Publicité

90 ans du Parti travailliste

Arvin Boolell : «La diplomatie exceptionnelle de SSR a fait de Maurice un grand État océanique»

22 février 2026, 17:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Arvin Boolell : «La diplomatie   exceptionnelle de SSR a fait  de Maurice un grand État océanique»

Arvin Boolell, ministre de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche

? Que représentent pour vous ces 90 ans du Parti travailliste (PTr), vous qui avez grandi dans son giron et ses combats ?

Le PTr représente avant tout le combat contre la discrimination et l’émancipation de la classe travailleuse. À l’occasion de ces 90 ans, il est essentiel de rendre hommage aux grands tribuns et fondateurs du parti. Le PTr – le plus ancien parti du pays – n’est pas né par hasard. Il s’est formé dans un élan de lutte contre les injustices sociales et économiques. Il est impératif de saluer la mémoire de ses fondateurs, notamment le Dr Maurice Curé, Emmanuel Anquetil, Godefroy Moutia, le Pandit Sahadeo, Mamode Assenjee, Hassenjee Jeetoo ainsi que leurs compagnons de lutte. Ils ont œuvré à la consolidation des bases du parti dans un contexte colonial difficile.

Puis est venue la relève avec sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR), père de la nation, Renganaden Seeneevassen et d’autres, qui ont élargi l’espace politique et institutionnel du pays. Par leur engagement, des secteurs clés comme l’industrie sucrière ont été modernisés et consolidés comme piliers de l’économie. On pense notamment à la construction du Sugar Bulk Terminal, qui a marqué une avancée majeure pour ce secteur stratégique. On ne peut évoquer ces 90 ans sans rappeler la lutte pour l’indépendance menée par SSR, ni ses efforts déterminants pour l’instauration de l’éducation gratuite. Je me souviens également qu’en 1983, lors de la cassure MMM/PSM, le PTr a su jouer un rôle central et déterminant pour rétablir la stabilité politique du pays.

L’histoire démontre que le PTr a souvent été confronté à des tentatives d’effacement politique, mais il a toujours su se relever. Le MSM n’a jamais compris les valeurs des Rouges. L’histoire démontre qu’il a toujours cherché à affaiblir, voire à marginaliser le PTr. Son action politique a souvent eu des effets «maléfiques» sur le PTr. Sir Satcam Boolell a lui aussi marqué l’histoire du parti par sa sagesse et son engagement. Puis, en 1990, avec l’arrivée de Navin Ramgoolam, un nouveau souffle s’est fait sentir, tout en préservant les valeurs fondamentales du parti.

Nous avons également connu des moments difficiles, notamment la longue traversée du désert – 2014 et 2024 – et les épreuves liées à l’arrestation de Navin Ramgoolam. Toutefois, l’intérêt supérieur du pays a toujours primé pour le PTr, qui a su retrouver sa force grâce à l’élan de solidarité du peuple mauricien. Puis, il ne faut pas oublier Guy Rozemont, ancien président du PTr, dont le dévouement indéfectible à la justice, à l’égalité et aux droits de la classe ouvrière a façonné le paysage politique de Maurice et inspiré des générations entières.

? Le PTr a été à l’origine des grandes conquêtes sociales. Selon vous, quel est le combat le plus emblématique de ces neuf décennies ?

Le combat le plus emblématique demeure celui pour la justice sociale et la consolidation de la démocratie. L’empowerment, l’empathie et la culture démocratique ont toujours été au cœur de notre action. Le PTr a constamment prôné le dialogue, la consultation et le respect des institutions. Notre tradition est profondément socialedémocrate : refus de la politique revancharde, respect de la séparation des pouvoirs et défense d’une justice indépendante. Parmi les combats marquants, je retiens la diplomatie exceptionnelle de SSR, qui a positionné Maurice sur la scène internationale comme un grand État océanique. Il a également été l’un des premiers à engager des discussions avec le Royaume-Uni pour la restauration de la souveraineté mauricienne sur les Chagos, un combat qui demeure fondamental pour l’intégrité territoriale du pays.

? À vos yeux, le PTr est-il resté fidèle à ses valeurs fondatrices ?

Oui, le PTr est resté fidèle à ses valeurs fondatrices. Bien sûr, un parti évolue avec son temps, mais ses principes essentiels, comme la justice sociale, l’égalité des chances, la démocratie, le respect des institutions et la solidarité, demeurent intacts.

? Comment se fait la transmission entre les figures historiques du parti et la jeune génération aujourd’hui ?

La transmission des valeurs fondatrices se fait par l’engagement sur le terrain, le dialogue interne et l’exemple. J’ai commencé ma carrière politique à 32 ans et j’ai été élu en 1987. Il est important de souligner que je n’ai pas été perçu uniquement comme le fils de sir Satcam Boolell. J’ai construit ma propre identité en adhérant pleinement aux valeurs du parti et en travaillant avec conviction. La transmission ne se décrète pas; elle se vit. Il faut avoir l’envie, la force et le dévouement nécessaires pour servir le pays. La jeune génération doit comprendre que la politique est avant tout un engagement au service du peuple.

? Quelle doit être la priorité du PTr dans les années à venir ?

La priorité doit être celle de la réforme permanente. Le PTr a toujours su se réformer pour répondre aux défis de son époque. Notre politique reste fondée sur la proximité avec les citoyens. Nous devons accepter nos erreurs, en tirer des leçons et ne jamais dévier de notre mission. Il faut consolider nos institutions, renforcer la transparence et nous adapter aux mutations économiques et sociales. Aujourd’hui, à la tête du pays, le gouvernement dirigé par le PTr – en alliance avec le MMM, Rezistans ek Alternativ et Nouveaux Démocrates –, prône la transparence et la bonne gouvernance dans toutes ses actions. La transparence est primordiale pour restaurer et maintenir la confiance des Mauriciens.

? Comment voyez-vous le PTr à l’horizon de son centenaire ?

À l’horizon de son centenaire, je vois un PTr toujours ancré dans ses valeurs, mais résolument tourné vers l’avenir. Un parti modernisé, capable d’intégrer les nouvelles réalités. Je souhaite à l’avenir voir un PTr renforcé par une nouvelle génération de leaders compétents, intègres et profondément attachés à la justice sociale. Le centenaire devra être celui du renouveau, de l’innovation politique, mais aussi celui du rassemblement national.

? Vous êtes membre du PTr depuis de longues années. Qu’est-ce qui vous a toujours convaincu de rester fidèle au parti ?

Je reste fidèle par attachement aux valeurs du parti rouge, où j’ai la liberté de m’exprimer, d’agir et de contribuer à la consolidation de ces principes auprès de la jeune génération. Il y a eu des moments difficiles, mais mon attachement demeure profond. Mon souhait est que la relève comprenne et transmette à son tour l’histoire de ce parti, qui reste une force politique majeure à Maurice, tant sur le plan social qu’économique et institutionnel.

Publicité