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Réforme électorale

KRAK plaide pour une décolonisation du système politique

6 février 2026, 03:00

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KRAK plaide pour une décolonisation du système politique

Le Kolektif Reparasyon Avansman Kreol (KRAK) a transmis au Prime Minister’s Office ses recommandations sur la réforme électorale, inscrivant sa démarche dans une perspective de justice réparatrice, de décolonisation institutionnelle et de rééquilibrage démocratique. Le collectif estime que le système actuel reste largement marqué par l’héritage colonial britannique.

Selon KRAK, le système électoral n’a jamais véritablement rompu avec ses fondements coloniaux. L’organisation rappelle que les premières constitutions électorales, de 1885 à 1947, ont instauré des critères d’exclusion fondés sur la richesse, l’alphabétisation et la langue, marginalisant de fait les ancêtres des Créoles issus de l’esclavage. Même l’élargissement du suffrage après la Seconde Guerre mondiale aurait maintenu des mécanismes discriminatoires, notamment par l’exclusion des langues africaines et malgaches des critères électoraux.

KRAK soutient que ces choix ont façonné une architecture électorale profondément inégalitaire, aggravée par le découpage communal des circonscriptions et par l’introduction du Best Loser System (BLS) à l’approche de l’indépendance, présenté comme un correctif mais perçu par le collectif comme une institutionnalisation durable des divisions ethniques.

Un des axes centraux du document repose sur la revendication des créoles comme «First Nation People» de Maurice. S’appuyant sur des archives historiques et sur les principes de l’ONU relatifs à l’auto-identification des peuples autochtones, KRAK affirme que les esclaves marrons ayant résisté à la colonisation hollandaise au XVIIe siècle ont exercé une souveraineté de fait sur l’île après le départ des Hollandais en 1710.

Post-colonialisme et «communalisme scientifique»

Le collectif estime que cette continuité humaine, antérieure à la colonisation française, n’a jamais été reconnue juridiquement, les créoles ayant été progressivement absorbés dans la catégorie résiduelle de la «General Population». Cette absence de reconnaissance aurait entraîné une invisibilisation statistique et politique persistante, encore perceptible dans la sous-représentation des créoles au sein des institutions publiques.

Le document dénonce ce que KRAK qualifie de «continuité néo-coloniale» après l’indépendance. L’intégration des données du recensement de 1972 dans la Constitution aurait figé les équilibres communautaires et renforcé un mode de sélection des candidats fondé sur des calculs ethnodémographiques. Cette pratique aurait conduit à une alternance politique dominée par certaines dynasties et à une marginalisation structurelle d’autres groupes, notamment les créoles.

Selon KRAK, cette situation alimente des inégalités socio-économiques durables en matière d’accès à la terre, à l’emploi, à l’éducation et aux services publics décrites dès les années 1990 comme le «Malaise créole» et reconnues par la Truth and Justice Commission.

La proposition de KRAK s’appuie largement sur les instruments internationaux ratifiés par Maurice. Le collectif invoque notamment l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui consacre le principe d’«une personne, une voix», ainsi que les observations répétées du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, appelant Maurice à lever les obstacles à une représentation politique équitable.

Une réforme en deux temps

Le document rappelle également la décision du Comité des droits de l’homme dans l’affaire Devianand Narrain v. Mauritius, qui avait déjà questionné la compatibilité du classement communautaire et du BLS avec les obligations internationales du pays.

Face à ce constat, KRAK avance une réforme en deux étapes. À court terme, l’organisation préconise la tenue d’un recensement ethnique fondé sur l’auto-identification, estimant qu’aucune disposition constitutionnelle n’interdit la collecte de données désagrégées. Ce recensement servirait de base à un redécoupage impartial des circonscriptions par l’Electoral Boundaries Commission (EBC).

À plus long terme, KRAK plaide pour une réforme constitutionnelle en profondeur : redéfinition des circonscriptions selon les districts administratifs, renforcement de l’indépendance de l’EBC, suppression du pouvoir de veto parlementaire sur le redécoupage électoral, abolition du système First Past the Post et remplacement par un système proportionnel tel que le Single Transferable Vote. Le collectif appelle également à la suppression du BLS, jugé incompatible avec une démocratie unifiée et égalitaire.

S’appuyant sur la large majorité parlementaire issue des élections de novembre 2024, KRAK estime que le gouvernement dispose aujourd’hui de la légitimité politique nécessaire pour engager la première réforme électorale véritablement post-coloniale du pays. Le collectif avertit toutefois que, faute d’avancées concrètes, certaines revendications notamment celles liées à la reconnaissance identitaire et à la représentation politique des créoles pourraient être portées devant des instances internationales.

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