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PNQ - Michaël Sik Yuen : «Des hausses de prix attendues»

25 mars 2026, 07:00

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PNQ - Michaël Sik Yuen : «Des hausses de prix attendues»

Joe Lesjongard (à g.) a interpellé Michaël Sik Yuen sur les répercussions économiques du conflit au Moyen-Orient.

La séance parlementaire d’hier a été dominée par une Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Joe Lesjongard, portant sur l’impact du conflit au Moyen-Orient sur l’économie. La question était adressée au ministre du Commerce et de la protection des consommateurs, Michaël Sik Yuen. L’opposition s’est focalisée sur les effets de cette crise sur le pouvoir d’achat, alors que la hausse des prix à l’international inquiète. Joe Lesjongard a demandé si une étude d’impact avait été menée et quelles mesures sont prévues pour limiter les répercussions. Il a également interrogé le gouvernement sur la gestion des fonds liés aux carburants, notamment le Price Stabilisation Account (PSA) et le Price Stabilisation Fund (PSF).

Dans sa réponse, Michaël Sik Yuen a dressé un tableau préoccupant de la situation mondiale. Selon lui, le conflit au Moyen-Orient a «considérablement accru les risques géopolitiques» et introduit une forte incertitude sur les marchés énergétiques et commerciaux. Le ministre a rappelé que cette région reste centrale dans le système énergétique mondial, notamment avec le passage stratégique du pétrole par le détroit d’Ormuz. Même sans rupture effective, la simple perception de perturbation a entraîné une hausse des prix du pétrole, accompagnée d’une augmentation des coûts d’assurance et de transport.

Au-delà de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement mondiales sont également affectées. Les délais de livraison s’allongent, les coûts logistiques augmentent et le dollar américain se renforce, renchérissant davantage les importations pour des pays comme Maurice. «En tant que petite économie ouverte et fortement dépendante des importations, Maurice est particulièrement exposée à ces chocs externes», a insisté le ministre.

Inflation sensible

Michaël Sik Yuen a détaillé les mécanismes de transmission de cette crise vers l’économie locale. La hausse des prix du pétrole impacte directement le transport, la production d’électricité et, plus largement, tous les secteurs économiques. À cela s’ajoute la hausse des prix alimentaires à l’échelle mondiale, alimentée par l’augmentation du coût des intrants agricoles, comme les fertilisants. Une situation qui exerce une pression continue sur le coût des produits importés.

Le ministre a toutefois précisé que l’impact complet n’est pas encore visible sur le marché local, les marchandises actuellement vendues ayant été achetées à des prix antérieurs. Mais il a averti que «des pressions à la hausse sur les prix de détail sont attendues dans les semaines à venir».

Sur le plan macroéconomique, le Macroeconomic Coordination Committee a revu ses prévisions. L’inflation, initialement estimée entre 3,6 % et 4 % pour 2026, pourrait grimper jusqu’à 6 %, en fonction de l’évolution des prix internationaux. Face à cette situation, le gouvernement affirme avoir adopté une approche coordonnée. Parmi les mesures mises en avant : la baisse du prix du diesel de Rs 5 par litre et du Mogas de Rs 7,75, ainsi que la suppression de la TVA sur plusieurs produits de base.

Le ministre a également insisté sur le rôle du système de contrôle des prix, qui couvre plus de 25 000 produits à Maurice et à Rodrigues. Trois mécanismes sont utilisés : le plafond de marge bénéficiaire, le prix maximum fixé pour certains produits stratégiques et un système spécifique pour les produits pharmaceutiques. En parallèle, un observatoire des prix surveille en continu les tendances d’environ 700 produits, permettant au ministère d’inter venir rapidement en cas de dérive.

Un autre pilier de l’intervention gouvernementale reste le PSF, doté d’un cadre de Rs 10 milliards sur cinq ans, avec une première allocation de Rs 2 milliards. À ce jour, environ Rs 650 millions ont été déboursés sous forme de subventions pour des produits essentiels comme le lait en poudre, l’huile comestible ou encore les couches pour bébés. Sur les trois derniers mois, Rs 110 millions ont été versés. Le ministre a indiqué que les décaissements devraient atteindre Rs 1,6 milliard d’ici la fin de l’année financière.

Ce système de subventions a été élargi à d’autres produits, notamment les conserves de poisson, les légumineuses et certains médicaments essentiels, dans le but de réduire la pression sur les ménages. Concernant le PSA, Michaël Sik Yuen a fourni des chiffres précis. Au 23 mars 2026, le compte affiche un surplus d’environ Rs 400 millions pour le Mogas, mais un déficit de Rs 2,3 milliards pour le gasoil, soit un déficit net de Rs 1,9 milliard. Ce mécanisme permet d’amortir les fluctuations des prix internationaux, en accumulant des excédents lorsque les prix sont bas et en les utilisant lorsque les prix augmentent.

Interrogé sur une éventuelle révision des taxes sur les carburants, le ministre a indiqué que la situation financière héritée du précédent gouvernement limite les marges de manœuvre, évoquant un déficit important du PSA. Lors des questions supplémentaires, Joe Lesjongard a affirmé que les prix sont déjà en hausse dans les supermarchés. Une observation que le ministre a relativisée, affirmant que son ministère surveille quotidiennement les prix et applique des marges maximales sur les produits essentiels.

Il a également annoncé la mise en place prochaine d’un système numérique permettant de consulter en temps réel les prix des produits dans les supermarchés, afin de renforcer la transparence.

Sécurité de l’approvisionnement

À propos de l’approvisionnement en carburant, Michaël Sik Yuen a affirmé que plusieurs scénarios sont prévus. «Nous avons un plan A, un plan B, un plan C et un plan D», a-t-il déclaré. Face à un problème d’approvisionnement, le gouvernement a activé un plan B, incluant un appel d’offres accéléré. Une cargaison en provenance de Singapour est attendue le 2 avril.

Le ministre a également confirmé que la société Sahara Energy a obtenu un contrat d’approvisionnement, précisant qu’il est prêt à en rendre les détails publics. Joe Lesjongard a soulevé la question de l’utilisation des fonds publics pour subventionner certains produits, estimant qu’il s’agit indirectement de soutenir les fournisseurs. Le ministre a rejeté cette interprétation, affirmant que ces mesures visent avant tout à protéger les consommateurs.

Il a par ailleurs annoncé de nouvelles initiatives de la STC, notamment des appels d’offres internationaux pour l’importation de produits de base comme les lentilles, les haricots et les sardines en conserve, afin de stimuler la concurrence et de faire baisser les prix.

Interpellé sur la régulation du gaz ménager et la mise en place d’une smart card annoncée dans le budget, Michaël Sik Yuen a indiqué que le projet est toujours en cours, en collaboration avec le ministère des Technologies de l’information.

Enfin, le ministre a reconnu que les prix des carburants pourraient augmenter à Maurice, compte tenu des tendances observées à l’international. Il a cité plusieurs pays où les hausses sont déjà significatives, tout en soulignant qu’à Maurice, aucune augmentation n’a encore été enregistrée. «Nous suivons la situation de très près», a-t-il assuré, évoquant un contexte mondial extrêmement volatil, marqué par les fluctuations des prix du pétrole, des coûts de transport et des taux de change.

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