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Budget 2026-2027
La fin des largesses ou le choix de la fracture sociale ?
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Budget 2026-2027
La fin des largesses ou le choix de la fracture sociale ?
- Quand la rigueur demandée à la population appelle, en retour, l'exemplarité de l'État
Dix-neuf mois après l'alternance de novembre 2024, le gouvernement de l'Alliance du changement aborde le Budget 2026-2027 sous une tension palpable. La rigueur réclamée à la population n'acquerra sa légitimité qu'à plusieurs conditions, parmi lesquelles : que le sommet de l'État consente lui aussi à se serrer la ceinture, que les avantages fiscaux qui ont longtemps profité à quelques-uns soient revus dans un sens plus équitable, que le pouvoir d'achat des Mauriciens ne serve plus de variable d'ajustement face à la cherté de la vie et que, face à l'impatience légitime de la population, le devoir de diligence s'applique dans toute sa rigueur aux enquêtes impliquant les fonds publics.
L'Alliance du changement est arrivée au pouvoir sur la promesse d'une «rupture» avec la gouvernance précédente. Le premier exercice budgétaire, présenté le 5 juin 2025 sous le signe d'un «pacte de rigueur», a marqué une inflexion nette : justifié par un héritage financier qualifié de catastrophique, il s'est traduit, entre autres, par le report de la majorité des engagements pris devant les électeurs. Un an plus tard et à trois semaines du Budget 2026-2027, le diagnostic économique est implacable et les marges de manœuvre demeurent étroites. Cependant, une autre équation, plus politique celle-là, vient s'ajouter à l'équation comptable : celle de l'équité perçue.
Le décor : un quotidien sous haute tension
Le diagnostic macroéconomique le plus récent est sans appel. Selon les chiffres communiqués par le Premier ministre au Parlement, la dette du secteur public a atteint Rs 675,4 milliards à fin mars 2026, soit 89,5 % du produit intérieur brut. Pour contenir les pressions inflationnistes, la Banque de Maurice a relevé, le 20 mai 2026, son taux directeur à 4,75 %, son plus haut niveau depuis 2013, tout en révisant sa projection d'inflation pour l'année à environ 5,5 % en moyenne – au-dessus de sa fourchette cible. Mais c'est au passage à la caisse que le consommateur ressent le plus l'étendue de cette crise.
Un paradoxe monétaire y contribue. Si la roupie affiche, depuis le début de 2025, une certaine stabilité face au dollar – autour de Rs 47 – elle s'est dépréciée de près de 9,4 % face à l'euro sur la même période, franchissant le seuil de Rs 53 puis de Rs 55. Pour une économie insulaire dépendant massivement des importations, cette faiblesse monétaire agit comme une taxe invisible mais bien réelle sur le pouvoir d'achat, dont les ménages constatent, mois après mois, les effets cumulés.
L'inflation, mesurée à 3,5 % en glissement annuel en février 2026, masquait une réalité plus contrastée selon les secteurs. Depuis, un nouveau cycle de hausses s'est enclenché : majoration de 15 % des tarifs d'électricité, hausse de 50 % du prix du pain «maison» (de Rs 2,60 à Rs 3,90 pour 100 g), et relèvement du prix du gaz ménager dont la bonbonne de 12 kg est passée de Rs 190 à Rs 250, soit un accroissement de 32 %. À ces augmentations successives s'ajoute le doublement de la taxe d'accise sur le sucre – de 6 à 12 sous par gramme – étendue depuis le 1er octobre 2025 aux glaces et aux chocolats.
Le constat est amer : pour les foyers modestes, la classe moyenne et les retraités – dont la pension universelle représente, pour une large majorité, une source de revenu vitale et indissociable – le panier ménager s'effrite un peu plus chaque mois. L'inflation, par ailleurs, n'est plus seulement importée : elle est devenue domestique, tirée par les salaires, le logement et les services. Plus sournoise, elle est aussi plus difficile à corriger.
La conjonction d'une roupie affaiblie et de la flambée continue des prix des denrées alimentaires n'augure rien de bon. Sans céder au défaitisme, le gouvernement n'a d'autre choix que de venir avec des mesures audacieuses pour renverser cette tendance lourde de conséquences pour un grand nombre de Mauriciens.
Foncier : quand le contribuable subventionne l'immobilier de luxe
À cette pression devenue quotidienne sur le pouvoir d'achat s'ajoute une autre forme d'érosion, plus profonde encore, et trop rarement nommée dans le débat public : celle qui touche au foncier et au choix politique qu'elle révèle.
Depuis 2002, année de création de l'Integrated Resort Scheme (IRS), Maurice a fait le choix d'attirer les investisseurs étrangers fortunés à travers une succession de régimes attractifs – IRS, puis Real Estate Scheme (RES) en 2007, Property Development Scheme (PDS) et enfin Smart City Scheme en 2015. Ces dispositifs ont indéniablement contribué aux entrées de devises et au dynamisme du secteur immobilier. Mais ils ont aussi laissé une charge substantielle aux contribuables, longtemps passée sous silence, désormais clairement établie.
Ce coût, c'est le Premier ministre lui-même qui l'a chiffré devant l'Assemblée nationale le 6 mai 2025, en réponse à une question parlementaire de la députée Babita Thannoo. Pour le seul Smart City Scheme, lancé en 2015, les exonérations fiscales accordées aux promoteurs s'élèvent à Rs 6,61 milliards. Il ne s'agit ni d'une estimation militante ni d'un calcul d'opposition : c'est la mesure officielle, communiquée par le chef du gouvernement en personne, de ce que ces dispositifs ont coûté au Trésor public, et par ricochet aux contribuables.
Le constat s'impose : depuis l'introduction de ces différents projets immobiliers, sur une période de près de 25 ans, le contribuable mauricien a, directement ou indirectement, contribué au financement de villas de luxe et de terrains de golf destinés à de riches expatriés.
Occupant majoritairement des terres agricoles autrefois sous culture de la canne, dont certaines parmi les plus fertiles de l'île, ces projets ont bénéficié d'assouplissements financiers substantiels à travers des régimes successifs d'exemptions accordées tant aux promoteurs qu'aux propriétaires terriens sous le Sugar Industry Efficiency Act et ses amendements successifs.
La cartographie de cette transformation est éloquente. Du nord à l'ouest, de Pailles à Belle-Rive, en passant par Moka, Ébène et Côte d'Or, la superficie sous canne des gros producteurs a fortement reculé, cédant la place à des projets immobiliers nettement plus lucratifs, tandis que de larges étendues sont laissées en jachère dans l'attente du lancement des projets déjà identifiés. L'engouement pour ce type d'initiatives a aujourd'hui gagné pratiquement toutes les régions de l'île, au point que la dynamique a franchi une nouvelle étape, avec la mise en vente de vastes étendues de terres agricoles marginales aux citoyens mauriciens.
Le Budget 2025-2026 a opéré une première inflexion qui mérite d'être saluée : abolition des principaux avantages fiscaux pour les nouveaux projets Smart City certifiés à partir du 5 juin 2025, et relèvement du droit d'enregistrement de 5 % à 10 % pour les acquéreurs non-citoyens sous régimes EDB, ainsi que de la taxe sur le transfert de terrains aux mêmes taux. Énoncé aux paragraphes 269 à 271 du discours du budget, ce geste marque une prise de conscience stratégique, dans la bonne direction.
Le Budget 2026-2027 devra aller plus loin. Dans un contexte économique difficile, où la population est appelée à consentir davantage de sacrifices, le gouvernement mettra-t-il en place un mécanisme plus participatif, afin que les expatriés ayant élu domicile à Maurice et qui bénéficient de nombreux atouts – qualité de vie, fiscalité forfaitaire à 15 %, absence de taxe foncière annuelle, exonération sur les plus-values, résidence permanente – contribuent davantage au développement économique du pays ? Et accordera-t-il, parallèlement, aux jeunes citoyens mauriciens de réelles incitations fiscales pour leur permettre d'accéder à un logement, à un moment où le pays dit avoir besoin d'eux ?
Sucre, énergie, immobilier : trois activités économiques, un tronc commun
Au-delà des Smart Cities, c'est l'ensemble d'un modèle économique qui mérite d'être interrogé, où trois activités s'entrecroisent : la canne à sucre, la production d'électricité et l'immobilier de luxe. Portées en grande partie par les mêmes opérateurs, elles bénéficient toutes, à des degrés divers, de mesures d'accompagnement publiques destinées à assurer leur pérennité. C'est leur logique et leur articulation d'ensemble, davantage que chaque maillon pris isolément, qui interroge.
Le premier niveau est celui de la canne à sucre. D'un côté, les gros producteurs sucriers réorientent une partie de leurs terres vers des projets immobiliers nettement plus lucratifs. De l'autre, pour combler partiellement une production en repli, l'État garantit aux petits planteurs un revenu de Rs 35 000 la tonne de sucre pour la campagne 2025, alors que le prix de marché projeté par le Syndicat des Sucres s'établit autour de Rs 22 000 la tonne – en baisse d'environ 20 % par rapport au prix final de Rs 27 478 de la récolte 2024. La différence est comblée par des mécanismes publics, dont un soutien financier direct de l'État de Rs 3 500 la tonne.
Le deuxième niveau est celui de l'énergie. Les producteurs indépendants d'électricité, communément appelés Independent Power Producers (IPP), contribuent à une part importante des besoins électriques du pays. Leurs centrales thermiques utilisent essentiellement la bagasse – sous-produit de la canne – comme biomasse durant la coupe, et le charbon importé pendant l'entre-saison. Les contrats d'achat conclus entre ces producteurs et le CEB prévoient un mécanisme dit de pass-through, par lequel les variations du prix international du charbon sont répercutées sur ce dernier et, par ricochet, sur la facture du consommateur, cet éternel tondu.
Le troisième niveau est celui de l'immobilier. Ces mêmes opérateurs ont, depuis l'ouverture du foncier aux non-citoyens en 2002, développé des projets IRS, PDS et Smart City, bénéficiant des avantages fiscaux conséquents documentés plus haut.
En résumé : la canne, soutenue par le contribuable à travers les petits planteurs, fournit aux centrales une partie de la bagasse requise ; les centrales vendent au CEB une électricité dont le prix répercute les variations du charbon importé sur le consommateur ; et l'immobilier offre les rendements que la seule activité sucrière ne procure plus. Chacun de ces maillons se défend isolément. Mais leur articulation d'ensemble appelle un débat plus large.
La question légitime, à la veille du Budget 2026-2027, n'est pas celle des opérateurs, qui ont rationnellement répondu aux incitations qui leur étaient offertes. Elle est celle des incitations elles-mêmes, et de leur cohérence d'ensemble. Au moment où la part des énergies renouvelables a reculé de 23 % en 2014 à environ 17 % aujourd'hui – un constat reconnu par le ministre de l'Énergie lors de sa conférence de presse d'avril 2026, qui a confirmé le report de l'objectif national de 60 % d'énergies renouvelables, désormais fixé à 2035 au lieu de 2030 – une fenêtre s'ouvre : celle de la renégociation des contrats des IPP, arrivant à terme. Le Budget 2026-2027 saura-t-il s'en saisir pour rééquilibrer une équation conçue il y a près de 30 ans, dans un contexte radicalement différent ?
Sucre : une protection qui interroge
La filière sucrière offre une autre illustration de ces asymétries. La taxe douanière sur le sucre blanc raffiné importé a été portée de 15 % à 80 % dans le Budget 2018-2019, puis de 80 % à 100 % dans celui de 2020-2021. L'objectif affiché était de protéger la production locale. Les chiffres d'importation décrivent toutefois une histoire singulière : selon les statistiques commerciales de la Chambre de Commerce, le volume de sucre importé, tombé à 161 tonnes en 2023 (11 000 tonnes en 2020), a atteint 2 382 tonnes en 2025, soit près de quinze fois plus en deux ans.
Le résultat obtenu se lit dans le ticket de caisse. En mai 2026, le sucre blanc raffiné produit localement – étiqueté «Made in Mauritius» – se vend autour de Rs 55 le kilo dans les supermarchés de l'île. Or, toujours selon les statistiques de la Chambre de Commerce, ce même sucre d'origine locale est exporté à Rs 28,71 le kilo (prix FOB 2025), pendant que le sucre importé coûte Rs 29,54 le kilo (coût et fret compris).
Ce constat est lourd de sens. Il démontre que le consommateur mauricien paie, sur son propre marché, près du double du prix moyen auquel le sucre de son pays est vendu à l'étranger – un écart que la taxe douanière de 100 % et la position de quasi-monopole du Syndicat des Sucres sur le marché local contribuent à entretenir.
À l'heure où le niveau de vie ne cesse de s'effriter, une telle situation interroge : la population ne saurait être la seule à supporter le coût d'une filière dont la production régresse et la compétitivité s'érode, pendant que le prix du sucre exporté, soumis aux aléas des campagnes, demeure imprévisible. L'écart considérable noté entre le prix de vente local et celui pratiqué à l'exportation mérite à tout le moins des explications, au vu de son implication sur le pouvoir d'achat du consommateur mauricien.
Sucre et poulet : le révélateur de la protection
La comparaison avec un autre produit de l'agro-industrie locale rend l'asymétrie plus parlante encore : le poulet de chair. La filière avicole génère une valeur ajoutée annuelle de l'ordre de Rs 1,42 milliard – un niveau comparable à celui de la canne à sucre – et sa production comme sa consommation sont en progression constante. Ce produit alimentaire éminemment stratégique et sensible est consommé par l'ensemble de la population.
Or, à la différence du sucre, le poulet de chair opère sans aucun filet de protection face aux importations, mis à part tout ce qui touche à la biosécurité. Le contraste est saisissant : le produit le plus protégé du marché mauricien – taxé à 100 % à l'importation – est celui dont la production est largement destinée à l'exportation et à l'industrie de transformation ; tandis que celui qui ne bénéficie d'aucune protection tarifaire est exclusivement destiné au marché intérieur. La question, simplement posée, en dit long sur les rapports de force qui structurent la fiscalité douanière du pays, et sur ce que le Budget 2026-2027 devra avoir le courage et l'audace de réexaminer. C'est ce que nous souhaitons.
L'exigence d'exemplarité : la rigueur ne peut être à sens unique
Aucun gouvernement ne peut traverser une phase de consolidation budgétaire sans demander des sacrifices additionnels à sa population. La discipline est une exigence légitime et, à bien des égards, incontournable au regard des fondamentaux mauriciens. Mais l'histoire récente – de l'Europe du Sud post-2010 à plusieurs économies émergentes – enseigne une règle simple : la rigueur n'est durablement acceptée que lorsqu'elle est partagée, et lorsqu'elle commence par le sommet de l'État.
Or, sur ce point, le signal envoyé reste perfectible. Au moment où la population est appelée à serrer la ceinture, le train de vie de l'appareil d'État – berlines de fonction, dispositifs d'escorte, déplacements à l'étranger, dépenses de représentation des hauts responsables publics – n'a pas amorcé de transition visible vers la sobriété. Il ne s'agit pas de stigmatiser qui que ce soit, mais d'interroger un dispositif. Lorsque la rationalisation est exigée des ménages, son absence au sommet devient un message politique en soi.
Plusieurs voies pourraient utilement envoyer un signal fort à la veille du Budget 2026-2027, sans bouleversement institutionnel ni mesure spectaculaire. Une première famille de leviers touche aux rémunérations et aux avantages : un gel, voire une révision à la baisse, des plus hautes rémunérations politiques et de certains avantages annexes, accompagné d'une communication transparente sur l'effort demandé au sommet. Une deuxième famille concerne la mobilité officielle et la représentation : rationalisation du parc automobile, recentrage des dispositifs d'escorte sur les situations où la sécurité l'exige strictement, encadrement plus rigoureux des déplacements à l'étranger. Une troisième famille relève de la redevabilité publique : la publication périodique d'indicateurs d'exemplarité – dépenses de représentation, déplacements, parc automobile plus modeste, frais de mission – constituerait un geste simple, peu coûteux, mais à fort impact symbolique.
À ces leviers immédiats s'ajoute un chantier plus structurel, déjà engagé : celui de la réforme des différents piliers du système de pension, confié à la Commission d'experts présidée par Ashok Prayag, dont le rapport intérimaire est attendu sous peu. Que la rigueur s'applique aussi aux engagements pris par le gouvernement lui-même renforcerait la cohérence d'ensemble de la démarche.
Aucune de ces mesures, prise isolément, ne refermera le déficit ni n'éteindra la dette. Leur valeur n'est pas budgétaire : elle est morale et stratégique. Elle restaure la crédibilité de l'effort demandé en démontrant que la rigueur n'est pas, et ne doit pas être, à sens unique.
Au-delà du train de vie : la crédibilité institutionnelle
L'exemplarité ne se résume pas à la sobriété symbolique. La crédibilité de la rigueur demandée aux ménages se mesure aussi à la rigueur appliquée à la gestion passée des fonds publics. Le dossier Silver Bank – Rs 8,1 milliards de prêts non performants sur un portefeuille de Rs 8,3 milliards, dont Rs 3,55 milliards de fonds publics, selon les chiffres communiqués par le Premier ministre au Parlement – et celui de la Mauritius Investment Corporation, dont des dizaines de milliards de roupies ont été décaissées entre 2020 et 2024, illustrent l'ampleur des sommes en jeu. Les enquêtes sont en cours, des arrestations ont eu lieu, mais les aboutissements judiciaires comme la récupération effective des fonds se font toujours attendre.
La même exigence vaut pour la lutte contre la criminalité financière et le trafic de stupéfiants. La Financial Crimes Commission a enregistré, depuis 2025, une activité notable, avec de nombreuses arrestations et une première vente aux enchères publiques d'avoirs saisis ayant rapporté plus de Rs 33,4 millions en avril 2026, pour des biens majoritairement issus d'enquêtes sur le trafic de drogue. Le signal a été donné.
Reste que les dossiers liés au trafic de drogue comme ceux de probité publique appellent des aboutissements à la hauteur des attentes. Quand un État demande à sa population de se serrer la ceinture, il doit pouvoir démontrer que les fonds publics dont des proches de l'ancien gouvernement auraient bénéficié font l'objet d'une reddition de comptes sans complaisance – et en toute impartialité. C'est précisément sur ce terrain que se cristallise l'exaspération de la population : elle accepterait mal que l'on soit prompt à taxer le panier de la ménagère, et lent à faire aboutir les dossiers de délinquance financière.
Cette exigence d'impartialité vaut d'ailleurs dans les deux sens : le gouvernement actuel devra veiller à ce que ses propres nominations et arbitrages ne reproduisent pas les travers qu'il dénonce. La crédibilité ne se divise pas.
L'équité, ou la fracture
Le Budget 2026-2027 ne sera pas un simple exercice technique. Il sera un test de cohérence. La population mauricienne a démontré, en novembre 2024, sa capacité à sanctionner l'écart entre le discours et les actes. Elle observera, en juin prochain, si les engagements pris se traduisent dans les arbitrages, dans les chiffres et dans le style de gouvernance.
La gestion des deniers publics en période difficile commande une exemplarité sans faille. Demander à un peuple de consentir à des sacrifices est un acte légitime, à condition que ceux qui le demandent en assument, eux aussi, leur part visible. Faute de quoi, le «pacte de rigueur» ne sera plus perçu comme un effort national partagé, mais comme une asymétrie supplémentaire – et c'est précisément là que se logent, historiquement, les fractures sociales durables.
Au fond, la rupture attendue tient en une phrase : avant de demander toujours plus à ceux qui ont le moins, que l'État demande enfin leur juste part à ceux qui ont le plus.
L'enjeu, à ce stade, n'est plus une promesse à formuler. C'est une exigence à incarner.
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