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Fron Militan Progresis

Du cœur… à l’étoile

10 mai 2026, 09:00

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Du cœur… à l’étoile

■ La salle des fêtes de la municipalité de Vacoas-Phoenix affichait complet, avec des militants également à l’extérieur. ? Dev Ramkhelawon

Le cœur était là, en ce samedi 9 mai, au congrès fondateur du Fron Militan Progresis (FMP). Dans la salle de la municipalité de Vacoas-Phoenix, militants et sympathisants avaient fait le déplacement en bon nombre. Des applaudissements nourris pour accueillir le fondateur et les députés de cette nouvelle opposition, une salle pleine, et quelque chose qui ressemblait à un recommencement assumé. À l’accoutumée, c’est au son de Soldat Lalit Militant que Paul Bérenger a fait son entrée, accueilli par une standing ovation avant même d’avoir pris le micro.

Conviction au-dessus du confort, c’était la démarche de Joanna Bérenger, première à prendre la parole. L’ancienne junior minister n’a pas cherché à ménager les mots. «Mo ti krwar dan sanzman, me sistem-la enn obstak», posant d’emblée le diagnostic : ce n’est pas une désertion, mais un constat. Elle a décrit une politique où «lintere prive inn pran tro boukou plas», où la loyauté s’est confondue avec le silence et où des élus ont fini par participer à quelque chose qui trahit la confiance du peuple. Face à cette réalité, a-t-elle affirmé, un seul choix était possible : «nou swazir leve».

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«Remet kouraz dan politik»

Mais Joanna Bérenger a tenu à dissiper tout malentendu. Le FMP, a-t-elle insisté, «se pa zis enn nouvo non, enn nouvo logo». Ce n’est pas un repositionnement politique. «Se enn riptir» avec un système qui, dit-elle, a produit trop longtemps des intérêts privés plutôt que du bien commun. Elle a appelé à refuser de banaliser les dérives et la corruption, rappelant que c’est toujours la population qui en paie le prix. La finalité de ce nouveau mouvement, selon elle, est de «remet kouraz dan politik», remettre du courage là où il en manque, à travers une formation qui va remettre en question.

Avocat de profession, Chetan Baboolall s’est lui exprimé avec la pondération de quelqu’un qui a pesé ses mots avant de les prononcer. «Mo pa isi kouma enn politisien», mais comme un citoyen qui a choisi de ne plus regarder de l’extérieur. Il a remercié Paul Bérenger, dont le courage a rendu possible, selon lui, la victoire de l’Alliance du changement aux dernières élections avec un score de 60-0. Mais c’est sur la gouvernance que Baboolall a été le plus incisif.

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Il a cité, à titre d’exemple, le National Research and Innovation Institute Bill, inscrit à l’agenda parlementaire cette semaine, dénonçant un texte adopté à la hâte, incomplet et dont les mécanismes d’audit, censés prévenir les dérives, ont été vidés de leur substance. Un cas parmi d’autres, selon lui, d’un gouvernement qui n’a pas la volonté de prendre des actions.

À la question rhétorique que posent certains, faut-il rester pour changer les choses de l’intérieur, il a répondu par sa présence : «Nou la parski nou ena konsians. Nou la parski nou ena enn pei». Il a rejeté l’idée d’une opposition par calcul, préférant en revendiquer une par principe. Et, face au Premier ministre Navin Ramgoolam qui demandait cette semaine un second mandat, il a lancé, caustique : les «15 Judas» qui l’accompagnent, la population ne leur pardonnera pas.

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Ensuite, ce fut le tour de Paul Bérenger. Il est revenu aux fondamentaux, littéralement. Le FMP, a-t-il expliqué, est bâti sur les dix principes fondateurs qui avaient servi de socle au MMM lors de sa création en 1969. Le combat contre le communalisme et pour l’unité du peuple mauricien dans le respect de sa diversité. Le combat contre toute discrimination fondée sur le sexe, la race ou la religion. La défense de la démocratie et la réforme électorale. La lutte contre la corruption et le trafic d’influence. La méritocratie. La justice sociale et les droits des travailleurs. Un système éducatif et de santé publique digne de ce nom. La protection de l’environnement et de la Zone économique exclusive. La souveraineté sur les Chagos et Tromelin. Et une solidarité active avec les peuples colonisés ou opprimés de par le monde, du Vietnam à West Papua. «Mo fier, lor nou pena enn tas», a-t-il dit. Sur ces points-là, aucun compromis.

«Nou pou dir vot zetwal»

Il a ensuite dévoilé le symbole électoral que le parti compte proposer : une étoile. «Avec le logo, c’est l’étoile avec le nom autour. Sur le bulletin de vote, il n’y aura que l’étoile.» Et il a lancé, sous les applaudissements : «Nou pou dir vot zetwal». Une nouvelle couleur politique sera choisie «en temps et lieu». Sur la structure du mouvement, Bérenger a été précis. Le FMP repart avec un comité provisoire de neuf personnes, un exécutif provisoire d’une cinquantaine de membres et trois responsables par circonscription. Une assemblée de délégués officiels est prévue dans les trois mois, avec l’objectif d’élire une direction légitime, «enn vre lasanble», issue des 20 circonscriptions du pays. L’organisation du mouvement sur le terrain est la priorité déclarée, avant toute autre considération électorale.

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«Mo pa regret nanye»

Pour construire ce mouvement, Bérenger a lancé un appel large. Aux jeunes d’abord, qu’il a placés au cœur de son discours, «l’avenir» du parti et du pays. Aux vétérans du militantisme ensuite, dont l’expérience reste précieuse. Et aux femmes, dont la présence dans la salle ce samedi était, a-t-il dit, une fierté. À tous les Mauriciens qui veulent donner un coup de main, il a adressé un message direct : «kontakte nou, nou organize dan zot sirkonskripsion.» Le travail commence maintenant, sur le terrain, circonscription par circonscription.

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Bérenger a aussi dressé le tableau politique dans lequel ce nouveau mouvement entend s’inscrire, sans détour. Le MSM, a-t-il dit, «mo pa regret nanye»: l’objectif à l’époque était de le pousser hors du pouvoir et c’est chose faite. Maintenant, une autre bataille commence. «MSM yer, Parti travayis zordi ek demin.»

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Le FMP entend barrer le chemin aux deux. «Nou fer nou travay, nou pou balie tou le de», a-t-il lancé à une salle qui a répondu par des applaudissements. Il a égratigné au passage Navin Ramgoolam et son ministre des Finances, dont il a feint d’avoir oublié le nom, «Padayachy», sous les rires de la salle, avant d’évoquer «Ramgoolam e so Damry» comme la cible politique des prochaines années.

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C’est dans cette perspective qu’il a évoqué la nécessité de préparer dès maintenant une équipe gouvernementale alternative, avec un prochain Premier ministre, un prochain ministre des Finances, un prochain Attorney General. «J’ai déjà des noms», a-t-il glissé, sans en dire davantage. Il a conclu sur une formule sobre, qui résume peut-être tout ce que ce congrès était venu dire. «Ena de zafer mo pa manke : l’honnêteté et le courage», deux qualificatifs pour ce «nouveau MMM».

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Réaction d’Ajay Gunness : «Baboolall est la dernière personne qui devrait ouvrir la bouche»

Pour le leader-adjoint du MMM, la sortie de Chetan Baboolall sur les «15 Judas» ne mérite pas de grand crédit. Et pour cause : selon lui, il fait partie des visés. Sa réponse est sans détour. «Baboolall est la dernière personne qui devrait parler, parce que sa trajectoire parle pour lui.» Ajay Gunness décrit un député qui aurait cherché un ticket coûte que coûte, puis un poste ministériel coûte que coûte, puis une voiture avec chauffeur coûte que coûte. Et qui aurait rencontré le Premier ministre en privé avant de rejoindre le groupe parlementaire le lundi suivant. «Li twit akoz inn balans karot devan li.» Cette carotte-là, il n’aurait pas su y résister. «C’est la dernière personne qui doit parler de Judas. On n’a rien à apprendre d’une personne comme ça.»

Sur le FMP, Ajay Gunness n’a pas souhaité trop s’étendre, mais il pose une lecture de l’agenda de Paul Bérenger qui se veut implacable. «La population n’est plus dupe», dit-il. En 1982, 1991, 1995, 2024, le schéma serait toujours le même : entrer en alliance pour faire tomber un gouvernement, intégrer le pouvoir, puis repartir dans l’opposition. «Cette fois-ci il a empêché Pravind Jugnauth de revenir et il va empêcher Navin Ramgoolam de revenir. Son agenda, vini, donn koudme tir gouvernman, rant dan gouvernman, apre al dan lopozision.»

De son propre camp, le ministre dit préférer regarder devant. «Nous, on est focus sur notre travail. La population nous a donné un mandat de cinq ans, on a un programme. Ce n’est que là que la population va nous juger.»

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