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Résidus de pesticides
Une nouvelle réglementation attendue d’ici fin mars
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Résidus de pesticides
Une nouvelle réglementation attendue d’ici fin mars
Une nouvelle réglementation encadrant les limites maximales de résidus de pesticides dans les produits agricoles frais devrait entrer en vigueur d’ici la fin mars 2026. Le texte, en cours de finalisation au State Law Office (SLO), vise à renforcer l’application de la loi et à répondre aux préoccupations soulevées par les résultats du programme national de surveillance des résidus de pesticides.
Ces résultats, publiés le 6 janvier par le ministère de l’AgroIndustrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche, ont fait l’effet d’un électrochoc. Sur 787 échantillons de fruits et légumes analysés entre janvier et octobre 2025, 21,63 % ont été jugés non conformes aux normes en vigueur. Dans le détail, 5,45 % dépassaient les limites maximales de résidus (MRL), tandis que 16,18 % contenaient des pesticides non recommandés pour les cultures concernées.
Le rapport officiel souligne d’emblée un élément souvent éclipsé dans le débat public : 65,39 % des échantillons analysés ne contenaient aucun résidu détectable de pesticides. Ce chiffre traduit, selon les autorités, un niveau de conformité élevé chez une majorité de producteurs et de fournisseurs. À cela s’ajoutent 13,62 % d’échantillons présentant des résidus dans les limites autorisées, conformément aux standards sanitaires.
Mais la part de non-conformité, cumulant dépassements de MRL et usage de produits non recommandés, demeure suffisamment élevée pour susciter l’inquiétude. Les dépassements de MRL concernent des légumes couramment consommés localement – oignon vert, calebasse, concombre, courgette, laitue, piment, poivron, chou, citrouille ou encore coriandre – mais aussi des produits importés comme les agrumes, le raisin, le kiwi ou la pomme de terre. Les cas de pesticides non recommandés touchent un large éventail de cultures, de la laitue au chou chinois, en passant par la tomate, le thym, la carotte ou l’aubergine.
Pour les services agricoles, l’explication principale de ce taux de non-conformité est claire : la responsabilité première incombe aux planteurs. Ceux-ci sont tenus d’utiliser uniquement des pesticides autorisés et recommandés pour chaque culture, en respectant scrupuleusement les doses, méthodes d’application et délais avant récolte indiqués sur les étiquettes. Tout écart à ces règles – surdosage, usage d’un produit non homologué pour une culture donnée, non-respect des délais – augmente le risque de résidus non conformes.
Les services de vulgarisation agricole, notamment ceux du Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI), jouent un rôle de soutien et d’accompagnement. Ils assurent la formation, la sensibilisation et le conseil technique auprès des planteurs, sans pour autant disposer d’un pouvoir coercitif. Le contrôle et la sanction relèvent du Pesticides Regulatory Office (PRO), chargé de la surveillance des résidus, du suivi des cas de non-conformité et de l’application de la loi lorsque cela s’impose. Cette répartition des rôles met en lumière une zone grise souvent critiquée : lorsque les non-conformités persistent, la question se pose de savoir si l’effort d’encadrement est suffisant, ou si les sanctions manquent de dissuasion.
D’un point de vue scientifique, les autorités se veulent rassurantes tout en appelant à la vigilance. Maurice est signataire de la Convention de Stockholm, qui vise à éliminer ou restreindre les pesticides les plus dangereux et persistants. Progressivement, ces substances sont remplacées par des produits moins toxiques et non bioaccumulables. Selon les services techniques, les pesticides actuellement utilisés se dégradent avec le temps et ne s’accumulent pas dans l’organisme à travers une consommation normale de fruits et légumes.
Dans ce contexte, le risque lié à une exposition répétée à de faibles niveaux de résidus est jugé minimal pour le consommateur moyen. L’inquiétude principale concerne plutôt l’exposition directe et prolongée de certaines populations – notamment les applicateurs de pesticides – ainsi que l’usage de substances spécifiques comme le glyphosate, dont les effets à long terme font encore l’objet de débats scientifiques et de surveillances renforcées.
Les résultats du rapport montrent que ni les produits locaux ni les produits importés ne sont exempts de risques. Les dépassements de MRL sont observés dans les deux catégories, bien que la nature des cultures concernées diffère. Pour les autorités, il serait donc simpliste d’affirmer que l’un est systématiquement plus sûr que l’autre. La confiance du consommateur doit se fonder sur des contrôles rigoureux, une traçabilité accrue et une information transparente, plutôt que sur l’origine géographique seule. Dans tous les cas, le lavage soigneux des fruits et légumes avant consommation reste une mesure simple, mais efficace pour réduire l’exposition aux résidus éventuels.
Durcir le cadre légal
Face à ces constats, le dispositif d’application de la loi évolue. Une nouvelle réglementation sur les limites maximales de résidus dans les produits agricoles frais est en cours de finalisation au niveau du SLO. Son entrée en vigueur est prévue d’ici la fin mars 2026. Ce texte introduira des exigences renforcées, notamment pour les produits importés à des fins commerciales, qui devront être accompagnés d’un certificat d’analyse des résidus de pesticides délivré par un laboratoire indépendant reconnu par le ministère.
L’objectif est clair : renforcer la prévention en amont et limiter l’entrée sur le marché de produits non conformes. Pour les producteurs locaux, la promulgation de cette réglementation ouvrira la voie à des actions légales plus systématiques du PRO en cas de non-respect de la loi sur l’utilisation des pesticides de 2018.
Du côté du FAREI, l’accent est mis sur la différenciation entre dépassement de MRL et usage de pesticides non autorisés, deux problématiques aux causes et aux solutions distinctes. Selon l’assistant directeur de l’extension et de la formation, Akhilalandjee Goolaub, la responsabilité est collective, mais commence sur le terrain, chez le planteur. «Les recommandations doivent être respectées et notre rôle est de fournir des solutions adaptées face aux ravageurs et aux maladies», explique-t-il.
Le FAREI est engagé à la fois dans la recherche et l’extension agricole, avec un accent croissant sur les alternatives aux pesticides chimiques et sur la lutte intégrée contre les ravageurs. Le défi est de taille dans un contexte tropical, marqué par l’émergence constante de nouveaux parasites et maladies. Depuis l’époque de l’Agricultural Research and Extension Unit, environ 8 000 planteurs ont déjà été formés à l’utilisation raisonnée des pesticides, sur un objectif estimé à 12 000. Ces formations sont intégrées aux visites de terrain, aux diagnostics phytosanitaires, aux démonstrations et aux campagnes de sensibilisation. Malgré cela, des cas de vente et d’utilisation de pesticides interdits persistent, comme en témoignent certaines substances détectées lors des analyses, dont le Lannate.
Vigilance et responsabilité
La question est désormais posée sans détour : que faudra-t-il changer si, en 2026, le taux de non-conformité demeure supérieur à 20 % ? Pour les autorités, la réponse passe par une combinaison de leviers. D’une part, un renforcement de l’application de la loi et des sanctions ciblées contre les récidivistes. D’autre part, une intensification de la formation, de l’accompagnement technique et de la recherche de solutions durables. Certains plaident déjà pour des mesures plus dissuasives, telles que l’exclusion temporaire ou définitive des programmes de soutien aux planteurs qui ne respectent pas les règles. Une option qui reste à l’étude, mais qui traduit une volonté croissante de lier l’accès aux aides publiques au respect strict des normes sanitaires.
Au-delà des chiffres, le dossier des résidus de pesticides révèle une tension structurelle entre la nécessité de produire suffisamment pour assurer la sécurité alimentaire et l’obligation de protéger la santé publique et l’environnement. Les autorités insistent sur le fait que la surveillance des résidus demeure un pilier essentiel de la qualité des aliments disponibles sur le marché local.
Dans cette équation, chacun a un rôle à jouer : le planteur, en respectant les bonnes pratiques ; les services d’extension, en accompagnant et en formant ; les autorités, en contrôlant et en sanctionnant ; et le consommateur, en adoptant des gestes simples de prévention.
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