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Autisme
Dr Nazeerah Golamnobee : «Un diagnostic précoce peut transformer toute une vie»
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Dr Nazeerah Golamnobee : «Un diagnostic précoce peut transformer toute une vie»
La Dr Nazeerah Golamnobee, pédopsychiatre, apporte un éclairage essentiel sur ce trouble encore trop méconnu à Maurice. Entre définitions claires, réalités du terrain et enjeux locaux, elle insiste sur un mot clé : précocité.
L’autisme, ou Trouble du spectre de l’autisme (TSA), est un trouble du neurodéveloppement qui apparaît dès la petite enfance et persiste à l’âge adulte. Environ un enfant sur 100 est concerné dans le monde, d’après l’Organisation mondiale de la santé. «Il ne s’agit pas d’une maladie, mais d’un fonctionnement différent du cerveau», précise la spécialiste. Les manifestations varient fortement d’une personne à l’autre, rendant chaque profil unique.
Chez l’enfant, les signes sont souvent visibles : difficultés de communication verbale ou non verbale, contact visuel limité, interactions sociales restreintes ou encore forte préférence pour la routine. Certains présentent également une hypersensibilité aux bruits, à la lumière ou aux textures.
Chez l’adulte, les manifestations peuvent être plus discrètes : difficultés relationnelles, centres d’intérêt très spécifiques et routines marquées, mais parfois aussi des compétences exceptionnelles dans des domaines précis. «L’autisme n’est pas une limite ; c’est une autre manière d’être au monde», souligne la Dr Nazeerah Golamnobee.
Les premiers signes d’alerte apparaissent généralement entre 12 et 24 mois. L’absence de babillage, le fait de ne pas répondre à son prénom ou encore le manque de gestes comme pointer du doigt peuvent alerter. Sur le plan social, un enfant peut éviter le regard, sourire peu ou préférer jouer seul. Certains comportements répétitifs, comme aligner des objets ou battre des mains, sont également des indicateurs. «Plus ces signes sont identifiés tôt, plus l’intervention est efficace», insiste la pédopsychiatre.
Le dépistage peut débuter dès 18 mois, mais un diagnostic fiable est généralement posé entre deux et trois ans, à l’issue d’un processus clinique rigoureux. Celui-ci implique une équipe pluridisciplinaire composée de psychiatres, de psychologues, d’orthophonistes et d’autres spécialistes. «Nous nous basons sur l’observation, les interactions et des outils standardisés. Il ne s’agit jamais d’un simple test rapide», explique-t-elle.
Quant aux causes, elles restent complexes. L’autisme est considéré comme multifactoriel, impliquant une combinaison de facteurs génétiques, biologiques et environnementaux. «Il n’existe pas une cause unique, mais une interaction de plusieurs éléments», précise la Dr Golamnobee.
Cependant, malgré les avancées, les obstacles persistent. Le déni familial et le manque de sensibilisation demeurent des freins majeurs au diagnostic. À Maurice, des efforts ont été entrepris, notamment par le ministère de la Santé, qui a lancé en avril 2025 une campagne de sensibilisation sur le dépistage précoce. «Ces initiatives sont cruciales, mais il faut continuer à informer à tous les niveaux de la société.»
En termes de prise en charge, le pays dispose de consultations en pédopsychiatrie dans les hôpitaux publics et de trois centres spécialisés situés à Beau-Bassin, Triolet et Bois-Chéri. Ces structures offrent un accompagnement multidisciplinaire aux enfants et à leurs familles. «Nous travaillons sur la communication, l’autonomie et les habiletés sociales. Chaque progrès, même minime, est une victoire», confie la spécialiste.
Les parents jouent un rôle central dans ce parcours. «Ils sont les premiers partenaires du soin. Ils connaissent leur enfant mieux que quiconque», insiste-t-elle. Toutefois, le diagnostic peut être un choc. Beaucoup traversent des phases de déni, de colère ou de tristesse. Selon certaines études, près de 70 % des parents d’enfants autistes rapportent un stress élevé après l’annonce du diagnostic. D’où l’importance d’un accompagnement psychologique adapté.
Enfin, pour améliorer la situation à Maurice, plusieurs priorités se dessinent : renforcer la sensibilisation, former davantage de professionnels et élargir l’accès aux services spécialisés. «Nous sommes sur la bonne voie, mais il reste du chemin à parcourir pour une inclusion pleine et entière», conclut la Dr Golamnobee.
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