Publicité
Violences à Camp-Thorel
La nuit où le village a basculé
Par
Partager cet article
Violences à Camp-Thorel
La nuit où le village a basculé
Il est un peu plus de 19 heures, dimanche, lorsque les premières vidéos font crépiter les réseaux sociaux : un 4×4 en flammes à Camp-Thorel, des messages évoquant des tensions, des coups de feu et des affrontements. Quelques minutes plus tôt, je me trouvais encore au Caudan Waterfront pour l’International AIDS Candlelight Memorial, une soirée de recueillement et d’hommages. L’atmosphère change brutalement. Les appels se multiplient. Une altercation est évoquée entre des habitants et un groupe venu de Rose-Hill circulant en quads sur le health track de Camp-Thorel. Nous prenons la route vers l’Est.
À l’entrée du village, les gyrophares rouges et bleus éclairent la nuit. Un camion de pompiers bloque l’accès principal menant au health track. Le site dispose de deux entrées, un détail qui prendra de l’importance. En avançant vers le parcours de santé, une scène s’impose : un 4×4 blanc entièrement calciné. L’odeur de plastique brûlé flotte encore dans l’air. Autour du véhicule, une vingtaine d’officiers de la Special Support Unit (SSU), casqués et équipés de boucliers et de carabines, forment un cordon de sécurité. Des éléments de la Criminal Investigation Division (CID) et de la police régulière sont également présents.
Face à eux, plus d’une cinquantaine d’habitants, principalement des hommes, expriment leur colère. Certains filment la scène. Dans un coin, deux quads sont placés sous surveillance policière. Près de l’entrée du health track, une cartouche est retrouvée. Un policier sécurise le périmètre en attendant les techniciens du Scene of Crime Office, qui procèdent au relevé et à la saisie de la pièce à conviction sous le regard des habitants.
Tout est parti d’une histoire de quads
Selon les premiers éléments recueillis sur place, les incidents éclatent après une altercation entre des habitants de Camp-Thorel et un groupe venu de Rose-Hill circulant en quads sur le health track. Depuis plusieurs semaines, des marcheurs dénoncent la présence répétée de quads sur ce parcours, jugée dangereuse. Rencontré sur place, Vijayanan Teelokee, conseiller du village, affirme que les autorités ont déjà été alertées. Selon plusieurs témoignages, tout commence lorsque des habitants demandent au groupe de quitter le parcours. Le ton monte. Des individus sortent des samouraïs avant que deux coups de feu soient tirés en l’air pour intimider les habitants. La situation dégénère en affrontements physiques. Parmi les personnes agressées figure un policier de la CID de Quartier-Militaire, qui n’est pas service au moment des faits.
Vers 20 h 55, le calme apparent ne diminue pas la tension. Les individus impliqués se réfugient sur un terrain de chasse situé près du health track. Le terrain ne dispose que d’une seule sortie donnant sur la route principale occupée par les habitants. Craignant des représailles, les personnes retranchées contactent la police pour demander assistance. D’importants renforts sont déployés : police régulière, SSU, Special Mobile Force (SMF), puis le Groupe d’intervention de la police mauricienne. Pendant ce temps, les habitants continuent d’affluer. Certains portent des cagoules. La SSU barricade l’accès pour empêcher toute intrusion.
Les journalistes pris à partie
L’arrivée du remorqueur marque un nouveau pic de tension. Sous les cris des habitants, les autorités enlèvent le 4×4 incendié ainsi que les deux quads. Une Nissan Magnite blanche, dont la vitre arrière est brisée, est également remorquée. Alors que les véhicules quittent les lieux, plusieurs habitants s’en prennent aux journalistes présents, contestant des publications sur les réseaux sociaux affirmant qu’aucun coup de feu n’a été tiré. En quelques secondes, nous sommes encerclés par des individus cagoulés. Insultes et menaces fusent. L’un d’eux tente d’arracher du matériel de tournage, tandis qu’une consœur est prise à partie. L’intervention rapide de la SSU permet de nous extraire de la foule.
Quelques minutes plus tard, le remorqueur quitte les lieux. Des habitants bloquent la route avec des pneus en feu. Des pierres sont déposées sur la chaussée. Dans la confusion, de l’essence est versée sur la Nissan Magnite avant que le véhicule ne soit incendié. Face à l’escalade, le Police Press Office publie un communiqué appelant au calme et demandant d’éviter tout rassemblement. Peu après, un blindé de la SMF arrive afin de sécuriser l’exfiltration des personnes retranchées dans la forêt. Sous protection, 18 personnes – dont un bébé de six mois – sont évacuées. À son départ, le blindé est visé par des jets de pierres et des insultes.
Peu après minuit, la police annonce que la situation est sous contrôle, tout en maintenant une forte présence dans la région. Trois véhicules auront été incendiés durant la soirée. Au-delà des carcasses et des flammes, c’est un climat de peur et de colère qui marque cette nuit à Camp-Thorel.
Publicité
Publicité
Les plus récents