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Journée internationale du zéro déchet

Lutter contre le gaspillage alimentaire, une urgence mondiale et nationale

6 avril 2026, 07:15

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Lutter contre le gaspillage alimentaire, une urgence mondiale et nationale

Alors que chaque année, le Programme des Nations unies pour l’environnement et le Programme des Nations unies pour les établissements humains célèbrent la Journée internationale du zéro déchet le 30 mars, il est important pour Maurice de faire le bilan. Cette journée, dont le thème cette année se focalise sur le gaspillage alimentaire, a pour objectif de sensibiliser la population mondiale à l’importance d’une gestion responsable des déchets et à la promotion de modes durables de consommation, une problématique mondiale qui touche directement Maurice.

À l’échelle mondiale, la situation est alarmante. Selon les données de l’Organisation des Nations unies (ONU), l’humanité génère chaque année entre 2,1 et 2,3 milliards de tonnes de déchets municipaux solides. Sans mesures urgentes, ce volume pourrait atteindre 3,8 milliards de tonnes d’ici 2050. Cette accumulation massive de déchets constitue non seulement une menace pour la santé humaine mais représente aussi un coût économique mondial estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars par an. Elle aggrave également ce que l’ONU qualifie de triple crise planétaire : le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution.

Le gaspillage alimentaire, un fléau évitable

Le thème de cette édition 2026 met en lumière une réalité souvent invisible mais dramatique : le gaspillage alimentaire. En 2022, environ 1 milliard de tonnes de nourriture, soit près d’un cinquième des aliments disponibles pour les consommateurs, ont été jetées dans le monde. Ce gaspillage représente non seulement une perte alimentaire, mais aussi un gaspillage d’eau, d’énergie, de terres agricoles et de travail humain.

Sur le plan climatique, l’impact est considérable. Le gaspillage alimentaire est responsable d’environ 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit près de cinq fois les émissions du secteur de l’aviation. Il contribue également à hauteur de 14 % des émissions mondiales de méthane, un gaz particulièrement nocif pour le climat. Réduire le gaspillage alimentaire apparaît ainsi comme l’une des solutions les plus rapides et les plus efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique.

Une réalité préoccupante à Maurice

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À Maurice, la problématique est tout aussi préoccupante. Selon Marie Merle des Isles, Partnership Manager de l’organisation non gouvernementale (ONG) FoodWise, les chiffres sont révélateurs : environ 279 kg de nourriture sont gaspillés chaque minute à l’échelle nationale. Cela correspond à près de 1 120 repas perdus chaque minute.

Ces données illustrent un paradoxe frappant. Alors que la nourriture est jetée en grande quantité, une partie de la population continue de souffrir d’insécurité alimentaire. Une étude menée en octobre 2025 par FoodWise, en collaboration avec Analysis Kantar, a identifié plus de 22 000 personnes en situation d’insécurité alimentaire dans la région sud, de La Gaulette à Mahébourg.

Par ailleurs, selon des données de 2020, les déchets alimentaires représentaient 27 % des déchets déposés au site d’enfouissement de Mare-Chicose, confirmant l’ampleur du phénomène dans la gestion nationale des déchets.

Depuis plus de sept ans, FoodWise agit pour réduire cet écart entre surplus et besoins. L’organisation a déjà redistribué l’équivalent de 8,1 millions de repas, soit plus de 2 000 tonnes de nourriture sauvée.

Comprendre les sources du gaspillage

Le gaspillage alimentaire intervient à toutes les étapes de la chaîne alimentaire. Dans le secteur industriel et commercial, il est souvent lié à des erreurs de prévision, à des stocks proches de leur date limite, à des produits endommagés ou à des refus liés à des critères esthétiques.

Chez les consommateurs, les causes sont différentes. Elles incluent notamment : l’absence de planification des courses, la confusion entre les dates «Best Before» et «Expiry», la surconsommation et la préparation excessive de repas.

La confusion entre ces deux types de dates constitue d’ailleurs l’un des mythes les plus répandus. Contrairement à la date d’expiration, la mention «Best Before» indique uniquement une période de qualité optimale et non une limite sanitaire stricte.

Quand sauver la nourriture change des vies

Au-delà des chiffres, le gaspillage alimentaire a aussi un impact humain direct. FoodWise évoque notamment une expérience menée dans une école du sud-ouest du pays où le taux de réussite scolaire n’était que de 27 %, en raison notamment de l’absentéisme lié à la faim.

Grâce à un partenariat entre un hôtel de la région et l’ONG, des repas réguliers ont été fournis aux élèves concernés. Résultat : le taux de réussite est passé à 62 %. Cette initiative démontre que la lutte contre le gaspillage alimentaire dépasse largement les enjeux environnementaux. Elle touche directement l’éducation, la dignité et l’égalité des chances.

Le rôle crucial des politiques publiques

Face à cette situation, les politiques publiques ont un rôle déterminant à jouer. FoodWise plaide actuellement pour l’introduction d’une mesure fiscale dans le prochain Budget national visant à encourager les dons alimentaires des entreprises aux ONG et aux banques alimentaires. Une déduction fiscale encadrée pourrait inciter les entreprises à redistribuer leurs surplus plutôt qu’à les jeter. Dans plusieurs pays, ce type de mesure a permis de transformer la gestion des déchets en véritable système de redistribution solidaire.

La transparence constitue également un levier essentiel. Les entreprises du secteur hôtelier et de la grande distribution pourraient être encouragées à mesurer et à publier leurs volumes de gaspillage alimentaire. Une telle démarche permettrait d’identifier les pertes et d’optimiser les pratiques internes.

La responsabilité partagée des entreprises et des citoyens

La transition vers une société zéro gaspillage alimentaire ne peut reposer uniquement sur les institutions. Elle nécessite l’engagement collectif des entreprises, des organisations et des citoyens.

Dans les secteurs de l’hôtellerie et du commerce de détail, il est essentiel de passer d’une logique de gestion des déchets à une logique de gestion des surplus. Cela implique de renforcer les partenariats avec les organisations de redistribution alimentaire et de repenser les chaînes d’approvisionnement.

Du côté des citoyens, plusieurs gestes simples peuvent produire un impact réel : planifier ses achats, conserver correctement les aliments, congeler les surplus, cuisiner les restes et partager la nourriture excédentaire avec son entourage. Chaque action individuelle contribue à réduire la pression sur les ressources naturelles.

Vers une culture nationale du zéro gaspillage alimentaire

L’objectif d’un Maurice zéro gaspillage alimentaire repose sur une transformation culturelle autant que structurelle. Il s’agit de bâtir une chaîne de solidarité où les surplus deviennent des ressources utiles plutôt que des déchets.

Les écoles peuvent jouer un rôle central dans cette transition en sensibilisant les jeunes générations à la consommation responsable. Parallèlement, les entreprises, les collectivités locales et les organisations communautaires doivent travailler ensemble pour créer des solutions durables et inclusives.

La Journée internationale du zéro déchet 2026 rappelle ainsi une vérité essentielle : réduire le gaspillage alimentaire ne consiste pas seulement à préserver l’environnement. Il s’agit aussi de réduire les inégalités, protéger le climat et valoriser les ressources. En d’autres termes, sauver la nourriture, c’est aussi préserver l’avenir.

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