ligne du high water mark. Mais avec l'érosion côtière et la montée du niveau de la mer, «cette possibilité devient de plus en plus théorique. Le passage qui existait autrefois sur terrain sec se retrouve aujourd'hui sous l'eau.»

Face à cette réalité, elle pose des questions qui n'ont pas encore de réponse officielle : faut-il, dans certains secteurs stratégiques, envisager la récupération progressive de certains baux lorsqu'ils arrivent à échéance ? Revoir les conditions d'occupation pour préserver des corridors de passage ? Cesser de louer jusqu'au high water mark ? «Nous n'avons pas encore toutes les réponses, mais nous devons avoir le courage de poser ces questions dès aujourd'hui, tant qu'il nous reste une marge de manœuvre.»

Sur ce front, un signal encourageant : l'annonce d'un engagement officiel autour du projet de Sentier du Littoral Sud, reliant Gris-Gris à La Cambuse. Après plusieurs années de plaidoyer, ce projet pourrait remettre près de 20 kilomètres de littoral accessible au public dans l'équation. «Entre falaises, criques, paysages naturels et patrimoines culturels, il rappelle que l'accès au littoral ne se limite pas aux seuls espaces de baignade.»

Mais l'enjeu dépasse la seule question de l'accès. Il s'agit aussi, selon elle, de créer des bandes de passage et de respiration le long de la côte — des zones tampons face à l'érosion, des espaces pour restaurer les systèmes dunaires et les écosystèmes côtiers. «Nous n'arrêterons pas la mer. Le trait de côte continuera d'évoluer. La question est de savoir comment nous adaptons notre manière d'occuper et de partager le littoral.» Un littoral auquel on redonne de l'espace pour fonctionner naturellement est, dit-elle, «souvent plus résilient, capable de mieux absorber les chocs climatiques et de continuer à rendre les services écologiques dont dépendent nos communautés

«Le défi des prochaines décennies ne sera donc pas seulement de préserver l'accès du public à la mer. Il sera aussi de permettre au littoral lui-même de mieux respirer. Pour les usagers, pour les générations futures, mais aussi pour la résilience des écosystèmes côtiers dont dépend une partie de notre avenir collectif.»

Rs 251 407 085,12 :  Ce sont les revenus perçus par le ministère du Logement et des terres pour les seuls campement sites, entre le 1er juillet 2025 et le 2 juin 2026. À noter : tous les campement sites ne sont pas situés sur des Pas géométriques ; certains se trouvent sur des State Lands qui n’en relèvent pas.

Règles claires, application incertaine…

La Beach Authority se dit engagée. Interrogée sur la gestion des plages publiques, l’institution reconnaît que l’accès à certaines zones «peut être momentanément restreint pour des raisons de sécurité du public» lorsque des travaux sont entrepris à proximité de propriétés privées ou d’établissements hôteliers. Elle reconnaît également «l’importance d’une communication claire et visible», sans expliquer pourquoi, dans les faits, cette communication fait parfois défaut. La gestion des plages «relève principalement de la Beach Authority en collaboration avec d’autres institutions gouvernementales concernées, notamment le ministère du Logement et des terres, le ministère de l’Environnement ainsi que les autorités compétentes en matière de développement côtier». Une architecture institutionnelle complexe, où la multiplication des intervenants peut, dans la pratique, générer des zones grises. Les inspections, assure l’institution, sont régulières. Mais ses officiers «sont mandatés pour effectuer des visites sur les plages publiques et non sur les terrains privés» – une limite notable, lorsque c’est précisément sur ces terrains que se jouent souvent les restrictions d’accès. En cas de plainte, les «ministères, départements ou collectivités locales concernés sont informés». Le cadre légal, lui, est clair. Les détenteurs de baux sont tenus au «maintien de l’accès du public», à «l’interdiction d’installer des clôtures, barrières ou structures empêchant l’accès». Des violations ont bien été enregistrées – sans en préciser ni le nombre, ni la nature, ni les sanctions effectivement appliquées. Une opacité qui rend difficile toute évaluation réelle de l’efficacité du système. «La Beach Authority reste pleinement engagée à préserver le caractère public, propre et accessible des plages», conclut l’institution. Un engagement réaffirmé, mais sans indicateurs concrets permettant de le mesurer.

RIAMBEL

Plan de masse du projet à Riambel (source : vidéo promotionnelle TempleBliss Properties Ltd)

Shakeel Mohamed : «Jamais des plages n’ont été vendues»

Shakeel Moh

Shakeel Mohamed, ministre du Logement et des terres, est catégorique : «Jamais des plages à l’île Maurice n’ont été vendues.» Ce qui existe, explique-t-il, c’est un système de baux – l’État loue ses terres, il ne les cède pas. «Le terrain ne peut pas être vendu. Ils peuvent vendre le droit au bail.» Une distinction juridique fondamentale, ancrée dans le Code civil mauricien et dans une tradition qui remonte, rappelle-t-il, au code Napoléon. La procédure est strictement encadrée. Une plage proclamée publique ne peut faire l’objet d’un bail qu’après déproclamation, un processus qui «se fait par opération d’une loi», nécessite l’approbation du cabinet ministériel, une publication à la Government Gazette et des notifications officielles. «Si c’est un public beach, il y a une seule façon de considérer ce terrain-là pour donner à bail : c’est le déproclamer.» Sur le cas de Bel-Ombre et KPMM, le ministre apporte une clarification. Le terrain concerné n’est pas une plage publique proclamée, c’est de la State Land louée. KPMM, sous administration judiciaire, doit plus de Rs 600 millions à la MauBank.

Pour obtenir ce financement, la société avait mis en garantie ses droits au bail. L’administrateur judiciaire cherche aujourd’hui à vendre ces droits pour rembourser la banque. «Le Code civil le permet. Ce n’est pas la première fois que cela a été fait», soutient Shakeel Mohamed. Annuler ce bail, prévient le ministre, reviendrait à priver la MauBank de sa garantie. «Si on annule ce bail-là, la MauBank se retrouve avec une dette de 600 millions.» Et c’est in fine le contribuable mauricien qui en assumerait le coût, puisque l’État est actionnaire de la banque. «Toutes les plages de l’île Maurice sont accessibles au public», y compris celles situées devant les hôtels et les campements, jusqu’à la limite du high water mark. La distinction entre une plage «proclamée publique» et les autres plages du domaine public est, selon lui, souvent mal comprise. Si un citoyen se voit refuser l’accès, la réponse est simple : «Aller porter plainte à la police.» Sur l’équilibre entre développement et environnement, Shakeel Mohamed cite l’exemple de l’hôtel Trou-aux-Biches, qui finance lui-même la réhabilitation de sa portion de littoral. «Il y a une balance à faire entre l’environnement et le développement», et les bailleurs, dit-il, ont également une responsabilité en la matière. Quant aux critiques qui réclament un retour des terres au domaine public, il les juge déconnectées des réalités économiques. «Pour devenir populaire, il y en a qui disent n’importe quoi.»

Rajesh Bhagwan : «Mo invit bann zenes a relev enn defi: anou fer enn revolision kiltirel pou sanz konportman»

Rajesh Bhagwan

«Le 5 Zien… sak lane… tou bann pei atraver lemond selebre Zourne mondial lanvironnman

Pou ki nou rapel ki nou ena enn sel planet

Ek ki bann imin pena lezot lakaz, apart planet Ter

Alor nou ena enn obligasion pou protez lanvironnman nou planet ek protez tout form lavi lor later

Nou popilasion zordi realize ki si nou lanvironnman pa prop, se nou lasante ki soufer.

Gouvernman pe servi boukou larzan piblik pou ramas salte ki dimounn inn zete dan bor larout,

dan drin, dan terin vag ek lor laplaz

Lane apre lane, netwaye pe kout pli ser

Savedir ki nou ena mwin larzan pou fer lezot developman ek anbeli nou pei

Nou nek perdi nou letan

Netwaye ek netwaye parski ena boukou Morisien pe kontign sali nou pei

pe kontign kiltir move labitid ek paret zot fier de sa.

A lokazion Zourne mondial lanvironnman, mo invit bann zenes, bann 16 a 24 an, a relev enn defi Anou fer enn revolision kiltirel pou sanz konportman nou popilasion

Anou aret sali, anou fleuri

Anou aret polie nou ler avek petrol

Anou servi otan ki posib lenerzi soler

Anou protez nou larivier ek nou lagon

Pou ki dime

Nou bann zanfan kontign viv kouma nou finn viv lor sa planet-la

Bonne fête de l’Environnement.»

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