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Dossier Chagos
Washington brouille le jeu, Londres sous pression
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Dossier Chagos
Washington brouille le jeu, Londres sous pression
Le dossier des Chagos connaît un énième rebondissement. Alors que le Royaume-Uni s’apprête à inscrire dans la loi l’accord conclu avec Maurice sur la rétrocession de la souveraineté de l’archipel, une nouvelle sortie de Donald Trump vient semer le doute. Le président américain a vivement critiqué le plan britannique prévoyant le transfert de la souveraineté des Chagos à Maurice, assorti d’un bail de 99 ans pour maintenir la base militaire conjointe UK-US à Diego Garcia. Sur les réseaux sociaux, Donald Trump a exhorté le Premier ministre (PM) britannique, sir Keir Starmer, à ne pas «give away Diego Garcia», la plus grande île de l’archipel et le site stratégique de la base militaire. «This land should not be taken away from the UK», écrit-il, estimant qu’un tel transfert serait «a blight on our Great Ally». Ces propos interviennent alors même que, le mardi 17 février, le département d’État américain avait officiellement annoncé son soutien au projet britannique.
Dans un communiqué, le United States Department of State avait indiqué qu’il «supports the decision of the United Kingdom to proceed with its agreement with Mauritius concerning the Chagos archipelago». Un soutien clair, qui semblait lever l’un des principaux obstacles politiques au projet, Londres ayant répété que l’accord ne pourrait aboutir sans l’aval de Washington. Selon la BBC, en réaction aux propos de Donald Trump, le Foreign Office britannique a affirmé, dans un communiqué, que l’accord sur les Chagos est «crucial to the security of the UK and our key allies, and to keeping the British people safe».«The agreement we have reached is the only way to guarantee the long-term future of this vital military base.» Keir Starmer a, à plusieurs reprises, soutenu que cet accord était nécessaire pour assurer la continuité des opérations sur la base de Diego Garcia, dans un contexte où Maurice contestait la légalité de la souveraineté britannique sur l’archipel.
La position de Donald Trump a toutefois connu plusieurs revirements ces derniers mois. Il est passé d’une dénonciation du transfert comme un «act of great stupidity» à des déclarations suggérant qu’il s’agissait du «best agreement» que le PM britannique pouvait négocier. Cette volte-face répétée fragilise le calendrier parlementaire britannique. Le projet de loi visant à consacrer l’accord dans le droit britannique a déjà été retardé et aucune date n’a encore été fixée pour sa prochaine étape. La ministre Alex Davies-Jones a indiqué que le texte reviendrait à la Chambre des Lords «as soon as parliamentary time allows». Les réactions politiques à Londres ont été immédiates. La Shadow Foreign Secretary Dame Priti Patel a appelé Keir Starmer à «scrap this appalling deal altogether». Le leader des Liberal Democrats, sir Ed Davey, a estimé que les «endless flip-flopping» de Trump démontraient l’échec de l’approche britannique. Quant à Nigel Farage, chef de Reform UK, il a dénoncé «the worst deal in British history», estimant que le Royaume-Uni risquait d’aliéner son allié le plus important.
Cette nouvelle controverse intervient à la veille de discussions prévues entre les États-Unis et Maurice la semaine prochaine. Fait notable, un appel bilatéral a eu lieu récemment entre Keir Starmer et Donald Trump. Le compterendu publié par Downing Street ne fait toutefois aucune mention du dossier Chagos.
Sur le terrain, la tension est montée d’un cran. Plus tôt cette semaine, quatre Chagossiens opposés à l’accord ont accosté sur un atoll reculé de l’archipel pour protester contre le transfert. Parmi eux, Misley Mandarin, qui a refusé de quitter les lieux malgré une menace d’expulsion émise par une patrouille maritime britannique. Intervenant sur la BBC, il a déclaré qu’il faudrait «drag me from my beach» et que «there’s no reason» pour conclure un tel accord, affirmant que Maurice «never owned Chagos Islands in the first place».
Un ordre d’évacuation lui aurait été signifié par les autorités britanniques, avec un délai courant jusqu’à jeudi pour quitter l’île. Selon nos informations, le groupe de Misley Mandarin ne compte pas quitter les lieux et maintient sa décision de rester sur l’atoll de Peros Banhos. Hier, les quatre Chagossiens ont exploré l’île et ont affirmé avoir découvert des puits d’eau susceptibles de leur fournir de l’eau potable.
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Port-Louis affiche sa sérénité
Le gouvernement mauricien se veut rassurant après ce nouveau revirement. Le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful, estime qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Selon lui, le soutien des États-Unis avait déjà été confirmé dans un communiqué officiel de la MaisonBlanche et les engagements pris demeurent valables. Une délégation américaine est attendue prochainement à Maurice pour poursuivre les discussions, notamment sur les aspects sécuritaires liés aux îles Chagos et à Diego Garcia.
Le Premier ministre par intérim, Paul Bérenger, a tenu une réunion avec l’Attorney General, Gavin Glover, et le ministre des Affaires étrangères à la suite du séjour jugé illégal de Misley Mandarin sur Peros Banhos. Paul Bérenger a indiqué avoir demandé que des précautions soient prises afin que de telles initiatives ne se reproduisent pas et que d’éventuels bateaux organisés depuis le Royaume-Uni par l’extrême droite britannique ne puissent transporter d’autres personnes vers l’archipel.
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Diego Garcia dans l’équation US-Iran
Dans son message, Donald Trump a aussi évoqué les discussions en cours entre les États-Unis et l’Iran sur le programme nucléaire de Téhéran. Il a déclaré que si l’Iran refusait de conclure un accord, les États-Unis pourraient être amenés à utiliser Diego Garcia et la base aérienne de Fairford «to eradicate a potential attack by a highly unstable and dangerous regime». Interrogée par la BBC, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a affirmé que ce message devait être interprété comme la politique officielle de l’administration Trump, soulignant que les publications sur Truth Social reflètent directement la position du président.
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Olivier Bancoult : «Certains propos de Trump se réfèrent à Misley Mandarin»
Contacté, Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos, insiste sur le fait que l’accord entre Maurice et Londres «don’t give away» la base militaire de Diego Garcia. Si Maurice récupère la souveraineté sur l’ensemble de l’archipel, y compris Diego Garcia, cela ne modifie en rien l’accord stratégique entre le Royaume-Uni et les États-Unis pour l’exploitation de la base. Olivier Bancoult relève également que dans son message, Donald Trump a évoqué «whoever it is that is ‘claiming’ Right, Title, and Interest…» et des «claims of entities never known of before», jugés «fictitious by nature». Pour lui, ces propos ne viseraient pas sir Keir Starmer, mais plutôt Misley Mandarin, dont l’entrée sur les îles aurait été effectuée de manière illégale.
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Liseby Elysé, native chagossienne : «Je veux fermer les yeux sur l’archipel»

À Maurice, des natifs et membres du Groupe réfugiés Chagos condamnent fermement l’action entreprise par Misley Mandarin. Ils redoutent que cette initiative n’ait des répercussions négatives sur la lutte de longue haleine menée pour le droit au retour sur l’archipel des Chagos. Les souvenirs de la bataille juridique devant la Cour internationale de justice restent vivaces. Les larmes de Liseby Elysé, versées en septembre 2018 devant les juges à La Haye, avaient marqué les esprits. «Mo zanfan finn mor lor sa batola», avait-elle confié, en évoquant son expulsion vers Maurice. Âgée aujourd’hui de 72 ans, elle n’a rien oublié du voyage forcé. «Le bateau a mis quatre jours pour arriver à Maurice. J’étais enceinte, mais à force de vomir à cause des secousses, j’ai perdu mon bébé», raconte-t-elle d’une voix brisée. «Je pense toujours à ces moments, à ma maison, à ma famille, à mon île. Les souvenirs restent gravés à jamais.»
Pour elle, il ne fait aucun doute : «C’est nous les vrais natifs chagossiens. Je suis née sur l’archipel des Chagos en 1953 et c’est nous qui avons été déportés par bateau.» Elle estime que Misley Mandarin «fait fausse route» et l’accuse de démagogie. «Nous sommes de vrais Chagossiens, nés sur ces terres. Il n’est qu’un descendant.» Selon elle, si combat il doit y avoir, celui-ci doit se mener dans le respect des institutions : «S’il veut défendre sa cause, il doit attendre que la cour tranche, comme je l’ai fait. Nous sommes allés en cour et nous avons respecté les jugements.» Liseby Elysé affirme soutenir l’accord conclu entre Maurice et le Royaume-Uni, notamment le plan de réinstallation prévu pour les Chagossiens. Son dernier souhait reste intact : «Je veux repartir sur les îles Chagos et mourir là-bas. Je veux retourner vivre sur mon île natale, Ti Coin, à Peros Banhos. Même si ma santé ne me le permet pas vraiment, je veux partir cette année si c’est possible. Je veux fermer les yeux sur l’île Chagos.»
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