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Golden visa

Attirer le capital ou construire une économie

10 mai 2026, 05:30

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⚫ À Nairobi, lors du prochain sommet Africa-Forward, Maurice cherchera moins à séduire des fortunes mobiles qu’à trouver sa place dans les nouvelles chaînes de valeur africaines.

embed edito.jpg ■ Paris et Nairobi affichent leur volonté de refonder les relations Afrique-France autour de l’économie, de la jeunesse et de l’innovation.

Le Golden Visa Scheme, présenté mardi au Parlement, se veut une réponse à l’intérêt croissant d’étrangers désireux de s’installer à Maurice, soutient-on à l’officiel. Derrière le vernis administratif se cache un pari autrement plus ambitieux – et plus risqué : celui de transformer des flux de richesse mobile en prospérité durable. Ce pari n’a rien de nouveau. Depuis plus de 20 ans, Maurice recycle la même promesse : échanger l’accès – au foncier, à la résidence, à la juridiction – contre du capital.

De l’Integrated Resort Scheme aux Smart Cities, en passant par le Property Development Scheme et les permis de résidence permanente, l’île a progressivement raffiné un modèle où le territoire devient un produit d’attraction patrimoniale. Le Golden Visa n’en est que la version la plus aboutie, la plus financiarisée. Visa traité en cinq jours, seuil d’investissement fixé à un million de dollars, avantages fiscaux ciblés : Maurice ne vend pas une citoyenneté, mais un arbitrage de résidence dans un monde où les grandes fortunes cherchent flexibilité, stabilité et optimisation.

La logique paraît séduisante. Attirer des fortunes mobiles, et le capital suivra vers l’intelligence artificielle, la fintech, la biotechnologie ou l’économie verte ou bleue. Maurice deviendrait ainsi une plateforme d’innovation entre l’Afrique et l’Asie. Le récit est élégant. Les résultats, eux, ont souvent été plus décevants.

L’expérience internationale montre une constante : ces dispositifs attirent surtout du capital passif. Au Portugal, en Espagne ou en Grèce, les Golden Visas ont principalement alimenté l’immobilier, gonflé les prix et accru les tensions sociales, avec peu d’impact durable sur la productivité ou l’emploi. À Chypre et à Malte, les dérives ont même fini par poser des questions de crédibilité internationale et de conformité financière. Le problème n’est pas l’attraction du capital. Maurice sait déjà faire cela. Le problème est la transformation économique. Sans conditionnalité claire – emplois créés, compétences transférées, investissements productifs – ces flux enrichissent davantage les actifs que l’économie réelle. Le capital ne devient pas productif par simple changement de latitude.

C’est là que le Golden Visa doit rompre avec le passé. Un tel dispositif ne peut se limiter à offrir un accès rapide à une juridiction stable et fiscalement avantageuse. Il doit exiger une contribution mesurable : participation à des secteurs stratégiques, financement de l’innovation locale, soutien à l’économie bleue, aux infrastructures numériques ou à la recherche médicale. Sans cela, Maurice risque simplement de prolonger un vieux modèle : convertir du foncier en liquidités sans bâtir de gains de productivité durables.

Autre oubli majeur : la question des talents. En ciblant essentiellement les grandes fortunes, le projet néglige entrepreneurs, chercheurs, ingénieurs et innovateurs africains qui, souvent, créent davantage de valeur qu’un capital passif immobilisé dans la pierre. Le monde post-pandémie a profondément transformé la géographie des talents. Les pays qui réussiront demain ne seront pas seulement ceux qui attireront des millionnaires, mais ceux qui construiront des écosystèmes où le capital travaille réellement.

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C’est précisément ici que le sommet Africa Forward, qui se tiendra à Nairobi les 11 et 12 mai sous la coprésidence de la France et du Kenya, pourrait offrir à Maurice une opportunité stratégique bien plus importante qu’un simple exercice diplomatique. La présence du Premier ministre, Navin Ramgoolam, à la tête d’une importante délégation de 80 représentants du public et du privé montre que le pays cherche désormais à repositionner son modèle économique dans une logique continentale. Le thème même du sommet – innovation, croissance, souveraineté économique, économie bleue, connectivité et financement du développement – rejoint directement les limites actuelles du modèle mauricien fondé sur l’attraction patrimoniale.

La vraie question, désormais, n’est donc plus de savoir comment attirer davantage de capitaux, mais comment intégrer Maurice dans les nouvelles chaînes de valeur africaines. Si le Golden Visa doit avoir un sens, il ne peut être pensé isolément comme un produit immobilier ou fiscal. Il doit devenir un outil au service d’une stratégie africaine plus ambitieuse : attirer entrepreneurs technologiques, investisseurs industriels, acteurs de la santé, de la fintech ou de l’économie maritime capables d’utiliser Maurice comme plateforme régionale vers l’Afrique. Autrement dit, transformer l’île, non en refuge pour fortunes mobiles, mais en carrefour de création de valeur. C’est ce débat que Nairobi pourrait enfin obliger Maurice à ouvrir. L’express, sur place, y veillera de près.

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