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Parlement
Ambiance : Joe’s list
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Ambiance : Joe’s list
Sur les bancs des junior ministers, Sydney Pierre feuilletait tranquillement son journal, bon enfant et bien dans ses baskets. De l’autre côté, Dhaneshwar Damry affichait ce matin-là un ti riye anba moustass qui semblait dire que la journée ne s’annonçait pas si mal. À l’inverse, Patrick Assirvaden fixait un officier avec une intensité qui ne présageait rien de bon pour ce pauvre bout de papier mal acheminé.
«Ah bon ?!»
Après un hommage rendu à Valaydon Mardemootoo, on passait à l’affaire du jour. La séance a débuté à 11 h 31 dans un hémicycle relativement clairsemé. La Deputy Prime Minister, Arianne Navarre-Marie avait d’autres obligations ce mardi. Navin Ramgoolam, lui, était bien là, pour accorder ses réponses courtes aux supplémentaires de Joe Lesjongard, tantôt pertinentes, tantôt sarcastiques.
Joe Lesjongard entendait déposer une liste sur la table avec des noms de recrues qui seraient, selon lui, du côté travailliste. La salle n’avait pas attendu longtemps pour réagir. Shakeel Mohamed, ministre du Logement, était en première ligne : «Of course you can’t table it, unless you can explain the source.» Quelques minutes plus tard, il revenait à la charge avec un point of order, brandissant la Data Protection Act : la liste contiendrait des noms et des adresses, ce qui constituerait, selon lui, une violation de la loi. «You do not care about the law», lançait-il.
Même le Premier ministre affirmait ne pas être en possession de cette liste. Alors, d’où provenaitelle ? Sous la pression, Joe Lesjongard finit par répondre : «De la Mauritius Post.» Une déclaration qui arrachait un «Ah bon ?!» au ministre des TIC, Avinash Ramtohul. La speaker elle-même est intervenue : «Where did you get the list ?»
«Shut up, all of you !»
Patrick Assirvaden, qui n’avait pas l’intention de rater cela, ajoutait ses piques : «So figir koupab», avant d’affirmer que la liste était fabriquée ; position aussitôt relayée par la chief whip Stéphanie Anquetil. Le brouhaha atteignait une telle intensité que la speaker finit par lâcher un «Shut up, all of you !».
C’est dans ce contexte que le PM glissait l’un des moments les plus savoureux de la séance. Navin Ramgoolam utilisait son sarcasme habituel – celui du professeur qui fait la leçon – pour rappeler qu’en 2012 c’était le Mouvement socialiste mauricien qui était au pouvoir, sous-entendant que c’était à l’opposition de balayer devant sa porte. Sauf qu’autour de lui, ses collègues commençaient discrètement à s’agiter : en 2012, c’étaient bien les travaillistes qui dirigeaient le pays.
Le PM marqua alors une pause avant de corriger, avec un sourire légèrement embarrassé : «It was us.»
Plus tard, quand Joe Lesjongard exigeait de la transparence, la chambre répondait en chœur avec cette ironie collective qui ne s’invente pas : «Tu connais ce mot-là, toi ?» La PNQ prit fin à 11 h 58.
Venait ensuite la séance des Prime Minister’s Question Time, avec Adrien Duval face au PM, cette fois sur les caméras de surveillance et les outils d’espionnage supposément mis en place sous l’ancien régime et démantelés depuis. Le PM dégainait alors sa réplique : «You’re trying to defend the undefendable.» Adrien Duval, dans une question supplémentaire maladroitement formulée, semblait suggérer que le PM pourrait ne pas être au courant de certaines technologies en place. Navin Ramgoolam ne laissa pas passer l’occasion : «You’re saying that I’ve been spying on myself ?»
La fin de séance approchait. La députée Savabaddy enchaîne quatre questions supplémentaires sur les décès d’inmates en prison. Puis, à 12 h 37, la speaker accorde une dernière question à Adrien Duval. Le PM répond longuement. Trop longuement. À 12 h 39, il n’était plus question d’accorder une autre supplémentaire. Adrien Duval protestait, insistait, cherchait à tout prix à faire passer sa question. À l’arrière, Paul Bérenger observait. Sur ses lèvres, on pouvait lire, sans ambiguïté : «Pas bon.»
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