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Réforme électorale
Place à l’analyse des propositions
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Réforme électorale
Place à l’analyse des propositions
Les consultations nationales sur la réforme du système électoral ont officiellement pris fin hier. Lancé le 4 décembre dernier par le gouvernement, cet exercice s’inscrit dans les engagements du programme gouvernemental 2025-2029, avec l’objectif affiché de moderniser un modèle électoral régulièrement critiqué pour ses distorsions de représentativité et son héritage communautaire.
Le Prime Minister’s Office (PMO) avait invité l’ensemble des acteurs – partis politiques, universitaires, syndicats, organisations non gouvernementales et celles de la société civile, membres de la diaspora et simples citoyens à soumettre leurs propositions. Plusieurs partis extra-parlementaires, syndicats et mouvements citoyens ont répondu à l’appel. D’autres partis politiques ont toutefois choisi de ne pas participer à cet exercice.
Selon une source proche du dossier, «le vrai travail commence maintenant». Les propositions reçues devront être analysées en profondeur avant que le gouvernement ne mette en place plusieurs équipes techniques chargées d’en étudier la faisabilité juridique, constitutionnelle et politique.
Au sein du gouvernement, le Premier ministre Navin Ramgoolam et son adjoint Paul Bérenger affichent une convergence de vues sur les grandes lignes de la réforme. Le schéma privilégié repose sur le maintien du scrutin majoritaire uninominal à un tour – le First Past the Post (FPTP) pour l’élection de 60 députés dans les 20 circonscriptions du pays. À ce dispositif viendrait s’ajouter une dose significative de représentation proportionnelle (RP) compensatoire, avec l’élection de 20 députés supplémentaires, afin de mieux refléter le poids réel des forces politiques en présence.
Autre pilier central de la réforme envisagée : la suppression de l’obligation faite aux candidats de déclarer leur appartenance communautaire lors des élections générales. Une mesure à forte portée symbolique, qui marquerait une rupture nette avec un héritage institutionnel remontant à la période pré-indépendance.
Une nuance subsiste toutefois entre les deux dirigeants sur l’avenir du Best Loser System (BLS). Navin Ramgoolam plaide pour son abolition complète dès les premières élections organisées selon le nouveau modèle. Paul Bérenger se montre plus prudent, défendant une phase transitoire durant laquelle quatre des huit sièges de Best losers seraient maintenus. Cette approche graduelle viserait à rassurer certaines franges de la population et à tester l’efficacité du mécanisme proportionnel.
? Reform Party : rupture nette
Parmi les partis politiques ayant soumis des propositions, le Reform Party s’est distingué par un projet structuré en huit axes majeurs. Le parti propose un système électoral mixte combinant le FPTP et la RP, avec l’élection de 40 députés au scrutin majoritaire et 20 députés à la RP nationale, tout en maintenant deux députés pour Rodrigues. Le nombre total de parlementaires resterait ainsi fixé à 62.
Cette réforme impliquerait la suppression pure et simple du Best Loser System, remplacé par un seuil national de 7% pour l’accès aux sièges de RP. Le Reform Party préconise également l’abandon définitif de la classification communautaire des candidats, au profit d’une définition unique du citoyen comme «Mauricien».
Parmi les autres mesures avancées figurent l’instauration d’un droit de révocation des députés en cours de mandat, la limitation du mandat du Premier ministre à deux mandats consécutifs, ainsi que l’élection du président de la République au suffrage universel, tout en conservant son rôle non exécutif. Le parti appelle enfin à une révision des pensions à vie des élus, dans une logique d’équité et de responsabilité budgétaire.
? Le MSM critique la méthode
Le Mouvement socialiste militant (MSM) a, pour sa part, réagi de manière critique à l’appel à propositions lancé par le PMO. S’il rappelle que le programme gouvernemental 2025-2029 prévoit bien une réforme constitutionnelle et électorale, le MSM déplore l’absence de propositions concrètes permettant un débat éclairé. Le parti estime que seules des déclarations générales du Deputy Prime Minister ont été faites, notamment sur l’introduction d’une dose de proportionnelle et une réforme du BLS, sans qu’aucun document de travail détaillé n’ait été présenté. La mise en place, le 19 décembre dernier, d’une commission de révision constitutionnelle, présidée par l’ancien chef juge Bernard Sik Yuen, est également perçue comme une source de confusion sur le processus. Le MSM se réserve le droit de soumettre ses propres propositions ultérieurement.
? Nouveaux Démocrates : consensus
Le parti Nouveaux Démocrates (ND) plaide pour une réforme électorale fondée sur un large consensus démocratique. Il propose de réduire le nombre de députés par circonscription, passant de trois à deux élus au FPTP, tout en maintenant le nombre actuel de circonscriptions. À cela s’ajouteraient 20sièges de RP nationale pour les partis obtenant au moins 7% des suffrages. Le Best Loser System serait progressivement absorbé dans le mécanisme proportionnel afin d’éviter une suppression brutale. Les ND mettent également l’accent sur le renforcement de la représentation des femmes, avec un objectif minimum de 30% de députées.
Le parti appelle en outre à une réforme en profondeur du financement politique, à un renforcement des pouvoirs de l’Electoral Commission et de l’Electoral Supervisory Commission et à l’organisation d’un référendum national sur toute réforme électorale majeure, avant la première lecture du projet de loi.
? En Avant Moris : fin du BLS
En Avant Moris a déposé une proposition détaillée visant à moderniser un système jugé obsolète. Au cœur de leur démarche figure une critique frontale du Best Loser System. Le mouvement réclame la publication des chiffres du dernier recensement et propose un système mixte avec 40 députés élus dans les circonscriptions et 20 à la RP. En Avant Moris insiste sur l’égalité de chaque vote, la fin de toute classification ethnique et l’octroi du droit de vote à la diaspora. Le mouvement plaide également pour un minimum de 30% de femmes au Parlement.
? Linion Moris : refonte complète
Enfin, Linion Moris propose une réforme plus radicale, avec la suppression de la déclaration ethnique et du BLS, le redécoupage du pays entre 40 et 50 circonscriptions avec un élu par circonscription, et l’ajout de 18 à 20 sièges de RP. Le mouvement préconise également des élections à deux tours afin de garantir que chaque élu obtienne plus de 50% des voix, des dates fixes pour les élections et une représentation formelle de la diaspora au Parlement.
? FPRe : trois députés pour Rodrigues
Le Front Patriotique Rodriguais Écologique (FPRe), dirigé par Johnson Roussety, a aussi soumis un mémorandum dans le cadre des réformes électorales prévues pour 2026, plaidant pour une égalité démocratique pleine et entière de Rodrigues.
Actuellement, Rodrigues ne compte que deux députés, alors que d’autres circonscriptions de Maurice en élisent trois, ce qui crée une inégalité de représentation. Le FPRe demande donc que Rodrigues élise trois députés. Deux options sont proposées: l’élection directe de trois députés ou une combinaison de deux sièges élus directement et d’un siège correctif attribué par un mécanisme proportionnel.
Le FPRe préconise également l’abolition du Best Loser System. Il propose de le remplacer par un système fondé exclusivement sur le vote citoyen, sans distinction communautaire.
Le parti demande en outre la reconnaissance de Maurice comme un État archipélagique englobant Maurice, Rodrigues, Agaléga et les Chagos, avec l’instauration d’une représentation minimale de chaque île au Parlement et la création d’un Conseil des Îles chargé de coordonner les politiques publiques concernant ces territoires.
Concernant l’Assemblée Régionale de Rodrigues, le FPRe plaide pour une réforme de son système électoral, après avoir constaté des faiblesses sur plus de vingt ans. Les propositions incluent l’augmentation du nombre de membres de l’Assemblée, une refonte du mode de scrutin et la mise en place de mécanismes visant à garantir une représentation équilibrée des genres.
La diaspora plaide pour son droit de vote
La Mauritius Global Diaspora a formellement réclamé la reconnaissance du droit de vote des Mauriciens vivant à l’étranger et une réforme électorale d’ensemble, dans une soumission adressée au secrétariat de la réforme électorale, rattaché au bureau du Premier ministre, selon un document transmis début janvier.
Dans ce mémoire politique et juridique, la diaspora affirme que l’exclusion du processus électoral des citoyens établis hors du pays constitue une anomalie démocratique, incompatible avec les principes constitutionnels d’égalité et de représentation. Elle rappelle que la Constitution mauricienne garantit le droit de vote et l’égalité des citoyens devant la loi, sans distinction liée au lieu de résidence.
Le document plaide pour l’inscription explicite du vote de la diaspora dans l’architecture constitutionnelle et légale, en soulignant que plusieurs démocraties comparables ont déjà mis en place des mécanismes de vote à distance ou de représentation spécifique des citoyens expatriés.
Au-delà du vote, la Mauritius Global Diaspora demande une réflexion générale sur la représentation politique, incluant l’introduction d’un système de RP constitutionnellement garanti. L’objectif affiché est de préserver le pluralisme politique sans recourir à des classifications communautaires, tout en corrigeant les déséquilibres du système électoral actuel.
Le mémoire consacre également une large analyse aux limites du Best Loser System, jugé historiquement compréhensible mais désormais inadapté aux réalités contemporaines. La diaspora estime qu’une réforme électorale crédible doit permettre une représentation plus juste, inclusive et moderne, tout en assurant la stabilité institutionnelle.
Cette soumission s’inscrit dans le cadre des consultations engagées par le gouvernement sur la réforme électorale. Elle se veut, selon ses auteurs, une contribution «loyale et constructive» à un débat jugé fondateur pour le renouvellement démocratique de Maurice.
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