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Affaire des coffres-forts

La défense de Ramgoolam dénonce une «vendetta politique»

31 mars 2026, 08:32

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La défense de Ramgoolam dénonce une «vendetta politique»

■ Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, devant la Financial Crimes Division, hier.

L’audience d’hier sur les coffres-forts de Navin Ramgoolam, devant la Financial Crimes Division (FCD) de la Cour intermédiaire, a été marquée par une offensive structurée de la défense du Premier ministre, qui soutient que l’affaire relève d’«un abus de procédure» nourri par «une vendetta politique». À la barre, l’inspecteur Ramdoo, ancien du Central Criminal Investigation Department (CCID), aujourd’hui affecté aux Casernes centrales, a été entendu dans le cadre de la motion visant à suspendre les poursuites.

Dès le début de l’audience, Mᵉ Robin Ramburn, Senior Counsel, a posé le cadre : toute juridiction pénale peut interrompre un procès si l’équité est compromise. Deux cas d’abus sont invoqués : l’impossibilité d’un procès équitable ou l’injustice de juger dans les circonstances. «Nous sommes dans les deux cas», a-t-il soutenu.

Interrogé par Mᵉ Nataraj Muneesamy, assistant du Directeur des poursuites publiques (DPP), l’inspecteur Ramdoo a présenté un affidavit juré le 26 mars et retraçant une enquête ouverte le 6 février 2015 après une perquisition au domicile de Navin Ramgoolam, à Vacoas. D’importantes sommes en devises ont été saisies, dont 17 liasses de billets de 100 dollars américains et six autres liasses, parmi d’autres.

L’enquête, menée sur deux ans, a mobilisé 19 policiers, environ 40 témoins et produit 13 volumes, incluant des vérifications bancaires et internationales. Le dossier, transmis au DPP, a abouti à des poursuites en octobre 2017.

Lors du contre-interrogatoire, la défense a cherché à démontrer que l’enquête était influencée par le contexte politique. Mᵉ Ramburn a évoqué des déclarations de sir Anerood Jugnauth en 2014 annonçant une arrestation, ainsi que des débats parlementaires de 2015.

Le témoin a reconnu en avoir eu connaissance, sans pouvoir établir un lien avec l’enquête. La défense a aussi soulevé l’absence d’investigation sur d’éventuels conflits d’intérêts au sein de la police et a insisté sur l’indépendance requise des enquêteurs.

Un volet clé a porté sur Heman Jangi. La défense a retracé son parcours : à la tête du CCID au moment des faits, transféré puis rappelé sous contrat, avant de devenir conseiller en matière de sécurité au bureau du Premier ministre (PMO). Des liens familiaux allégués avec le pouvoir ont été évoqués. L’inspecteur Ramdoo a dit en avoir eu connaissance a posteriori, sans savoir si des vérifications avaient été menées.

La défense soutient que des décisions majeures, dont la réouverture de l’affaire de Roches-Noires, s’inscrivent dans sa sphère d’influence. Par rapport à cette dernière affaire, la chronologie a été disséquée : réouverture en janvier 2015, sans trace formelle de nouvelles informations, lettre au DPP le 9 janvier, déclaration de Rakesh Gooljaury le 11 janvier, admise mensongère, sans arrestation, puis les arrestations de Rampersad Sooroojbally et Dev Jokhoo le 14 janvier 2015.

La défense a dénoncé un traitement différencié que le témoin attribue à la hiérarchie, notamment à Heman Jangi. Autre point central : un informateur rencontré seul début janvier 2015 à PortLouis, sans aucune consignation officielle. Ces renseignements non formalisés ont pourtant servi à obtenir un mandat de perquisition, basé sur des informations jugées «reliable and credible».

La gestion des Diary Books a été vivement critiquée : informations non systématiquement consignées, divergences entre extraits et originaux, usage d’initiales et interventions multiples. Pour la défense, cela révèle un dysfonctionnement structurel.

Les fuites dans la presse ont également été évoquées : images des coffres diffusées à la télévision nationale et publication du montant de Rs 220 millions. Le témoin a reconnu avoir vu ces images, sans qu’aucune enquête interne n’ait été menée. La présence inhabituelle de l’Attorney General de l’époque lors du comptage des fonds a aussi été soulevée, tout comme une implication alléguée d’acteurs liés au PMO, sans cadre formel établi.

Concernant les téléphones de Navin Ramgoolam, saisis et clonés sur autorisation judiciaire, ils n’ont jamais été restitués. Une démarche avait été entreprise pour empêcher leur exploitation au nom des droits fondamentaux. D’autres irrégularités ont été relevées : des questions d’interrogatoire dont l’origine est inconnue, l’absence de suivi sur certaines pistes, et perte de carnets d’enquête par deux officiers en décembre 2025. Pour Mᵉ Ramburn, l’accumulation de ces manquements constitue un «failure to disclose», rendant impossible un procès équitable et justifiant l’arrêt des poursuites.

La poursuite a proposé d’examiner ces arguments avec les autres motions. Les magistrats Abdool Raheem Tajoodeen et Bibi Razia Jannoo-Jaunbocus ont retenu cette approche. Les débats se poursuivront mercredi et jeudi. La question qui demeure est : la justice peut-elle encore garantir un procès équitable ?

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