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Violences sexuelles
Virginie Bissessur : «Aucune femme ne demande à être violée. Aucun enfant ne demande à être agressé. Il faut arrêter de chercher la responsabilité du côté de la victime.»
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Violences sexuelles
Virginie Bissessur : «Aucune femme ne demande à être violée. Aucun enfant ne demande à être agressé. Il faut arrêter de chercher la responsabilité du côté de la victime.»
Virginie Bissessur, présidente de l’association Pedostop, plaide pour un meilleur signalement des cas de violences sexuelles et une prise en charge plus adaptée des victimes.
Grooming, pédophilie, pédopornographie… les lois existent, mais la parole peine encore à remonter : les violences sexuelles restent largement sous-rapportées, malgré les obligations prévues par la loi. Lors d’un atelier organisé dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, au début du mois à Port-Louis, plusieurs intervenants ont insisté sur l’importance de mieux entendre les victimes, et surtout de faire remonter les signalements.
Les chiffres évoqués donnent le vertige. Selon une étude menée en 2024 par l’association Pedostop, en collaboration avec Kantar Analysis, auprès de 1 500 personnes à Maurice et à Rodrigues (1 000 à Maurice et 500 à Rodrigues), seuls trois cas sur 100 sont rapportés à la police. «La première raison, c’est la honte. Et la deuxième, c’est qu’on n’a pas confiance dans les institutions qui gèrent notre cas», explique Virginie Bissessur, présidente de l’association.
L’étude révèle également que 42 % des Mauriciens disent avoir été confrontés au moins une fois dans leur vie à un traumatisme de nature sexuelle, contre 31 % à Rodrigues. Parmi ces victimes, 26 % étaient mineures au moment des faits.
Pour Virginie Bissessur, ces chiffres montrent que la réalité dépasse largement ce qui apparaît dans l’actualité. «Ce qu’on voit dans les journaux, c’est à peine le début de l’iceberg. S’il y a autant de victimes, c’est qu’il y a aussi autant de prédateurs.»
Dans ce contexte, la question du signalement reste centrale. La section 34 du Children’s Act prévoit pourtant un principe clair : le mandatory reporting. Concrètement, tout professionnel ayant un duty of care — personnel de santé, enseignants ou membres du personnel éducatif — est tenu de signaler aux autorités tout cas d’abus révélé par un enfant. «On ne vous demande pas si cela vous fait plaisir ou non. Vous devez rapporter. Point à la ligne», insiste la présidente de Pedostop
Mais dans la pratique, les signalements ne remontent pas toujours comme ils le devraient. Parfois par peur de représailles, parfois pour éviter d’entacher la réputation d’une institution. Une logique qui, selon les intervenants, finit par produire l’effet inverse. «En essayant de cacher ces situations, les institutions alimentent encore davantage les questions et les inquiétudes du public», souligne Virginie Bissessur. Elle insiste également sur la manière dont la parole des enfants est recueillie. «On n’entend pas toujours toute les paroles de l’enfant. Parfois, on enchaîne les questions, que ce soit à la police, à la justice ou même lors des évaluations psychologiques. Mais on ne peut pas comprendre l’impact du traumatisme si on ne prend pas en compte leur récit dans sa globalité», explique-t-elle.
La question de la prise en charge des victimes reste tout aussi cruciale. Pour éviter qu’elles ne soient contraintes de répéter leur histoire à de multiples interlocuteurs, plusieurs ONG plaident depuis des années pour la mise en place d’un One-Stop Shop, un guichet unique permettant de centraliser les démarches. «Il ne faut pas que les victimes soient baladées entre différentes stations de police, ministères ou services. À chaque fois qu’elles doivent raconter leur histoire, cela peut être une nouvelle forme de traumatisme», souligne Virginie Bissessur.
Au-delà des mécanismes de signalement, c’est aussi le regard de la société sur les victimes qui doit évoluer. Les réactions observées sur les réseaux sociaux ou dans l’espace public témoignent encore d’une tendance persistante au victim-blaming. «Aucune femme ne demande à être violée. Aucun enfant ne demande à être agressé. Il faut arrêter de chercher la responsabilité du côté de la victime.»
Pour l’association, la prévention reste également un maillon essentiel, encore trop peu développé. Car les violences sexuelles ne prennent pas toujours la forme d’une agression brutale. Souvent, elles s’inscrivent dans un processus progressif de manipulation connu sous le nom de grooming.
Dans ces situations, l’agresseur cherche d’abord à gagner la confiance de l’enfant, parfois en le valorisant ou en créant une relation privilégiée. «Cela peut passer par des phrases comme : “tu es ma petite cousine préférée”, ou par des attentions particulières. L’agresseur valorise la victime pour gagner sa confiance», explique Virginie Bissessur.
Contrairement aux idées reçues, ce processus ne passe pas forcément par la violence. «Le grooming est souvent une forme de séduction. Cela se fait dans le secret, dans la proximité.»
D’où l’importance, selon elle, de renforcer la prévention et l’éducation autour de ces questions. «On parle très peu de ces sujets, ou alors du bout des lèvres. Pourtant, les enfants doivent apprendre à reconnaître les situations où ils peuvent être en danger.» Elle estime que ces discussions pourraient être abordées dès le plus jeune âge, avec un langage adapté. «Dans d’autres pays, on en parle dès la maternelle. Les enfants doivent avoir les mots et les outils pour comprendre ce qu’ils vivent. Sinon, ils ne peuvent pas venir en parler.»
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