Publicité

Réforme électorale

Jean-Claude de L’Estrac : «Allouer des sièges correctifs en 2029 sur la base du recensement de 1972 est totalement ridicule»

25 janvier 2026, 10:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Jean-Claude de L’Estrac : «Allouer des sièges correctifs en 2029 sur la base du recensement de 1972 est totalement ridicule»

? Comment accueillez-vous l’invitation du gouvernement à soumettre des propositions pour la réforme du système électoral ? Y voyez-vous une réelle volonté de réforme ou un exercice consultatif de plus ?

J’avoue que je ne vois vraiment pas la nécessité de cette énième consultation populaire. Depuis plus d’un demi-siècle, des politiques, des experts électoraux, des représentants de la société civile ont eu l’occasion d’analyser les forces et les faiblesses de notre système électoral et de faire leurs propositions de réforme.

Nous les connaissons. Un large consensus s’est dégagé pour reconnaître que notre système de First Past The Post (FPTP) a bien fonctionné, sauf dans un cas. Il reflète mal, au plan parlementaire la réalité des suffrages exprimés et a produit, à plusieurs reprises, des représentations parlementaires grossièrement déséquilibrées. C’est le cas présentement : le MSM a recueilli 27% des suffrages aux dernières élections – ce n’est pas rien – mais il n’a que 3% de sièges. Le moyen reconnu par tous pour corriger cette faiblesse, c’est l’ajout au FPTP d’une «dose» de représentation proportionnelle (RP) susceptible de corriger au mieux le déséquilibre.

Dit comme cela, la solution paraît facile. Mais l’affaire est infiniment plus compliquée. Le macadam sur lequel nous risquons de buter, c’est de déterminer la «dose» de RP acceptable à toutes les forces politiques.

? Pourquoi est-ce un «macadam» comme vous dites ?

Simplement parce que les intérêts politiques sont contraires. Jusqu’ici, et depuis toujours, le parti Travailliste se méfie d’une RP qui pourrait fragiliser sa position hégémonique lors de la constitution des alliances qui mènent au pouvoir. Il pourrait accepter une petite dose symbolique de RP qui ne change pas vraiment le système.

En revanche, le MMM propose une dose significative – au moins 20 élus à la proportionnelle – pour vraiment corriger le déséquilibre. Et, surtout le libérer de la tyrannie des alliances préélectorales forcées. Il croit pouvoir, grâce à cette réforme, se compter seul aux élections, s’il le souhaite. Comment concilier ces intérêts contraires est l’enjeu de cette réforme. Je ne suis pas optimiste.

? Le «Best Loser System»… Faut-il selon vous le maintenir, le réformer ou l’abolir ? Et pourquoi ?

J’ai longtemps été en faveur de l’abolition du Best Loser System (BLS), perçu comme un moyen de promouvoir un mauricianisme débarrassé de considérations ethniques.

J’étudie, depuis quelques années, les problématiques de l’identité telles qu’elles sont vécues partout dans le monde. J’ai pu constater que la question de l’identité, du droit à la différence, de la gestion des diversités, sont devenus les principaux enjeux des sociétés multiculturelles. Il faut lire Les identités meurtrières d’Amin Maalouf, L’identité malheureuse d’Alain Finkielkraut, Pluralism in Political Perspective de Michael Walzer, par exemple, pour mesurer combien la question est complexe. Tant de division, de guerre, de violence, de haine dans le monde sont le fait du nonrespect des identités.

Du coup, je me pose la question de savoir si l’abolition du BLS n’est pas susceptible de provoquer des réactions contraires à l’objectif visé. On cherche à faire montre d’un républicanisme post ethnique, on risque au contraire de meurtrir des sentiments identitaires, liés à la revendication de représentation dans l’espace public.

Par ailleurs, je trouve totalement ridicule l’idée d’allouer des sièges de députés correctifs ethniques en 2029 sur la base d’un recensement de 1972.

? Quelles sont les deux ou trois mesures prioritaires que vous recommanderiez dans le cadre de cet appel à propositions pour une réforme électorale ?

La réforme du système électoral n’est pas l’alpha et l’omega de la transformation dont Maurice a terriblement besoin. Il y a bien des priorités ailleurs. J’avais trouvé certaines d’entre elles dans le programme électoral de l’Alliance du changement mais je constate qu’elles ne sont plus d’actualité. Encore une opportunité ratée.

Pour ce qui est strictement de la réforme électorale, on pourrait se contenter de deux avancées: une bonne dose de proportionnelle qui enterre la malédiction des 60-0 et nous rapproche le plus de la réalité des suffrages exprimés ; deuxièmement, une juste représentation des femmes, 30% est un strict minimum. Pour ce qui est du BLS, le mieux c’est une indifférence calculée.

Publicité