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Dossier Chagos

Londres reste confiant malgré le blocage parlementaire

15 avril 2026, 08:00

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Londres reste confiant malgré le blocage parlementaire

La mise en pause du Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill n’a pas changé la ligne du gouvernement britannique. Le lundi 13 avril, devant la House of Commons, le ministre d’État au Foreign, Commonwealth and Development Office, Stephen Doughty, a réaffirmé que le traité sur Diego Garcia demeure, selon Londres, «le meilleur moyen» de garantir à long terme les opérations de la base militaire.

Face aux députés, Stephen Doughty a d’emblée reconnu les nombreuses spéculations entourant l’avenir du traité et du projet de loi qui devait l’accompagner. Il a expliqué que le gouvernement restait convaincu de la nécessité stratégique de cet accord, malgré l’impossibilité, à ce stade, de le faire adopter. «We will continue to work with the United States on the agreement and the way forward, and we will continue to engage closely with Mauritius», a-t-il déclaré.

Stephen Doughty a insisté sur l’importance cruciale de Diego Garcia pour la sécurité nationale du Royaume-Uni et celle de ses alliés. Selon lui, la base permet de projeter toute une gamme de capacités militaires dans une région essentielle pour la stabilité internationale et le commerce mondial ainsi que pour la protection des intérêts britanniques.

Le ministre a surtout voulu rappeler que la situation actuelle n’est pas nouvelle. D’après lui, l’exploitation de la base est menacée depuis des décennies en raison d’une absence de certitude juridique durable. Il a accusé l’opposition conservatrice d’entretenir une forme d’amnésie politique, en rappelant que c’est l’ancien gouvernement qui avait lui-même ouvert les négociations avec Maurice, accepté de mettre la souveraineté sur la table et mené 11 rounds de discussions sur ce dossier. Selon Stephen Doughty, ignorer ce problème aurait été «irresponsable et dangereux».

Londres considère toujours que ce texte est la meilleure garantie pour préserver, sur plusieurs générations, la contribution de Diego Garcia à la sécurité britannique et alliée. Stephen Doughty a aussi tenu à souligner que Diego Garcia a toujours été l’un des piliers du partenariat de défense et de sécurité entre le Royaume-Uni et les États-Unis. C’est pourquoi, a-t-il dit, le traité a été négocié en étroite coordination avecWashington, sous l’actuelle administration américaine comme la précédente.

Le ministre a affirmé que l’accord avait été examiné à tous les niveaux du système américain et jugé robuste. Mais c’est précisément sur le volet américain que le dossier s’est enlisé. Stephen Doughty a reconnu que si le soutien américain existait au moment de la signature du traité et s’était poursuivi pendant plusieurs mois, la position du président des États-Unis semble avoir changé récemment. Ce revirement rend, en pratique, impossible à ce stade l’accord politique nécessaire sur la mise à jour du traité bilatéral de 1966 entre Londres et Washington, à travers un échange de notes indispensable à la ratification du nouvel accord sur Diego Garcia. Doughty a pris soin de rappeler que la mise à jour de cet échange de notes n’avait rien d’inhabituel. Selon lui, cet instrument a déjà été modifié, notamment en 1972, 1976, 1987 et 1999, puis reconduit en 2016, afin d’adapter le cadre de gouvernance de la base à l’évolution du contexte mondial. Cette fois encore, une actualisation était jugée nécessaire à la lumière du traité signé avec Maurice. Il a même indiqué qu’un texte finalisé avait été approuvé au niveau des officiels britanniques et américains, et qu’il ne manquait plus que le feu vert politique et la signature.

Conséquence directe : le Diego Garcia Bill ne pourra pas achever son parcours législatif durant l’actuelle session parlementaire. Il ne peut pas non plus être reporté à la session suivante, en raison de son stade avancé dans la procédure parlementaire. Le gouvernement se retrouve donc forcé de marquer une pause, même s’il refuse de parler d’abandon du traité.

Cette ligne a été vigoureusement contestée par l’opposition. La shadow Foreign Secretary, Priti Patel, a présenté ce gel comme une humiliation pour le Premier ministre britannique et comme l’échec d’un traité qu’elle qualifie de reddition. Selon elle, la suspension du processus démontre que l’accord ne tient plus. Elle a accusé le gouvernement travailliste d’avoir compromis la souveraineté britannique, trahi les Chagossiens, fragilisé la relation spéciale avec les États-Unis et exposé les contribuables britanniques à une facture colossale.

Face à ces attaques, Stephen Doughty a accusé les conservateurs et d’autres partis d’alimenter de fausses informations sur les coûts réels du traité, les risques encourus par la base, les dispositions sécuritaires négociées ou encore les positions des Chagossiens. Le ministre a insisté sur le fait qu’il existe une diversité d’opinions au sein des communautés chagossiennes et que certains soutiennent bel et bien le traité.

Stephen Doughty a reconnu que la mise en pause du traité serait une mauvaise nouvelle pour de nombreux Chagossiens, même s’il a admis que tous ne partagent pas le même point de vue. Il a affirmé que, pour une partie d’entre eux, cet accord représente la seule voie viable vers un programme durable de réinstallation, qui pourrait être mis en œuvre par Maurice dans le cadre du traité. Il a également réitéré l’engagement du gouvernement britannique à reprendre, au moment opportun, les visites patrimoniales dans l’archipel, jugées particulièrement importantes pour les générations plus âgées.

Au fil des échanges, Stephen Doughty s’est attaché à maintenir un message simple : malgré le blocage du projet de loi, le traité sur Diego Garcia n’est pas mort politiquement aux yeux du gouvernement britannique. Londres continue de considérer cet accord comme la meilleure solution pour protéger la base militaire, tout en poursuivant les discussions avec les États-Unis et en maintenant un dialogue étroit avec Maurice.

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