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Chagos

Le «retour symbolique» de Misley Mandarin, «First Minister», en exil fait polémique

19 février 2026, 13:30

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Le «retour symbolique» de Misley Mandarin, «First Minister», en exil fait polémique

■ Olivier Bancoult, entouré de natifs chagossiens, face à la presse, hier. Il a réagi aux récents développements sur l’archipel.

La tension monte autour du dossier Chagos. Au lendemain de l’annonce d’un «retour symbolique» sur l’archipel par un groupe de quatre personnes menées par Misley Mandarin, le leader du Groupe réfugiés Chagos (GRC), Olivier Bancoult, a tenu une conférence de presse, hier, pour faire entendre la position de son organisation.

Le lundi 16 février, un groupe conduit par Misley Mandarin, qui vit en Angleterre et qui se présente comme le «Premier ministre du gouvernement chagossien en exil», a débarqué sur l’archipel des Chagos, plus précisément à Peros Banhos, proclamant son installation sur place. Une initiative qualifiée de «symbolique» par certains Chagossiens, mais jugée préoccupante par Olivier Bancoult et plusieurs natifs chagossiens présents à ses côtés lors de cette rencontre avec la presse.

D’emblée, Olivier Bancoult s’est dit «très concerné» par les récents développements. «C’est notre devoir d’informer le public des faits. Le GRC s’est toujours reposé sur la non-violence et sur le respect des institutions judiciaires reconnues mondialement. Nous avons toujours respecté ces institutions», a-t-il affirmé. Il a rappelé qu’en 1997, il avait entamé des procédures légales contre le gouvernement britannique concernant l’Ordonnance de 1971, qui interdisait aux Chagossiens de vivre sur leur archipel natal. «Jamais nous n’avons pensé à la violence. Nous avons toujours considéré que le retour aux Chagos est un droit légitime, mais qu’il doit se faire dans le respect des procédures et de l’État de droit», a-t-il insisté.

Le leader chagossien a également évoqué la visite historique de 2006, lorsqu’il avait conduit une délégation de 100 Chagossiens sur l’archipel, en collaboration avec les gouvernements britannique et mauricien. «Ce fut un moment fort. Des Chagossiens ont pu reposer le pied sur leur terre natale. Cela s’est fait avec l’accord des autorités.» Il en a été de même en 2022, lorsqu’une nouvelle visite a été organisée avec l’appui du gouvernement mauricien. «Nous avons suivi toutes les procédures normales. La Cour internationale de justice et l’Assemblée générale des Nations unies ont reconnu que l’archipel des Chagos appartient à Maurice. C’est dans ce cadre que nous avons agi.»

Revenant sur l’accord signé, le 22 mai 2025, entre Maurice et le Royaume-Uni, Olivier Bancoult a reconnu qu’il ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté chagossienne. «Cet accord n’est pas bon à 100 % mais il contient des éléments positifs, notamment l’article 6 qui prévoit la réinstallation (resettlement) des Chagossiens. C’est la première fois que le gouvernement britannique propose une solution concrète pour le retour.»

Il a toutefois pointé du doigt l’opposition de certains Chagossiens, installés au Royaume-Uni, notamment ceux ayant obtenu la nationalité britannique grâce aux mesures adoptées par Londres en faveur des descendants chagossiens, toutes générations confondues. «Il y a des personnes qui sont devenues plus chagossiennes qu’Olivier Bancoult et les autres», a-t-il lancé, estimant que la souffrance la plus profonde avait été vécue par les natifs directement déportés. «Nous respectons le droit de chacun de s’installer en Angleterre. Mais il ne faut pas oublier les vrais natifs qui ont subi l’injustice et la déportation.»

Une démarche «contradictoire»

Concernant l’expédition menée par Misley Mandarin à Peros Banhos, Olivier Bancoult a dénoncé «une contradiction totale». Il rappelle que Misley Mandarin et son père avaient entamé une procédure judiciaire contre l’accord Maurice– Royaume-Uni. «S’il conteste l’accord devant les tribunaux, il doit attendre le verdict. Nous, au GRC, avons connu des défaites judiciaires, mais nous avons toujours respecté les institutions.»

Olivier Bancoult a également critiqué la légitimité du titre de «First minister» revendiqué par Misley Mandarin. «Dans un pays démocratique, une élection doit être supervisée par une instance indépendante. À Maurice, nous avons l’Electoral Supervisory Commission. Au niveau international, des organisations comme la Southern African Development Community ou l’Union africaine supervisent les scrutins. Qui a supervisé son élection ?» Il s’est interrogé sur le rôle éventuel de groupes ou médias britanniques, citant notamment le Great British PAC, GB News, The Telegraph ou encore des figures politiques britanniques opposées à l’accord. «Il était le seul candidat. Cela s’apparente davantage à une démarche dictatoriale qu’à un exercice démocratique.» Olivier Bancoult a par ailleurs rappelé que Misley Mandarin est né à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, à Port-Louis. «Son acte de naissance indique qu’il est né à Maurice. Comme moi, il a été éduqué ici, soigné ici. On ne peut pas dire que les Chagossiens n’ont aucun lien avec Maurice.» Il a insisté sur l’attachement historique des Chagossiens à Maurice, rappelant que, même sous la colonisation britannique, l’archipel était un territoire dépendant de Maurice. «Nos actes de naissance et de mariage sont enregistrés à l’état civil mauricien. Nous ne pouvons pas nier nos racines.» Faisant référence à Bob Marley, il a déclaré : «N’oubliez jamais vos racines.»

Financement et symboles contestés

Le leader du GRC s’est également interrogé sur le financement du voyage vers Peros Banhos. Selon lui, Misley Mandarin aurait bénéficié de soutiens financiers liés à des groupes politiques bri- tanniques opposés à l’accord. Il a évoqué un voyage en première classe et un financement de la judicial review par le Great British PAC.

Il a aussi critiqué les symboles brandis lors de l’expédition : un drapeau du British Indian Ocean Territory (BIOT) et un drapeau américain. «Lorsque nous sommes allés aux Chagos en 2022, nous avons embrassé notre terre et remercié Dieu. Eux ont brandi le drapeau du BIOT et celui des États-Unis. Quel est l’objectif ?» Il a également parlé du «God Save the King», prononcé par Misley Mandarin, estimant qu’elle traduit une opposition ferme à la souveraineté mauricienne sur l’archipel.

Interrogé sur la déclaration de Misley Mandarin affirmant ne pas vouloir quitter les lieux, Olivier Bancoult estime qu’une stratégie de «divide and rule» est à l’œuvre. Il a néanmoins appelé à préserver l’unité de la communauté chagossienne. Enfin, il a indiqué être régulièrement informé par les autorités mauriciennes de l’évolution des négociations. Il a annoncé qu’une nouvelle visite officielle aux Chagos est envisagée cette année. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, actuellement en Inde pour rencontrer Narendra Modi, devrait discuter de la mise à disposition d’un navire indien pour organiser ce déplacement. Selon Olivier Bancoult, cette visite ne concernerait pas uniquement Peros Banhos et Salomon mais également Diego Garcia.


Londres émet un avis d’expulsion contre Mandarin

Dans un communiqué relayé par la «British High Commission» à Maurice, le «Foreign, Commonwealth & Development Office» affirme être «au courant d’un navire entré illégalement dans les eaux du BIOT sans permis», qualifiant l’initiative d’«acte politique illégal et irresponsable». Selon Londres, le navire a accosté Peros Banhos située à plus de 120 milles de la base militaire conjointe américano-britannique de Diego Garcia et «ne pose aucun risque sécuritaire» pour celle-ci. Le gouvernement britannique soutient que «l’accord Royaume-Uni-Maurice, qui protège la base de Diego Garcia, constitue la seule voie viable et sûre vers la réinstallation des Chagossiens sur les îles extérieures». Londres indique également ne reconnaître «aucune base légale» à l’établissement d’un gouvernement chagossien en exil et rappelle que les îles extérieures «ne sont pas sûres pour l’habitation», toute personne qui s’y rend le faisant «à ses propres risques».

Les autorités britanniques ont émis un avis d’expulsion à l’encontre des Chagossiens récemment arrivés sur Peros Banhos. Misley Mandarin a indiqué avoir reçu un ordre officiel lui demandant de quitter immédiatement le territoire et ne plus s’y rendre jusqu’à nouvel ordre. Le document précise que tout refus d’obtempérer pourrait entraîner une peine d’emprisonnement ou une amende pouvant atteindre 3 000 livres sterling.


Misley Mandarin : «They’re going to remove me dead from here»

Intervenant hier sur «GB News», Misley Mandarin a affirmé qu’il ne quittera pas l’île, malgré l’ordre d’évacuation émis par une patrouille britannique. Se présentant comme le «First minister» du gouvernement chagossien en exil, il a réagi avec fermeté : «I’m very angry about it. They can make whatever threats they want, I’m staying.» Il dit ne pas reconnaître la validité du document officiel lui demandant de partir. Selon lui, l’administration britannique «n’a pas le droit d’exiler ou de retirer les Chagossiens une seconde fois de leurs terres». «This piece of paper for me doesn’t mean anything. (…) We are the belongers of those islands. We are the owners of those islands», a-t-il déclaré, estimant que l’ordre d’expulsion «n’a aucune légalité». Misley Mandarin a également tenu des propos particulièrement déterminés : «In one of my first interviews, I said I will die for my country. I really mean it. They’re going to remove me dead from here. I’m not going anywhere.»

Il a affirmé que son combat dépasse sa personne : «We’re fighting for our dignity. We’re fighting for our people. We’re fighting for respect», maintenant sa décision de rester sur place malgré l’ordre des autorités britanniques.


Washington réitère son soutien à l’accord Royaume-Uni-Maurice

Les États-Unis ont officiellement exprimé leur soutien à la décision du Royaume-Uni de procéder avec son accord conclu avec Maurice concernant l’archipel desChagos. Des discussions se tiendront à Port-Louis du 23 au 25 février, menées par le Bureau des affaires politico-militaires du département d’État américain, avec la participation de plusieurs agences fédérales. Washington souligne l’importance stratégique de l’archipel et de la base conjointe américano-britannique de Diego Garcia pour la sécurité nationale américaine. Les échanges porteront sur la coopération sécuritaire bilatérale, et sur la mise en œuvre effective des dispositions visant à garantir le fonctionnement sûr et durable de la base. Les ÉtatsUnis ont également réitéré leur volonté de conclure un accord bilatéral avec Londres afin d’assurer la poursuite de l’utilisation des installations militaires dans l’archipel, dans l’intérêt de la sécurité et de la stabilité dans l’océan Indien.

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