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Éclairage
Rester concentrés sur l’essentiel
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Éclairage
Rester concentrés sur l’essentiel
«2026 sera l’année de l’économie.» En formulant cette promesse, le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, a placé la barre haut. Pour l’Alliance du changement, l’enjeu est désormais clair : transformer les intentions en résultats concrets. Le temps de l’exécution commence. Et il ne saurait être parasité par des tensions politiques internes ou des menaces à répétition, fussent-elles le fait d’un partenaire de gouvernement.
La reconstruction économique du pays impose une concentration absolue sur les priorités. La situation des finances publiques reste fragile après une décennie de dérapages budgétaires, de recours excessif à l’endettement et de pratiques contestables en matière de statistiques économiques. The State of the Economy, publié en décembre 2024, a levé le voile sur l’ampleur des déséquilibres accumulés. La consolidation fiscale n’est donc pas un choix idéologique, mais une nécessité économique.
Un an après l’arrivée de l’Alliance du changement au pouvoir, l’argument de l’héritage du précédent régime, bien que réel, ne peut plus servir de ligne de défense permanente. Les marchés, les institutions financières internationales et les agences de notation attendent désormais des décisions claires, un cap lisible et, surtout, une capacité d’exécution. Comme l’a souligné le Country Senior Partner de PwC Maurice dans l’express, la crédibilité du gouvernement se mesure aujourd’hui à «sa capacité à décider, à nommer rapidement et à donner un cap économique clair». L’attente porte moins sur les diagnostics que sur le rythme de l’action.
Or, cette action doit s’inscrire dans un contexte macroéconomique contraint. Avec une croissance projetée autour de 3,2 % en 2026, l’économie mauricienne se situe à un niveau de stabilisation insuffisant pour engager des réformes structurelles profondes. À ce rythme, il est difficile d’améliorer significativement la productivité, de rehausser les compétences de la main-d’œuvre ou de faire monter en gamme les secteurs traditionnels comme le tourisme, la manufacture ou les services financiers.
Plus préoccupant encore : l’investissement, moteur de toute transformation économique, est en net recul. La formation brute de capital fixe est tombée à 3,9% du PIB, contre plus de 8 % auparavant. Ce décrochage, tant du côté public que privé, limite fortement la capacité du pays à préparer l’avenir. Sans un sursaut de l’investissement, toute ambition de changement de modèle économique restera théorique.
Dans ce contexte, le bruit politique est non seulement contre-productif, il est dangereux. Les menaces répétées du leader du MMM de quitter le gouvernement si certaines revendications ne sont pas satisfaites, déjà brandies à plusieurs reprises, détournent l’attention des vraies urgences. Ce feuilleton politique, ponctué de délais auto-imposés et d’ultimatums, ne passionne guère l’opinion publique, confrontée à des difficultés bien plus concrètes.
Stabilité gouvernementale
Il est permis de se demander si ces tensions servent réellement l’intérêt national ou si elles relèvent davantage d’une logique de positionnement politique. D’autant que certains ministres et cadres du MMM eux-mêmes aspirent à travailler dans un climat plus serein, afin de concrétiser les promesses faites à l’électorat. La stabilité gouvernementale n’est pas un luxe, elle est une condition essentielle de la crédibilité économique.
Paul Bérenger sait pourtant, pour avoir déjà exercé le pouvoir aux côtés de Navin Ramgoolam, que ce dernier gouverne rarement dans la précipitation. Son style est celui de l’analyse, de la concertation et du temps long. Espérer le contraindre par la menace publique relève soit d’une incompréhension de ce mode de gouvernance, soit d’un calcul politique dont les retombées risquent d’être négatives pour l’ensemble de l’alliance.
Pendant ce temps, les signaux d’alerte se multiplient. Maurice est toujours sous la surveillance de Moody’s, avec une note souveraine Baa3 assortie d’une perspective négative. Une dégradation ferait basculer le pays dans la catégorie des émetteurs spéculatifs, avec des conséquences lourdes: hausse du coût de la dette, réduction de l’appétit des investisseurs et affaiblissement de l’attractivité financière. À ce stade, la moindre perception d’instabilité politique ou de dérapage budgétaire pourrait peser lourd.
Sur le plan social, les défis sont tout aussi pressants. La réforme de la pension universelle, engagée l’année dernière, en est une illustration emblématique. Nécessaire pour garantir la soutenabilité du système à long terme, elle souffre d’un déficit manifeste de pédagogie. Faute d’explications claires sur les enjeux démographiques et budgétaires, le débat public est toujours dominé par des discours émotionnels, souvent amplifiés par les réseaux sociaux, au détriment d’une approche rationnelle. Là encore, le temps perdu en polémiques est du temps soustrait à l’effort d’explication et de construction du consensus.
D’autres urgences exigent une attention immédiate. La pénurie de main-d’œuvre locale menace déjà plusieurs secteurs clés, agriculture, construction, manufacture et tourisme. Pour ce dernier, les projections indiquent un déficit d’environ 5 000 travailleurs d’ici 2030, alors même que l’hospitalité mauricienne constitue un avantage comparatif historique. Si rien n’est fait, la croissance du secteur pourrait être durablement freinée.
À cela s’ajoutent des enjeux de sécurité et de cohésion sociale, qui affectent directement la qualité de vie des citoyens et l’image du pays à l’international. Sur le front économique externe, un récent jugement de la Cour suprême indienne remettant en cause la validité des certificats de résidence fiscale délivrés par la MRA aux entités du global business constitue un signal d’alarme. Si cette jurisprudence devait faire école, elle pourrait fragiliser l’ensemble du secteur financier mauricien, avec des répercussions sur l’emploi, les recettes fiscales et la réputation de la juridiction.
Face à cet empilement de défis, le gouvernement doit rester focalisé sur le delivery, la mise en œuvre effective de ses priorités économiques et sociales. Le pays n’a ni le temps ni les moyens de se laisser distraire par des querelles politiques internes ou des démonstrations de force inutiles.
L’histoire économique récente de Maurice montre que les périodes de progrès ont toujours été celles où l’action collective a prévalu sur les rivalités partisanes. En 2026, l’urgence est celle du réel : redresser les finances publiques, relancer l’investissement, protéger les plus vulnérables et restaurer la confiance. Tout le reste n’est que bruit.
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