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Commission d’enquête
Mort d’Andy Selmour : quand les failles d’un système éclatent au grand jour
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Commission d’enquête
Mort d’Andy Selmour : quand les failles d’un système éclatent au grand jour
Des manquements dans la transmission d’informations suivant l’agression d’Andy Selmour ont été reconnus.
«Les lésions constatées sont compatibles avec une agression violente.» Dès les premières audiences de la commission d’enquête instituée pour faire la lumière sur le décès du détenu Andy Selmour à la prison de Melrose le 9 décembre 2025, le témoignage du Dr Sudesh Kumar Gungadin, médecin légiste, appelé à lire et commenter son rapport d’autopsie, a jeté une lumière crue sur la gravité des faits.
Face au Board of Inquiry, il a détaillé des blessures multiples, écartant l’hypothèse d’une simple chute accidentelle. Il a insisté : «Il ne s’agit pas de lésions superficielles. Il y a eu un traumatisme significatif.» Ces mots, prononcés au début des travaux, ont donné le ton.
La commission d’enquête sur la mort d’Andy Selmour, ouverte le lundi 23 février, a déjà profondément ébranlé les certitudes. Au fil des auditions devant le Board of Inquiry présidé par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen, un tableau inquiétant s’est dessiné : celui d’un établissement pénitentiaire fragilisé par un sous-effectif chronique, un climat interne dégradé et des défaillances dans la circulation de l’information.
Depuis le début des travaux, responsables pénitentiaires, cadres médicaux, officiers de terrain, membres du Forensic Science Laboratory – à qui un délai supplémentaire d’une dizaine de jours a été accordé pour finaliser et soumettre leur rapport – ainsi que des enquêteurs de la CID de Quartier-Militaire ont été entendus. L’objectif : comprendre comment, le 9 décembre 2025, un détenu a pu succomber dans un contexte où chaque minute comptait.
Mais au-delà de la chronologie des faits, c’est l’organisation même de l’Eastern High Security Prison de Melrose qui se retrouve scrutée. Les auditions ont confirmé que la situation interne s’était détériorée après les incidents de juillet 2025. Bagarres plus fréquentes, tensions exacerbées entre détenus, sentiment d’insécurité chez certains gardiens : l’environnement était devenu «difficile», selon les mots d’un haut gradé. Le respect envers l’autorité se serait érodé, rendant la gestion quotidienne plus délicate encore.
? Trois gardiens pour 93 détenus : un ratio intenable
Le chiffre a frappé les esprits : 93 détenus dans l’unité Kestrel, encadrés par seulement trois officiers. Alors que cinq gardiens devraient idéalement être affectés par unité sensible, seuls trois étaient disponibles.
Le responsable de la prison au moment des faits a évoqué un ratio d’un officier pour 33 détenus – une configuration qualifiée d’«impossible à gérer». À l’échelle de l’établissement, 55 gardiens devraient théoriquement être présents par shift. En réalité, entre congés maladie, absences prolongées et autres contraintes, l’effectif quotidien varierait entre 40 et 45 officiers. La nuit, il chuterait à environ 35. Ce décalage n’était pas une surprise : le sous-effectif chronique aurait été signalé à la hiérarchie dès octobre 2025.
Autre détail ressorti des audiences : sur les 269 officiers que compte officiellement l’administration pénitentiaire, une partie importante est affectée à des fonctions administratives, réduisant encore la présence effective sur le terrain. Ce point, peu mis en avant mais fondamental, pose une question simple : comment maintenir une surveillance efficace, prévenir les violences et réagir avec célérité en cas d’incident lorsque les équipes sont en permanence réduites ?
La commission a mis en lumière une réalité connue en interne, mais dont les conséquences n’avaient pas, jusqu’ici, éclaté au grand jour. Le 9 décembre, lorsqu’Andy Selmour a été agressé – il évoquait initialement une chute – la capacité de réaction dépendait directement de ces ressources humaines limitées. Informé vers 14 h 30, un officier supérieur n’aurait pas immédiatement alerté sa hiérarchie. Une instruction de transfert vers l’hôpital ne serait intervenue qu’en fin d’après-midi.
L’Assistant Commissaire des prisons a reconnu des manquements dans la transmission des informations : «Ils ont failli à leur devoir», a-t-il admis. Un ASP en service ce jour-là a également reconnu qu’«il y a eu des anomalies» et que le détenu aurait pu se trouver en danger avant que la gravité des faits ne soit pleinement comprise.
Un détail troublant est ressorti : malgré la présence d’une ambulance à la prison vers 16 h 30 selon certains éléments évoqués, l’évacuation n’a pas été effectuée à ce moment-là. Était-ce un problème d’évaluation médicale ? Une absence de coordination ? Les réponses restent attendues.
Sur le plan médical, la commission a appris que le Prison Health Officer de service avait quitté les lieux à 17 h 20, alors que son service devait officiellement se terminer à 18 heures. Le Principal Prison Health Officer, qui n’était pas en poste ce jour-là, a expliqué avoir appelé la prison à 17 h 21 pour s’enquérir de la situation. Il lui aurait alors été confirmé que le soignant avait déjà quitté l’établissement.
Il a précisé avoir ensuite suivi l’évolution du cas par l’intermédiaire de l’officier de santé de nuit. Une demande d’explications écrites a été formulée par la suite, soumise le 12 décembre dans le cadre d’une enquête interne.
Autre élément évoqué lors des quatre jours d’audition : l’écoute des communications avec le SAMU. La commission a cherché à établir la chronologie exacte des appels, leur contenu et les délais de réponse. La question d’un protocole clair pour faciliter l’accès rapide des secours externes a également été soulevée. Dans un contexte où chaque minute pouvait être décisive, ces imprécisions pèsent lourd.
Autre élément saillant révélé par les auditions : le 9 décembre, aucune ambulance des services pénitentiaires n’était stationnée en permanence à la prison de Melrose. Ce n’est qu’à partir de la mi-décembre, après l’admission de l’homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga, qu’une ambulance a été postée de façon continue à l’établissement.
Ce simple enchaînement chronologique appelle une question légitime : pourquoi un dispositif permanent n’a-t-il été instauré qu’après l’arrivée d’un détenu au profil particulier ?
Les auditions ont également mis en lumière l’atmosphère tendue lors du transfert vers l’hôpital. Plusieurs détenus auraient accompagné Andy Selmour en adoptant une attitude hostile. Une paire de ciseaux aurait même été signalée comme volée dans ce contexte. Cet épisode, en apparence périphérique, révèle néanmoins une difficulté à maintenir un contrôle strict dans un moment critique.
Des prison officers ont également été entendus, tout comme des détenus identifiés uniquement par leurs initiales. Leurs récits ont contribué à affiner la chronologie interne des événements dans l’unité Kestrel.
Depuis le 23 février, les membres du Board of Inquiry ont entendu des cadres pénitentiaires en poste depuis plus de vingt ans. Tous ont décrit une institution confrontée à une pression croissante. Le sous-effectif chronique, le climat délétère, les retards dans la transmission d’informations et les ajustements logistiques intervenus après le drame forment un faisceau d’éléments qui dépassent la seule question d’une erreur individuelle.
En parallèle, l’enquête criminelle menée par la CID de Quartier-Militaire suit son cours. Sept enquêteurs ont déjà été entendus.
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