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Questions à...
Joëlle Coret : «Pas d’accord que l’on piétine les artistes»
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Joëlle Coret : «Pas d’accord que l’on piétine les artistes»
Joëlle Coret, artiste d’hôtel licenciée.
Le jeudi 21 mai, c’était le dernier jour de travail de l’artiste, pour un groupe hôtelier. Elle a été licenciée avec deux mois de préavis, mais sans qu’aucun motif ne lui soit fourni. Alors, au nom de la dignité des artistes, Joëlle Coret refuse le silence.
? Vous avez reçu une lettre datée du 19 mars 2026, avec deux mois de préavis, mais il n’y a pas de motif de licenciement. C’est ce qui vous pousse à en parler publiquement ?
J’ai déjà vécu des périodes difficiles, où des artistes se retrouvent brusquement sans travail. Ce sont des leçons.
? Vous aviez déjà fait l’expérience d’un licenciement ?
Pas comme ça. Les fois précédentes, on nous disait que c’était parce que c’était la basse saison, soit que l’entreprise réduisait les dépenses. C’était verbal. Cela a déclenché une réflexion plus large qui dépasse mon cas. En tant qu’artiste, nous savons que notre situation est précaire. Cela fait longtemps que nous réclamons un cadre légal.
? La «Status of Artist Act» sera amendée, a annoncé l’actuel gouvernement.
En attendant, les choses se dégradent. Si vraiment il y a la volonté d’améliorer la situation des artistes, cela aurait dû commencer par nos partenaires: les établissements où les artistes se produisent. Est-ce que l’artiste n’est qu’un simple outil ? Les hôtels parlent beaucoup de l’expérience client, qu’en est-il de l’expérience humaine de ceux qui y contribuent ?
? Après cette lettre de licenciement, vous avez cherché des réponses auprès du groupe hôtelier concerné ?
Je précise que je ne suis pas dans la confrontation. On m’a répondu (Ndlr : par courrier) mais sans me répondre. Verbalement j’ai appris que j’aurais été licenciée à cause du conflit au Moyen-Orient et de l’impact sur le nombre d’arrivées touristiques. Le 1ᵉʳ avril, par courrier j’ai exprimé ma surprise, surtout que deux semaines avant d’être remerciée, il y avait eu des consultations pour professionnaliser davantage le travail, parce qu’il n’y a pas de contrat, pas de fiche de paie.
? Vous avez travaillé pendant deux ans pour cet hôtel sans contrat de travail écrit ? Alors que vous avez été la présidente de l’Union des artistes, syndicat qui réclame un cadre légal pour cette catégorie d’employés ? Et que vous êtes la présidente de la Mauritius Society of Authors (MASA)…
Exactement. En réalité, j’ai chanté dans cet hôtel pendant beaucoup plus que deux ans. C’est l’hôtel où j’ai débuté en 1998-99. Ensuite je suis partie à Dubaï, puis en Tunisie. Pendant une dizaine d’années, il y avait un intermédiaire entre l’hôtel et moi. Mais depuis deux ans, je discutais directement avec l’établissement. Je me suis battue pour ça. Avant le Covid, j’étais en représentation deux fois la semaine dans quatre hôtels de ce groupe. Cela a été réduit à une seule prestation tous les 15 jours, dans deux hôtels du groupe.
Après la pandémie de Covid-19, les artistes ont eu l’obligation d’avoir un Business Registration Number (BRN), alors que nous avons expliqué que nous ne sommes pas des service providers et que nous réclamons un statut.
? Comment prouver toutes ces années de travail, sans fiche de paie ?
Il y a des photos, des archives. Les personnes avec qui j’ai travaillé sont toujours là.
? Il n’y a pas de faute retenue contre vous ?
Le responsable d’animation m’a dit : «Nous n’avons rien de personnel contre vous. Cela ne concerne pas votre prestation, au contraire, les clients vous aiment.»
? Pourquoi vous a-t-on mise à la porte alors ?
Combien d’autres artistes vivent la même situation ? Kisannla pe permet sa sitiasion-la ? On permet à des gens de faire leur business sur le talent des autres.
? Ce talent est la présidente de la MASA. Pensez-vous qu’il y a un lien ?
J’ai posé la question dans ma réponse à la lettre de licenciement. Il y a des choses qui sont évitées (Ndlr : dans sa réponse, le General manager de l’hôtel a nié «emphatically» cette thèse).
? Qu’avez-vous fait durant les deux mois de préavis ?
Je ne suis pas dans une démarche de conflit. J’espère que ce qui m’est arrivé va ouvrir un vrai débat. La peur est devenue normale : si koze kapav perdi plas.
? Vous avez été licenciée parce que vous aviez trop parlé ?
Je ne crois pas. Mo pa ti agasan. J’ai déjà pleuré avant. Zordi mo pa pou siplie. Mais je ne suis pas d’accord que l’on piétine les artistes.
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