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Études à l’étranger: Une équation financière de plus en plus hors de portée
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Études à l’étranger: Une équation financière de plus en plus hors de portée
Le nombre d’étudiants mauriciens qui vont poursuivre des études supérieures à l’étranger varie d’une année à l’autre. Dans un contexte marqué par la hausse des coûts et l’évolution des modes d’apprentissage, la mobilité étudiante semble s’inscrire dans une dynamique en mutation.
Ils étaient 8 200 en 2023-24. Un an plus tard, ils ne sont plus que 7 815. Le nombre d’étudiants mauriciens inscrits dans une institution tertiaire à l’étranger a reculé de près de 5 % en une seule année académique, selon les données de la Higher Education Commission (HEC).
Les nouvelles admissions suivent la même tendance : 3 209 en 2023-24, contre 2 906 en 2024-25, soit 303 étudiants de moins qui ont fait le choix ou qui n’ont pas pu faire le choix de partir. Dans un contexte où la fuite des cerveaux est régulièrement pointée du doigt, ces chiffres interrogent – parce que moins de départs ne signifient pas pour autant moins de brain drain. Depuis la fin des années 2010, la mobilité étudiante vers l’étranger ralentit…
Pendant longtemps, étudier à l’étranger relevait presque du rite de passage pour de nombreuses familles mauriciennes, un investissement lourd, mais perçu comme nécessaire. Aujourd’hui, ce réflexe se fissure. Si certains continuent de partir, notamment grâce à des bourses, la réalité reste profondément inégale : d’une famille à l’autre, la capacité à financer un tel projet varie considérablement. Ce repli traduit une transformation plus profonde. Partir n’est plus seulement une question d’ambition, mais une équation financière que de plus en plus de familles ne parviennent plus à résoudre.
Tendance en cloche
Les données de la HEC couvrent trois années académiques. Elles dessinent une courbe en cloche : montée forte, redescente.

Entre 2022-23 et 2023-24, les nouvelles admissions avaient bondi de 31 %. Un an plus tard, elles reculent de 9 %. Le nombre total d’étudiants à l’étranger suit la même courbe, repassant sous la barre des 8 000. Pour établir une tendance de fond, des données antérieures à 2022 ont été demandées au ministère de l’Enseignement supérieur afin d’analyser si ce repli s’inscrit dans un mouvement plus long ou s’il n’est qu’une correction après une année exceptionnelle.
Ce que la recherche académique dit, en attendant, est déjà parlant. Des travaux publiés dans le Journal of Student Affairs in Africa (Ammigan, 2022) relevaient déjà une baisse des départs sur les quatre années précédant 2019. Cette année-là, environ 34 % des Mauriciens entamant des études supérieures le faisaient encore à l’étranger. Une proportion en recul par rapport aux décennies précédentes. Dans le même temps, selon Motala-Timol et Kinser (2020), les inscriptions dans des programmes internationaux dispensés localement ont doublé entre 2005 et 2017, tandis que le nombre d’étudiants partant à l’étranger diminuait de 6 %. En 2017, 35 % de tous les étudiants du tertiaire à Maurice passaient par ces programmes – l’un des taux les plus élevés au monde.
Au niveau des agences de voyages, les réservations liées à ces départs affichent une tendance globale à la baisse, même si celle-ci n’est pas uniforme d’une année à l’autre. Selon Omarfarooq Omarjee, directeur exécutif d’OMJ Company, qui est en contact avec des étudiants partant à l’étranger, il s’agit en partie des effets du Covid-19. «Certains étudient deux ans à Maurice et partent ensuite à l’étranger pour terminer leur cursus. C’est une tendance que nous avons observée depuis la pandémie de Covid-19», explique-t-il.
Selon nos recoupements, de nombreuses universités proposent des cours en ligne accessibles depuis Maurice, permettant aux étudiants de ne se déplacer que pour les examens. Certaines institutions ont également des accords avec des centres ou organisations permettant de passer les examens à Maurice. Par ailleurs, plusieurs universités étrangères ont ouvert des campus ou des branches sur l’île. De plus, le coût des études à l’étranger, notamment en devises, est également devenu plus élevé. Les parents se tournent ainsi vers d’autres options, comme commencer les études à Maurice avant de les poursuivre à l’étranger ou opter pour l’apprentissage à distance, devenu très courant. On observe également un effet de report : certains étudiants retardent leur départ, choisissant de rester à Maurice pour faire du volontariat, des stages ou prendre le temps de définir leur orientation professionnelle.
Où vont-ils et comment ça change ?
L’Australie s’est imposée comme première destination des étudiants mauriciens en 2024, avec 1 495 inscrits, devant la France (1 385) et le Canada (1 350). Le Royaume-Uni a suivi avec 895 étudiants, tandis que la Malaisie a complété le Top 5 avec 531 inscrits. Un glissement qui n’était pas écrit d’avance. Longtemps, la France a été un choix privilégié : la langue, les liens historiques et des frais de scolarité relativement accessibles aidant. Elle reste aujourd’hui dans le Top 3, mais a perdu sa place de leader. Le Canada avait pris la tête en 2023 avec 1 500 étudiants, contre 1 485 pour la France, avant d’être à son tour dépassé par l’Australie.
L’évolution des dernières années confirme ce basculement progressif. En 2022, la France dominait encore avec 1 589 étudiants, suivie du Canada (1 300), de l’Australie (1 265) et du Royaume-Uni (950). En 2023, le Canada est passé en tête, tandis que l’Australie poursuivait sa progression, atteignant 1 455 étudiants. Le Royaume-Uni, lui, est resté stable à la quatrième place, avec un peu plus de 1 000 inscrits. Autre changement notable : l’Afrique du Sud, qui occupait la cinquième place en 2022 avec 470 étudiants, a disparu du Top 5 en 2023. Elle a été remplacée par la Malaisie, avec environ 500 étudiants – une percée qui traduit aussi la recherche de destinations plus abordables.
Les filières choisies, elles, évoluent peu. Médecine, ingénierie, administration et management, commerce ou encore droit restent les plus prisées. Des formations souvent indisponibles à Maurice ou perçues comme insuffisamment reconnues localement – et qui continuent, malgré les coûts, de justifier l’effort financier.
Le frein financier
Si le nombre de départs recule, c’est d’abord parce que partir coûte de plus en plus cher. En France, les frais de scolarité pour un étudiant hors Union européenne s’élèvent à 2 850 euros par an en licence, 3 879 euros en master. C’est le bas de la fourchette. Au Canada, comptez entre 20 000 et 30 000 dollars canadiens par an de frais académiques. En Australie, les frais varient selon les universités, auxquels s’ajoute un visa étudiant à environ 2 000 dollars australiens. Ces chiffres ne tiennent pas compte du logement, de la nourriture, des billets d’avion et des dépenses courantes. C’est là que la facture devient réellement dissuasive (voir tableau ci-contre).
Pendant ce temps, l’offre locale se développe pour attirer des étudiants internationaux. Le gouvernement a annoncé dans le Budget 2025-26 des investissements dans la marque Study Mauritius, avec l’objectif de doubler le nombre d’étudiants internationaux à Maurice d’ici 2028 (de 3 000 à 6 000). Un investissement de Rs 438 millions est prévu pour améliorer les infrastructures afin que Maurice devienne une destination, et pas seulement un point de départ.

Environ CAD 30 000 (15 190,14 × 2)
À ces frais, s’ajoutent les dépenses de la vie courante, qui pèsent lourd dans le budget global. Entre CAD 4 000 et CAD 6 000 par an pour la nourriture ; environ CAD 800 à CAD 1 200 pour le téléphone et internet ; CAD 1 500 à CAD 3 000 de dépenses personnelles et de sorties. Et encore, on ne compte pas les vêtements, notamment adaptés à l’hiver et les billets d’avion. La facture totale est estimée entre CAD 33 000 et CAD 38 000 par an, soit plus de Rs 1 million. Pour trois ans minimum de licence, cela représente entre Rs 3,3 millions et Rs 4 millions – avant même de parler d’un master.
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