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Nage avec les dauphins et cachalots : à quel prix pour la nature ?

15 avril 2026, 08:30

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Nage avec les dauphins et cachalots : à quel prix pour la nature ?

■ Plus de 35 bateaux encerclent souvent un même groupe de baleines, risquant de les blesser et de perturber leur cycle de reproduction.

La question de la protection des mammifères marins dans les eaux mauriciennes s’est posée à travers une interpellation de la députée de l’opposition, Joanna Bérenger, au ministre du Tourisme, Richard Duval, au sujet de l’introduction d’amendements à la Tourism Act et la régulation des activités d’observation et de nage avec les dauphins et les baleines.

Selon le ministre, environ 100 embarcations opèrent régulièrement sur la côte sud-ouest, sur un total de 278 détenteurs de licences délivrées par la Tourism Authority. Si un projet de règlement a bien été élaboré, il est toujours en suspens, en raison de divergences profondes entre opérateurs et organisations non gouvernementales (ONG).

D’un côté, des ONG telles que la Marine Megafauna Conservation Organisation (MMCO) en faveur d’une interdiction pure et simple de la nage avec les cachalots. De l’autre, la Federation of Pleasure Craft Operators réclame le maintien de cette activité, tout en demandant un assouplissement des contraintes. Malgré des réunions de concertation, aucun consensus n’a encore émergé. Dans ce contexte, une proposition intermédiaire a été évoquée lors d’une réunion tenue le 10 mars : la mise en place d’une enforcement squad, chargée de faire respecter les règles, composée de la National Coast Guard, de la Tourism Authority et de la Fisheries Division. Toutefois, sa mise en opération se heurte à un écueil : le financement. Interpellé sur les délais, le ministre n’a avancé aucun calendrier précis. Et «tout ce qui s’appelle budget, ça arrive bientôt», a-t-il déclaré.

Cette réponse a suscité une vive réaction de la députée, qui a pointé le retard accumulé depuis plus d’un an ainsi que les risques pour la crédibilité de Maurice en tant que destination touristique durable. Elle a également évoqué la situation alarmante des cachalots résidents, dont la population est estimée à une vingtaine d’individus seulement. Le ministre a reconnu être au courant des enjeux écologiques, tout en réaffirmant que toute décision devra tenir compte à la fois de la protection de l’écosystème et des moyens de subsistance des opérateurs.

Constat alarmant

Un autre point de friction est apparu autour du processus de consultation. Joanna Bérenger a mis en cause la transparence du ministère, en s’appuyant sur un courriel de la MMCO affirmant n’avoir jamais reçu le projet de règlement, contrairement à ce qu’avait avancé le ministre dans une précédente réponse parlementaire.

L’organisation souligne que l’expansion rapide et non régulée des activités d’observation des cétacés, particulièrement depuis 2020, exerce une pression écologique excessive sur les populations locales. Dans certains cas, un même groupe de dauphins ou de baleines peut se retrouver envahi par plus de 35 bateaux en même temps, ce qui provoque des perturbations allant du stress chronique à la modification des comportements, en passant par des risques accrus de blessures et une perturbation des cycles de reproduction.

Pour les quelque 25 cachalots résidents, les conséquences pourraient être irréversibles. Le document met également en garde contre les effets cumulés de ces pressions à long terme, notamment le déplacement des animaux ou leur disparition progressive des zones côtières. Une telle évolution aurait non seulement un impact écologique majeur, mais aussi des répercussions économiques directes pour le secteur touristique. Au-delà de l’environnement, la MMCO alerte aussi sur les risques pour l’image de Maurice. Le pays est de plus en plus cité à l’international pour observation de cétacés non encadrées, ce qui pourrait nuire à son positionnement en tant que destination durable. L’organisation propose donc une refonte complète du cadre réglementaire. Elle recommande une interdiction stricte de la nage avec les baleines et un encadrement beaucoup plus rigoureux des interactions avec les dauphins. Elle insiste également sur la nécessité d’imposer des distances minimales d’approche, de limiter le nombre de bateaux présents autour des animaux et de structurer le secteur à travers des licences différenciées selon les types d’activités.

La MMCO recommande aussi la mise en place d’une conservation fee obligatoire de Rs 150 par touriste. Ce mécanisme permettrait de financer directement les opérations de contrôle et de surveillance. Selon les projections avancées, une telle mesure pourrait générer jusqu’à Rs 15 millions par an. L’analyse économique mentionne également que les sorties illégales de nage avec les cachalots peuvent être vendues entre 150 et 190 euros par personne, avec des marges dépassant largement les 100 %. À titre de comparaison, les excursions d’observation classique coûtent de 90 à 110 euros, tandis que les activités combinées autour des dauphins oscillent entre 60 et 90 euros.

Cette distorsion des prix est alimentée par des pratiques illégales qui attirent une clientèle prête à payer davantage pour une expérience immersive. Elle crée une concurrence déloyale et pousse certains opérateurs à enfreindre les règles pour rester compétitifs. La MMCO estime qu’une régulation stricte permettrait de rééquilibrer le marché, de stabiliser les prix et de garantir la durabilité économique du secteur, dont les revenus pourraient dépasser les 10 millions d’euros par an.

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