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Parfum, artisanat et traditions

Le coco de mer, l’or rare des Seychelles

3 juin 2026, 21:30

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Le coco de mer, l’or rare des Seychelles

On les aperçoit dans certaines réserves protégées des Seychelles, majestueux et mystérieux. Aujourd’hui devenus rares, les cocos de mer continuent pourtant de fasciner les visiteurs du monde entier. Ce palmier endémique, unique au monde, détient un record impressionnant : celui de produire la graine la plus grosse et la plus lourde du règne végétal, pouvant peser entre 15 et 30 kilos. Derrière cette curiosité naturelle se cache également tout un savoir-faire artisanal. Direction le Village Artisanal du Cap, à Anse Royale, où une petite entreprise perpétue depuis plusieurs décennies la transformation du fameux coco-fesse.

Au milieu de plusieurs échoppes artisanales, une discrète boutique attire immédiatement l’attention. Dès la porte franchie, une odeur douce et sucrée envahit les lieux. Sur la gauche, des étagères soigneusement agencées présentent des parfums et divers produits dérivés. À droite, derrière quelques tables de travail, un petit laboratoire artisanal ainsi qu’une pièce remplie de sacs contenant des copeaux de cocos déjà transformés témoignent d’une activité bien rodée.

Express.mu (620 x 330) (34) Christophe extrait minutieusement la chair du coco de mer, un travail artisanal exigeant réalisé entièrement à la main.

Mais au fond de la salle, c’est surtout un homme assis à même le sol qui captive le regard. Entre ses mains, un outil rudimentaire lui permet d’extraire lentement la chair du coco de mer. Un travail minutieux et physique, tant la matière paraît dense et difficile à extraire.

«Nous avons commencé, dans les années 1970, à extraire la chair du coco de mer. Puis, dans les années 1980, nous avons commencé à transformer la coque pour fabriquer des bols de cuisine», raconte Christophe, tout en poursuivant son travail avec patience. Ces objets artisanaux, explique-t-il, ont rapidement trouvé leur place dans les foyers seychellois. «Ils sont très solides. Certains les utilisaient aussi comme cendriers ou comme petits récipients pour déposer des bijoux, de l’argent ou d’autres objets dans les chambres.»

Le coco de mer intrigue également par sa forme singulière, qui rappelle étonnamment un postérieur humain. Une particularité qui lui a valu un surnom bien connu dans l’archipel. «Beaucoup de gens l’appellent aussi coco-fesse», dit-il en esquissant un sourire.

Express.mu (620 x 330) (35) Dans l’atelier d’Anse Royale, les parfums sont fabriqués selon des méthodes traditionnelles.

Mais derrière l’objet décoratif et touristique, le coco de mer possède aussi une réputation bien plus mystérieuse. «La chair est très utilisée en Chine. Certains l’ajoutent à la fabrication de remèdes traditionnels et d’autres lui prêtent des vertus aphrodisiaques», glisse Christophe avec un clin d’œil amusé.

La transformation de ce fruit exceptionnel demande toutefois énormément de patience. Car avant d’arriver entre les mains des artisans, le coco de mer prend son temps pour grandir : «Il faut entre 25 et 40 ans pour qu’une petite noix devienne un coco de mer mature.» Et même lorsque le fruit atteint sa taille adulte, il faut encore attendre. «Il faut ensuite entre six et neuf ans pour qu’il tombe naturellement de l’arbre. Nous n’avons pas le droit de le cueillir ni de le détacher du palmier. Il faut attendre sa chute naturelle avant de pouvoir le transformer.»

Lorsque le précieux fruit arrive enfin à l’atelier, le plus difficile commence : «Il est extrêmement lourd et il faut plusieurs jours pour le vider complètement. C’est un travail très physique.» Rien ne se perd dans le processus de transformation. Même l’eau et les fibres sont récupérées. «Une partie est utilisée pour la fabrication de parfums, mais il est également possible de les faire fermenter pour produire du rhum», explique Christophe.

Dans de grands cylindres remplis d’alcool, les fibres macèrent pendant plusieurs mois. «Durant trois mois, nous laissons les fibres mariner. Ensuite, lorsqu’elles sont bien imprégnées, nous les mélangeons à différentes huiles essentielles pour créer les parfums.»

Dans les rayons de la boutique, plusieurs fragrances locales sont proposées : «Il y a un parfum pour hommes appelé Zom, un autre pour femmes appelé Fam, ainsi qu’une gamme unisexe. Ici, tout est fabriqué à la main, du remplissage à l’emballage. Nous travaillons toujours de manière traditionnelle.»

Entre deux démonstrations, la discussion s’éloigne un instant du coco de mer pour aborder les habitudes culinaires locales. Christophe s’interroge avec curiosité sur les goûts mauriciens. «Les Mauriciens mangent toujours des tangues ?» demande-t-il avec amusement. «Aux Seychelles, nous n’en consommons pas. En revanche, nous mangeons des chauves-souris», précise-t-il.

La visite se termine dans une dernière salle où sont entreposés des sacs remplis de copeaux de coco de mer. Certains morceaux sont encore épais, d’autres ont été aplatis jusqu’à ressembler à des chips croustillantes. «Une fois séchés, ils sont emballés, puis expédiés principalement vers la Chine», explique notre guide. Là-bas, ils sont très recherchés pour diverses utilisations traditionnelles.

Avant de refermer la porte de son atelier, Christophe jette un dernier regard sur les sacs soigneusement empilés. «Tout cela fait partie de notre héritage. Le coco de mer, c’est aussi notre or aux Seychelles.»

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