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Dossier Chagos
«Pause» ou pas «pause» ? Telle est la question
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Dossier Chagos
«Pause» ou pas «pause» ? Telle est la question
Les débats sur le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill ont repris hier, au Parlement britannique à Westminster, dans un climat politique particulièrement électrique. Alors que le traité conclu entre le Royaume-Uni et Maurice devait franchir une nouvelle étape parlementaire, les déclarations du président américain, Donald Trump, ont rebattu les cartes.
Le gouvernement britannique a annoncé une «pause» dans la procédure législative afin d’engager des discussions directes avec Washington. Cette reprise des débats intervient également dans un contexte délicat, marqué par l’installation d’un groupe de Chagossiens britanniques sur l’île du Coin, à Peros Banhos, qualifiée d’«illégale» par les autorités du British Indian Ocean Territory (BIOT).
Quelle est la situation concernant la base militaire américaine de Diego Garcia et le territoire britannique de l’océan Indien à la lumière des récents commentaires du président américain ? L’urgente question posée à la Chambre des communes par Nigel Farage, leader du Reform UK, a immédiatement placé le gouvernement sur la défensive.
«Rien n’a changé»
Le ministre au Foreign Office, Hamish Falconer, a confirmé que le gouvernement britannique avait décidé de suspendre temporairement la procédure de ratification législative du traité. «We are pausing for discussions with our American counterparts», a-t-il déclaré. Mais, selon la BBC, le gouvernement britannique dément toute suspension de l’accord sur les îles Chagos. Les autorités affirment qu’il n’y a «aucune pause» dans le processus en cours. D’après l’article, une source gouvernementale a précisé : «Il n’y a aucune pause, nous n’avons jamais fixé de délai et les échéances seront annoncées comme d’habitude.»
L’Attorney General Gavin Glover a indiqué ne pas être surpris par les propos du ministre. « Il n’y a eu aucune discussion sur le processus législatif au cours des trois dernières semaines», a déclaré Gavin Glover. « Je note qu’il est question d’une pause dans le processus législatif, et non d’un retrait.» Il a également précisé être en contact étroit avec le Foreign, Commonwealth and Development Office.
Farage et les Maldives
Cette confusion intervient après la prise de position de Donald Trump, qui a publiquement exhorté le Premier ministre britannique, Keir Starmer, à ne pas «donner Diego Garcia». Pour autant, le ministre a tenu à rassurer la Chambre : «Rien dans le traité n’a changé.» Il a rappelé que l’objectif du gouvernement reste «d’assurer le fonctionnement efficace et à long terme de la base militaire de Diego Garcia», qualifiée d’«a tout stratégique clé» pour la sécurité nationale britannique et américaine.
Selon lui, lorsque le gouvernement travailliste était arrivé au pouvoir, la situation héritée était déjà «avancée» : 11 cycles de négociations avaient été menés par le précédent gouvernement conservateur. Il a insisté sur le fait que le traité signé en mai dernier avait reçu le soutien de deux administrations américaines successives, y compris celui du président Trump à l’époque. «Nous discutons désormais directement avec nos homologues américains», a-t-il déclaré, précisant que le texte reviendra devant le Parlement «au moment opportun». Cette reconnaissance implicite d’un changement de ton à Washington a alimenté les critiques de l’opposition, qui voit dans cette pause le signe d’un affaiblissement diplomatique.
Nigel Farage a saisi l’occasion pour attaquer le gouvernement. Selon lui, l’argument selon lequel la cession de souveraineté à Maurice serait juridiquement inévitable est infondé. Il a dénoncé un traité qui pourrait coûter «jusqu’à 50 milliards de livres». Il a également accusé le gouvernement de maltraiter les Chagossiens, en référence aux avis d’expulsion délivrés à des ressortissants britanniques récemment installés sur l’île du Coin. Pour lui, la situation actuelle reproduit une injustice historique.
Plus surprenant encore, Nigel Farage a évoqué les Maldives, affirmant que ce pays aurait des liens historiques, culturels et commerciaux plus solides avec l’archipel que Maurice. Il a laissé entendre qu’une contrerequête pourrait être déposée devant la Cour internationale de justice, ce qui ouvrirait un nouveau front diplomatique.
La réponse du ministre Falconer a été cinglante. Il a rappelé que les conservateurs avaient eux-mêmes engagé les négociations sur 11 cycles. «S’il n’y avait aucun problème à régler, pourquoi avoir entamé ces discussions ?» a-t-il lancé. Il a également critiqué le déplacement de Nigel Farage aux Maldives dans l’intention de rejoindre l’archipel sans permis. Comparant la situation à une tentative de filmer une base militaire sensible au Royaume-Uni, il a rappelé que le BIOT demeure une zone soumise à des restrictions strictes. Le ministre a insisté sur le caractère sensible du site et sur le fait que les conseils de voyage britanniques sont de formellement éviter toute tentative d’accès non autorisé.
Les échanges ont parfois pris un ton ironique, certains députés travaillistes moquant le recours à un jet privé pour se rendre aux Maldives, en contraste avec la rhétorique antiimmigration de Nigel Farage.
Plusieurs députés ont soulevé des préoccupations d’ordre juridique et financier. La députée travailliste Emily Thornberry a demandé des garanties sur l’application du droit international à Diego Garcia, que ce soit en matière de souveraineté ou d’usage militaire. Le ministre a assuré que le Royaume-Uni continuera à respecter ses obligations internationales.
Du côté conservateur, Wendy Morton a dénoncé un accord qui, selon elle, obligerait les contribuables britanniques à financer indirectement le budget mauricien. Elle a exigé qu’aucun paiement ne soit effectué avant la ratification complète du traité. Elle a également évoqué l’article 298 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), qui permet aux États d’exclure les activités militaires du règlement obligatoire des différends. Pour l’opposition, cette clause démontre que la situation n’est pas juridiquement inéluctable et qu’il s’agit d’un choix politique. Sir Edward Leigh a insisté sur la portée stratégique de cette disposition, estimant qu’elle est essentielle pour protéger les intérêts britanniques dans les Falklands et à Gibraltar. Hamish Falconer a reconnu ne pas être en mesure de fournir immédiatement un avis détaillé sur ce point, promettant qu’une réponse serait apportée dans le cadre normal de l’examen du texte.
Au sein même du Parti travailliste, des réserves ont émergé. Graham Stringer a jugé le coût annuel de 100 millions de livres difficilement défendable politiquement, rappelant que le manifeste du parti travailliste promet de défendre la souveraineté des territoires britanniques d’outre-mer. Le ministre a répondu en distinguant clairement la situation des Chagos de celle de Gibraltar et des Falklands, soulignant que ces territoires ont exprimé par référendum leur volonté de rester britanniques, contrairement au cas spécifique des Chagos, marqué par l’expulsion de sa population.
La question des droits des Chagossiens a occupé une place centrale dans les échanges. Le gouvernement britannique a reconnu les «profonds regrets» liés à l’expulsion forcée des habitants dans les années 1960 et 1970, lors de la création de la base militaire. Hamish Falconer a indiqué que Londres travaille à la reprise d’un programme de visites patrimoniales pour les membres de la communauté chagossienne.
Diego Garcia, au cœur de tout
Cependant, plusieurs députés ont dénoncé l’absence de consultation formelle des Chagossiens dans le cadre des négociations actuelles. Le député libéral-démocrate Al Pinkerton a estimé que le gouvernement avait perdu à la fois le soutien clair des Chagossiens et celui du président américain, créant une situation politiquement fragile. Il a interrogé le ministre sur l’état exact des négociations et sur la prise en compte des droits à l’autodétermination de la communauté chagossienne. Le ministre s’est montré prudent, indiquant que ces questions seraient traitées dans le cadre du processus parlementaire en cours. Par ailleurs, une procédure de judicial review introduite devant la Haute cour britannique au nom de Chagossiens a été mentionnée. Interrogé sur l’opportunité de suspendre toute démarche jusqu’à l’issue de cette procédure, le ministre a indiqué que la question relève du processus législatif normal.
Au-delà des querelles partisanes, le débat a rappelé l’importance stratégique exceptionnelle de Diego Garcia. La base constitue un point d’appui majeur pour les opérations militaires occidentales au Moyen-Orient et en Asie. Certains députés ont évoqué des scénarios d’opérations militaires imminentes, notamment vis-à-vis de l’Iran, et ont demandé si le nouveau cadre juridique pourrait affecter la chaîne de décision entre Washington, Londres et, à terme, Port-Louis. Hamish Falconer a refusé de commenter des hypothèses opérationnelles, mais a réaffirmé que les discussions en cours avec les États-Unis visent précisément à garantir que les préoccupations de sécurité américaine soient pleinement prises en compte.
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